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Les critiques de Julien Brnl
Kings
Réalisateur(s) : Deniz Gamze Ergüven
Article mis en ligne le 13 juillet 2018
dernière modification le 26 juillet 2018

par Julien Brnl
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« Kings » souffre ainsi d’une construction parfois étourdissante, et d’un contexte initial de moins en moins nuancé au fil du récit. Mais il mérite sa place (sur le trône), lui qui est encore aujourd’hui tristement d’actualité. - 12/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 04 juillet 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • second film de la réalisatrice, scénariste et actrice franco-turque Deniz Gamze Ergüven après l’acclamé « Mustang » (2015), notamment récompensé de quatre César, dont celui du meilleur premier film et du meilleur scénario original, et nommé à l’Oscar du meilleur film étranger la même année.

Résumé : 1992, dans un quartier populaire de Los Angeles.
Millie s’occupe de sa famille et d’enfants qu’elle accueille en attendant leur adoption.
Avec amour, elle s’efforce de leur apporter des valeurs et un minimum de confort dans un quotidien parfois difficile. À la télévision, le procès Rodney King bat son plein. Lorsque les émeutes éclatent, Millie va tout faire pour protéger les siens et le fragile équilibre de sa famille.

La critique

Après le multi-récompensé « Mustang », montrant l’étouffement de cinq jeunes sœurs turques défendant avec fougue leur joie de vivre et leur liberté face à l’emprise d’un patriarcat et le poids de la tradition, Deniz Gamze Ergüven est de retour avec le film de la confirmation, ou non. En l’occurrence, « Kings » aurait dû être son premier film, mais faute de moyens et d’un réseau limité outre-Atlantique, la jeune femme, alors fraîchement sortie de La Fémis à Paris, s’est résolue à tourner le succès critique et public qu’est devenu « Mustang », ayant ainsi propulsé sa carrière, et permis de trouver les fonds nécessaires pour mettre en boîte son véritable premier projet.

Né de son interprétation des émeutes vécues dans les banlieues françaises en 2005, « Kings » met en scène le quotidien d’une « famille » pas comme les autres, alors que se joue sur les écrans de télévision américains le procès de Rodney King, un Afro-américain connu pour avoir été passé à tabac par quatre policiers de Los Angeles. Tandis que d’autres événements viennent enflammer le bûcher, et qu’un climat de rébellion contre la discrimination traverse le pays, l’acquittement des quatre policiers est prononcé, déclenchant dès lors des émeutes sans précédent à Los Angeles. La mère de famille, Millie, fera alors tout pour protéger ses enfants, et se rapprochera involontairement dans sa démarche de son voisin, soit le seul homme blanc du quartier...

Bien que les émeutes de Los Angeles chapeautent son récit, Deniz Gamze Ergüven passe globalement à côté de son sujet en centrant son histoire sur celle d’une famille et d’enfants pris au piège dans celle-ci, sans véritablement creuser la température des enjeux sociaux et politiques liés à ces événements. On comprend par des images d’archives que deux faits divers sont à leurs origines, mais la cinéaste ne prend jamais le pouls de la population en rue, si ce n’est au moment de l’acquittement. En soit, se concentrer sur un morceau de la population plutôt pacifiste est un choix, mais faut-il encore qu’il soit constructif. S’il montre ainsi l’impact des événements sur des particuliers, il se perd malheureusement au travers de son scénario, bien trop bancal.

Certes, la situation vécue par les personnages veut que l’on soit dans le mouvement, dans l’inconfort et le danger, mais la survie de la famille manque au moins d’un point de repère, et finalement d’un vrai foyer narratif. La mise en scène se révèle alors peut-être encore plus chaotique que les événements en eux-mêmes l’ont été.
Bien que le groupe d’adolescents filmés reflète un savoir-faire indéniable de la cinéaste pour les filmer, les personnages principaux, interprétés par Halle Berry et Daniel Craig, manquent de profondeur et de dialogues pour avoir l’occasion de nous toucher, ce qui est peu frustrant étant donné qu’il s’agit ici (aussi) de leur combat. Finalement, on s’éloigne avec eux des vrais propos, ce qui est d’autant plus dommage, et cela au profil d’un tissu familial assez léger en proie au conflit.



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