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Chris Sanders
L’Appel de la Forêt / The Call of the Wild
Sortie du film le 19 février 2020
Article mis en ligne le 22 février 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation en live-action du roman éponyme de l’écrivain américain Jack London, publié aux États-Unis en 1903 ;
  • c’est l’acteur, cascadeur et gymnaste Terry Notary (vu dans la Palme d’Or « The Square » de Ruben Östlund) qui prête ici ses traits au héros canin du film, Buck, recréé entièrement en capture de mouvement. En effet, les images de synthèse épouse ici la gestuelle et la chorégraphie de mouvements de l’acteur, lequel a dès lors étudier les chiens et leurs comportements ;
  • premier film à sortir sous la bannière « 20th Century Studios », anciennement la 20th Century Fox, et cela suite à l’acquisition du studio par le géant Disney. Par ailleurs, l’adaptation de William A. Wellman (sortie en 1935 avec Clarke Gable au casting) a été le dernier film sorti sous le nom de « Twentieth Century Pictures » avant qu’il ne fusionne avec Fox Film pour former la « 20th Century Fox ».

Résumé : La paisible vie domestique de Buck, un chien au grand cœur, bascule lorsqu’il est brusquement arraché à sa maison en Californie et se retrouve enrôlé comme chien de traîneau dans les étendues sauvages du Yukon canadien pendant la ruée vers l’or des années 1890. Buck va devoir s’adapter et lutter pour survivre, jusqu’à finalement trouver sa véritable place dans le monde en devenant son propre maître…

La critique de Julien

Depuis toujours, et d’autant plus ces trois dernières années, l’œuvre de Jack London n’a cessé d’inspirer le septième art. Il y a deux ans, Alexandre Espigares nous livrait ainsi une sublime adaptation en animation de « Croc-Blanc », tandis que Pietro Marcello réadaptait l’année dernière son récit de « Martin Eden ». Cette année-ci, le cinéma s’empare une cinquième fois de son roman « L’Appel de la Forêt », publié chez nous pour la première fois en 1906, lequel relate l’histoire d’un chien de la race des St. Bernard/Scotch Collie, vivant alors heureux dans la vallée de Santa Clara en Californie en tant qu’animal de compagnie du juge Miller et de sa famille, à l’été 1897, lequel sera alors volé et vendu comme un chien de traîneau en Alaska à l’époque de la ruée vers l’or, avant de revenir à ses instincts naturels dans l’immensité du territoire du Yukon. Et Chris Sanders (« Lilo et Stitch », « Dragons », « Les Croods »), spécialiste de l’animation, offre ici un lifting à ce récit, étant donné que cette relecture est réalisée en capture de mouvement et en prises de vues réelles, afin de donner vie à un Buck plus (ou moins) vrai que nature, et à l’aventure qui l’attend.

Dès les premières images, « L’Appel de la Forêt » pique aux yeux. En effet, le rendu de Buck, réalisé à partir de la technique de la capture de mouvement, laisse entrevoir les limites actuelles de cette technique révolutionnaire (dont Andy Serkis est l’un des adeptes). Ici, son pelage et ses couleurs clairs le trahissent, d’autant plus que son regard, aseptisé, ne laisse pas beaucoup de place à l’émotion. Bref, on voit bien que ce n’est pas un vrai chien, tout comme les décors qui l’entourent. En effet, cette aventure, censée pourtant venter le charme et la puissance de la vraie nature, enchaîne les images de synthèse à vues d’œil, en témoigne à titre exemple une scène où Buck se retrouve à tirer un traîneau, en meute, tandis que, pour donner un effet de longues traversées des terres enneigées de Yukon au fil des jours, les décors qui l’entourent changent chaque seconde, avec un ciel aussi épuré par le soleil le jour qu’étoilé et bercé d’aurores boréales la nuit. On regrette donc le manque d’authenticité de l’aventure, mais le parti-pris de réaliser notamment ici les animaux avec des effets spéciaux ne nous étonnent guère, étant donné la montée au créneau des défenseurs de la cause animale sur les plateaux de tournage.

Le destin de ce chien - qui deviendra donc son propre maître, et trouvera enfin sa place - lui fera donc rencontrer sur sa route différentes protagonistes. Il y aura tout d’abord Perrault (Omar Sy), un trappeur et coursier impressionné par ses qualités exceptionnelles, puis Hal (Dan Stevens), un chercheur d’or arriviste maltraitant ses bêtes, et bien sûr John Thoronton (Harrison Ford), un vieux prospecteur attristé par la mort de son fils et la séparation avec son épouse, lequel croisera d’ailleurs la route de Buck dès le début de son chemin, avant de réaliser ensemble le rêve de son fils défunt, c’est-à-dire de voyager par-delà les montagnes, et trouver de nouvelles terres sauvages. Autant dire que l’épopée s’annonce aussi intense que dangereuse pour Buck, lui qui fait étonnement preuve de conscience, même s’il est non doté de la parole (la voix-off du personnage d’Harrison Ford mettra des mots sur sa quête, et se chargera donc de le faire pour lui).

Certes, « L’Appel de la Forêt » repose sur une base de prises de vues réelles et de jeux de vrais acteurs, mais ce film nous parle avant tout de ce chien, de ce qu’il recherche instinctivement, et de ce à quoi il aspire. Car à chaque moment, le spectateur est ici capable de le comprendre, ce qui amorce dès lors notre empathie, et surtout celle des enfants, qui fonderont instantanément devant cette boule... d’effets numériques. Visuellement, même si rien ne sonne très naturel, on se laisse doucement prendre au jeu, tandis que le travail autour du physique du chien (au début assez peu crédible) gagne en crédibilité quand il se fond dans son milieu naturel, entouré de ses sublimes couleurs. Oui, on ne va pas le cacher, et dire que le film affiche tout de même quelque magnifiques paysages et images éclatantes. Et puis, il faut bien avouer que le travail de doublure de Terry Notary (vu dans « The Square ») est assez bluffant, et donne l’impression de voir, crescendo, un vrai toutou se déplacer. Mais le vrai plus de cette histoire est sans aucun doute le caractère anthropomorphique administré à cette bête, à la fois courageuse, brave, et fidèle (compagnon de l’homme). 

Maintenant, le film de Chris Sanders n’est pas toujours beau, et surtout pas très original, notamment en ce qui concerne ses représentations de la relation étroite qui lie l’homme et l’animal, elle qui balance évidemment du bien (Perrault et son amour pour ses chiens, et John Thoronton pour le partenaire qu’il se fera) au mal (Hal et sa violence - insupportables coups de fouet). De plus, le scénario repose beaucoup sur la puissance évocatrice de certaines scènes, mais artificielles, mais aussi d’objets symboliques, desquels naîtront ainsi des moments mélodramatiques calculés, mais qui fonctionnent pourtant. 

Dans l’absolu, « L’Appel de la Forêt » plaira sans aucun doute à toute la famille, étant donné l’universalité des thèmes abordés (la loi du plus fort, le deuil, l’abandon, la cruauté, le dévouement, etc.), même si avec facilités et sans prises de risques. De plus, Buck, le héros de l’histoire, est une réussite de caractère, lui qui ne laissera ainsi personne insensible. Maintenant, malgré quelques beaux moments et jolies vues, on ne peut s’empêcher de pleurer devant tant d’irréalisme, tandis que les fans du roman de Jack London ne retrouveront pas le ton sombre de son œuvre, très loin ici de ses images de la mort, de la lutte pour la vie, et de leurs « allusions darwiniennes ».

Vu au cinéma Caméo des Grignoux