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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Fabrice Gobert
K.O.
Sortie le 21 juin 2017
Article mis en ligne le 10 juin 2017
dernière modification le 27 juin 2017

par Charles De Clercq

Synopsis : Antoine Leconte est un homme de pouvoir arrogant et dominateur, tant dans son milieu professionnel que dans sa vie privée. Au terme d’une journée particulière oppressante, il est plongé dans le coma. À son réveil, plus rien n’est comme avant. Rêve ou réalité ? Complot ? Cauchemar ? Il est K.O.

Acteurs : Laurent Lafitte, Chiara Mastroianni, Pio Marmaï, Clotilde Hesme.

K.O. est un film qui joue sur plusieurs tableaux. Dès le synopsis – on ne peut plus court – une question est posée sur la sortie de coma du protagoniste, et il conviendrait plutôt d’écrire : de l’antagoniste du récit… Au sortir de son coma, quelque chose a changé dans la structure de son monde.

Dès avant son coma d’ailleurs, son univers se fissurait et ce n’était pas pour nous, sans faire songer au roman L’imprécateur publié par René-Victor Pilhes en 1974 et mis en scène dans un film homonyme trois ans plus tard par Jean-Louis Bertuccelli.

K.O. peut être vu au premier degré, comme une histoire énigmatique dans le monde de l’entreprise et donc envisagé comme un thriller. Que se trame-t-il contre Antoine ? Quel est l’auteur de cette mystérieuse lettre anonyme avec ces trois mots « Tu vas mourir » ? Qui le manipule et/ou se venge de lui ? S’agit-il d’un complot ourdi par ses collègues et subordonnés ? Qui a pris le pouvoir durant son coma (dont nous n’avons pas connaissance de la durée) ? Lui, si sûr de lui, si arrogant, croyait maîtriser le monde, mais déjà, au cours d’un match de boxe, un simple vigile vient lui dire qu’il ne peut fumer en cet endroit. Il se croyait tout permis et tout cas, il est réduit à n’être qu’un subalterne. Dès le début de l’intrigue Antoine Leconte apparaît exécrable à souhait et le spectateur, plus encore que ceux et celles qui sont confrontés à lui, aura beaucoup de difficultés d’être en empathie avec ce antihéros. Laurent Lafitte excelle de façon impériale à donner corps à cet homme qui se pensait tout-puissant.

Le cinéphile aura compris très vite que d’autres pistes s’offrent à lui. Il songera ainsi à Jaccob’s Ladder (L’échelle de Jacob), réalisé par Adrian Lyne en 1990, pour l’aspect psychologique (plus que d’horreur) ou encore à Stay (avec Ryan Gosling, notamment), réalisé par Marc Foster en 2005. Conseil à ceux qui n’ont pas vu ou ne connaissent pas ces films : ne cherchez pas des informations à leur sujet avant de voir K.O. au risque de gâcher la surprise. L’on se dira alors : mais que gagneront les autres à voir un film dont ils ont compris le déroulement et l’issue après une vingtaine de minutes ?

C’est que, au-delà du premier degré, à savoir le pourquoi/comment de ce qui se trame autour de et chez Antoine Leconte [1] (notamment l’intrication entre ce qui s’est passé avant le coma et se qui se déploie, dessine, confronte, se met en scène et en abime après le coma et jusqu’à la sorte de celui-ci) l’intérêt majeur du fil est d’être une fable qui éclaire de façon très crue des pratiques d’entreprise et de management ! Cela avait été traité dans Corporate de Nicolas Silhol de façon « réaliste », ici ce l’est autrement, à l’image donc des films cités ci-dessus, mais également, dans un tout autre style dans L’amant double, ou, plus loin dans Nocturnal Animals où, pour les uns et les autres ce qui est raconté n’est pas à envisager à l’aune de la véracité ni même de la vraisemblance, mais de ce que la narration soit au service d’un fond à exploiter avec une forme que l’on peut admirer.

Au service de l’une et de l’autre, un excellent quatuor d’acteurs : outre Laurent Lafitte déjà cité, Chiara Mastroianni, Pio Marmaï, Clotilde Hesme excellent à rendre cette intrigue passionnante… et intrigante !

Enfin, une scène de météo est un petit bijou de « jeux de mots » à cinq centimes ! La scène se termine par une remarque adressée à Antoine Leconte : « Leconte est bon ». Elle sera comprise par les francophones de France et de Belgique (ainsi que les très mauvais jeux de mots « météorologiques »), mais l’on se demande déjà quels trésors d’imagination il faudra aux adaptateurs pour les sous-titrages dans d’autres langues.

Diaporama

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