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CINECURE
L’actualité du cinéma

Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Bertrand Bonello
L’Apollonide (Souvenirs de la maison close)
Sortie le 21 septembre 2011
Article mis en ligne le 29 septembre 2019

par Charles De Clercq

Rédigé le 22 septembre 2011

Synopsis : A l’aube du XXème siècle, dans une maison close à Paris, une prostituée a le visage marqué d’une cicatrice qui lui dessine un sourire tragique. Autour de la femme qui rit, la vie des autres filles s’organise, leurs rivalités, leurs craintes, leurs joies, leurs douleurs... Du monde extérieur, on ne sait rien car la maison est close, mais à l’intérieur de ses murs tout est possible.

Acteurs : Hafsia Herzi, Céline Sallette, Jasmine Trinca, Adèle Haenel, Noémie Lvovsky

Premier film que je découvre de Bonello.

Le ton est donné dès le générique d’ouverture : treize noms, que des noms de femmes !

C’est dire qu’elles seront actrices et sujet du film, qu’elle ne seront donc pas femmes-objets et que les hommes seront pour ces deux heures « objets ».
On ne sort pas de cette maison close (sauf pour un déjeuner-natation au bord de l’eau et pour être « objet » d’attentions et de regards dans une maison bourgeoise)... Sauf (j’y reviendrai).

En fait on entre dans cette maison.
On n’y voit que les entrées : des hommes.
Une sortie cependant, à la fin, une fille, entrée très jeune, à peine seize ans en sortira (à tous les sens du verbe ?).

Le film est beau, très beau, superbe, comme les corps de ces femmes sauf lorsque l’on est contrainte par un sourire involontaire que seule une voilette peut cacher aux regards ou lorsque la syphilis marque le corps de ses pustules.
On parle, on rit, on souffre, on aide, on compte.
On espère pouvoir se racheter (je joue là sur le mot) !

Le film va et vient dans le cours du temps mais avance, inexorablement, lentement vers la fin.

Les hommes sont donc objets ici. Entendons de nouveau que je joue sur les mots. J’ai au moins reconnu l’un d’eux, Jacques Nolot, réalisateur, notamment de La chatte à deux têtes.

Nous sommes ici dans une ambiance feutrée. La patronne respecte ses filles, son capital mais sait ce qu’elle veut et sait surtout compter pour que ses filles lui soient toujours débitrices.

La maladie est là, présente, en sourdine, évoquée comme pouvant survenir. « Je suis saine ». Mais l’une ne le sera pas ou plus.
C’est aussi l’heure de la revanche, celle, si l’on me permet, de la panthère noire sous le regard des filles.
C’est l’heure du bain au champagne, de l’amour fait dans celui-ci (baignoire et champagne !).
C’est l’heure de la peinture de l’intime de la femme, au sens réel : le peintre qui ouvre les cuisses de ces prostituées pour en peindre l’intérieur ; au sens imagé : celles-ci qui se lavent et se désinfectent là où le sperme est présent,... des lèvres,...jusqu’aux dents, donc !
C’est l’heure de l’anthropologie réductrice (de têtes !).

C’est l’heure du temps qui passe et qui n’en finit pas... sauf à la fin.
Nous sommes dans un univers clos, comme peut l’être cette maison. Rien ne nous permet de de savoir heures et saisons, si ce n’est un intertitre qui nous signale le changement de siècle, où l’heure matinale qui ne convient pas au sexe mais reste ouverte pour le repos.

Le temps passe et semble long (et c’est probablement une des faiblesses du films ; je me suis surpris, à plusieurs reprises à avoir les paupières lourdes !).
Je me demandais aussi sans cesse : mais comment Bonello va-t-il sortir de cette histoire ?
En fait, tout simplement, par la porte.

Spoiler (cliquez pour masquer)

La maison est fermée (le loyer devient beaucoup trop élevé et même un possible appui politique ne pourra changer les choses).
L’on sort donc (avec la caméra) de la maison.
Focus sur une lanterne que l’on éteint.
Paris aujourd’hui.
Des prostituées toujours.
Eternel métier.
Mais cette fois, nous ne sommes plus dans l’Apollonide.
Nous ne sommes plus dans une maison close.
Protectrice ?
Nous sommes dans la rue...
Fin.

Le réalisateur ne juge pas ici en ce film.
Très beau.
Il faut en accepter les longueurs !
Le film a parlé à ma tête mais celle-ci était disjointe de mon corps, assoupi parfois, qui trouvait le temps long.



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