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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Nils Tavernier
L’Incroyable Histoire du Facteur Cheval
Sortie le 1er mai 2019
Article mis en ligne le 14 mai 2019
dernière modification le 19 mai 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • retrace la vie du facteur Ferdinand Cheval qui, après avoir trébuché sur le chemin de sa tournée à cause d’une pierre qu’il dénommera sa « pierre d’achoppement », conçut et réalisa d’avril 1879 au courant de l’année 1912 une sculpture monumentale dénommée le « Palais idéal », lequel est toujours visible de nos jours dans la petite ville de Hauterives, située dans la Drôme, ainsi que huit années supplémentaires à bâtir son propre tombeau, tous deux considérés comme des chefs-d’œuvre d’architecture naïve.

Résumé : Fin XIXème, Joseph Ferdinand Cheval, est un simple facteur qui parcourt chaque jour la Drôme, de village en village. Solitaire, il est bouleversé quand il rencontre la femme de sa vie, Philomène. De leur union naît Alice. Pour cette enfant qu’il aime plus que tout, Cheval se jette alors dans un pari fou : lui construire de ses propres mains, un incroyable palais. Jamais épargné par les épreuves de la vie, cet homme ordinaire n’abandonnera pas et consacrera 33 ans à bâtir une œuvre extraordinaire : « Le Palais idéal ».

La critique de Julien

Mieux vaut tard que jamais. Sorti en France à la mi-janvier de cette année, le troisième long métrage de Nils Tavernier « L’Incroyable Histoire du Facteur Cheval » arrive enfin dans nos salles, porté par un amour inconditionnel du public hexagonal. Et cela ne nous étonne guère, étant donné la beauté de ce film, porteur de passion, d’amour et d’obstination.

Comme son titre l’indique, le film parle d’un certain Ferdinand Cheval (1836-1924), un célèbre facteur français reconnu pour avoir passé une bonne partie de sa vie (33 ans) à construire un monument hors du commun, appelé le « Palais idéal ». Imaginé durant ses longues heures de service en solitaire au quotidien, l’édifice est aujourd’hui toujours visible à Hauterives, dans le département de la Drôme en région Auvergne-Rhône-Alpes, lequel est classé depuis le 2 septembre 1969 au titre des Monuments Historiques de France. Au départ d’un rêve éteint et vieux de quinze ans, c’est finalement une chute lors d’une de ses tournées à cause d’une étrange pierre qui le réanima (laquelle sera la première pièce de sa création). Il se mit alors, après ses journées de travail, à parcourir maints voyages avec sa brouette (qu’il appela sa « fidèle compagne de peine »), et entreprit aussitôt la construction de son palais. Puis de son union avec sa seconde femme, Claire-Philomène Richaud (après le décès de sa première, ainsi que de leur fils aîné - ils en eurent deux ensembles) vint la naissance d’Alice, ce qui motiva d’autant plus Cheval, tandis que le monument lui fit finalement destiner.

Réputé comme étrange, voire comme un « pauvre fou » par son voisinage, le Facteur Cheval fait partie de ces hommes qu’on ne peut qu’admirer, d’où sans doute aujourd’hui un film adapté d’une bonne partie de son histoire.

Après leur précédente collaboration sur « De Toutes Nos Forces » (2013), Jacques Gamblin retrouve donc le cinéaste Nils Tavernier pour ce remarque rôle de composition. Pour l’occasion, l’acteur a perdu quelques kilogrammes et subi plus d’une heure trente de maquillage quotidien pour endosser ce personnage atypique. Visage émacié, moustache poussée, regard impénétrable, l’acteur est stupéfiant dans son rôle, et rend là un bel hommage à l’homme qu’était Fernand Cheval. Peu bavard, stature rigoureuse, constance des gestes, il endosse le personnage avec une réelle dévotion, allant de pair avec l’entêtement de Cheval dans la construction du « Palais idéal ». Mais ce qui fascine d’autant plus envers ce grand homme, c’est sa capacité à surmonter les pires épreuves de la vie, telle que la mort de ses deux femmes, et encore plus de ses enfants. S’il lui est difficile à la base de montrer ses sentiments, il n’en reste pas moins un homme au grand cœur, et aussi bien motivé par la passion que l’amour. Ces terribles événements auront ainsi de grandes répercussions sur sa vie. Malgré cela, il n’aura jamais cessé de remonter sur une échelle pour poursuivre ses travaux, ayant d’autant plus le devoir sentimental de terminer son œuvre pour Alice...

« L’Incroyable Histoire du Facteur Cheval » nous parle donc d’un homme fasciné et fascinant, envers lequel le public ne pourra que se prendre d’empathie, malgré la barrière de sa personnalité extrêmement taiseuse et réservée. Mais c’est aussi l’histoire d’une romance sans frontières et sans jugements, étant donné le soutien indéfectible de sa seconde femme (Laetitia Casta), malgré les incompréhensions et les difficultés rencontrées. L’actrice (et mannequin) est bienveillante, fidèle, gracieuse et posée dans son rôle, tandis que Nils Tavernier lui offre ici l’un des plus beaux rôles de sa carrière. Ensemble, ils forment un irrésistible duo qui transpire le respect mutuel. Aussi, l’actrice belge Zélie Rihxon est étonnante de pep et de malice dans le rôle d’Alice.

S’il est avant tout intime, le film est aussi visuel, lui qui a été principalement tourné au « Palais idéal », même si de nombreux plans ont nécessité des trucages, notamment en ce qui concerne sa construction par Cheval. L’équipe a ainsi utilisé des détournements d’images, travaillée avec des fonds verts, mais aussi usée d’une lumière à bon escient et d’une palette graphique nuancée. Seule l’arche a été reconstituée en vrai pour les besoins du film, étant donné la valeur symbolique de ce premier élément de construction, ouvrant une porte sur les montagnes. Aussi, les décors extérieurs ont été principalement filmés dans le village drômois de Mirmande durant l’automne 2017. En résulte des paysages campagnards et massifs à couper le souffle, traversés par le Facteur Cheval durant ses longs périples reliant les maisons à livrer, et distancées pour certaines de plus de trente kilomètres. Imaginez donc le nombre de kilomètres qu’il aura parcouru dans sa vie, durant près de trente ans (1867-1896), tout en bâtissant son œuvre, unique en son genre...



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