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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Rupert Goold
Judy
Date de sortie : 15/01/2020
Article mis en ligne le 19 janvier 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation de la comédie musicale « End of the Rainbow » (2005) de Peter Quilter, basée sur la dernière année de vie de l’actrice Judy Garland, lorsqu’elle a délocalisé sa carrière scénique en Grande-Bretagne ;
  • Golden Globe 2020 de la meilleure actrice dans un film dramatique pour Renée Zellweger.

Résumé : Hiver 1968. La légendaire Judy Garland débarque à Londres pour se produire à guichets fermés au Talk of the Town. Cela fait trente ans déjà qu’elle est devenue une star planétaire grâce au « Magicien d’Oz ». Judy a débuté son travail d’artiste à l’âge de deux ans, cela fait maintenant plus de quatre décennies qu’elle chante pour gagner sa vie. Elle est épuisée. Alors qu’elle se prépare pour le spectacle, qu’elle se bat avec son agent, charme les musiciens et évoque ses souvenirs entre amis ; sa vivacité et sa générosité séduisent son entourage. Hantée par une enfance sacrifiée pour Hollywood, elle aspire à rentrer chez elle et à consacrer du temps à ses enfants. Aura-t-elle seulement la force d’aller de l’avant ?

La critique de Julien

En cette période foisonnante de sorties ciné concourant aux cérémonies de récompenses cinématographiques, « Judy » fait partie de bon prétend au titre d’Oscar de la meilleure actrice pour Renée Zellweger, elle qui donne ici ses traits à l’actrice et chanteuse Judy Garland, dans un film biographique adapté de la comédie musicale « End of the Rainbow » (2005) de Peter Quilter. D’emblée, le réalisateur Rupert Goold, en faisant le choix de partir de ce matériau de départ, décide de centrer son film sur une seule période de la vie de l’artiste, étant donné que la comédie musicale concerne ses derniers mois de (sur)vie, bien que des flash-backs nous aideront à mieux comprendre son enfance cadenassée, et ses problèmes. Mais pas assez selon nous, malgré un parti-pris scénaristique intéressant. Une petite recontextualisation s’impose donc, laquelle vous permettra sans doute de mieux apprécier le film...

Révélée à treize ans, en 1935, aux yeux de Louis B. Mayer, patron de la Metro-Goldwyn-Mayer, c’est véritablement en 1939 que Judy Garland deviendra une star avec son rôle de Dorothy dans « Le Magicien d’Oz » (Victor Fleming). Initialement destiné à la star de la Twentieth Century Fox, Shirley Temple, puis à Deanna Durbin, c’est finalement à elle que reviendra ce rôle qui lui vaudra de chanter la chanson oscarisée « Over the Rainbow », laquelle la suivra tout au long de sa carrière, pour ainsi devenir son cheval de bataille.
Et comme tout enfant star, Garland ne fut pas épargnée par les dérives de la célébrité, ce que nous apprennent ces retours en arrière. Très tôt toxicomane, la demoiselle, ayant un solide appétit, était alors obligée par sa mère (puis à la demande du studio) de prendre des amphétamines, en vue également de garder la forme, et de mieux supporter les longues heures de tournage, ce qui, finalement, la rendra insomniaque, elle qui dut ainsi y ajouter des barbituriques afin de l’aider à dormir. Mais elle ne réussira jamais à s’éloigner des médicaments. En 1950, la MGM mettra ainsi un terme à son contrat, son leur accoutumance, ainsi qu’à l’alcool, la rendant ingérable et peu fiable, tout comme ses sauts d’humeur et son manque de ponctualité. Cette sombre période la mènera à une profonde dépression, ainsi qu’à une tentative de suicide la même année (qui ne sera pas la seule).
La chanteuse a également connu une vie amoureuse tumultueuse, elle qui s’est mariée à cinq reprises. Cerise sur le gâteau, elle découvrira notamment que deux de ses maris étaient en réalité homosexuels, dont le père de la célèbre actrice et chanteuse Liza Minnelli, née du deuxième mariage de celle-ci avec le réalisateur Vincente Minnelli. Au fond du gouffre à l’automne 1966, elle finira aussi par se séparer de ses agents Fields et Begelman suite à une mauvaise gestion de son argent, dont un détournement d’une grande partie de ses revenus, ce qui lui vaudra notamment un demi-million de dollars de dettes au total à l’IRS (agence du gouvernement fédéral des États-Unis qui collecte l’impôt sur le revenu et des taxes diverses), laquelle placera ainsi des privilèges fiscaux sur la maison de l’artiste à Brentwood, mais également sur son contrat d’enregistrement avec Capitol Records, et toutes autres transactions commerciales dans lesquelles elle pourrait tirer un revenu.
Bref, vous l’avez compris, la vie de Judy Garland est loin d’envoyer du rêve. Et on n’est certainement pas là pour refaire son histoire, bien qu’on aurait aimé que ce film le fasse pour nous.

« Judy » nous conduit au début de l’année 1969, alors que la santé de Garland s’est détériorée, mais qu’elle s’apprête pourtant à jouer à Londres dans la discothèque « Talk of the Town » (les Anglais étant friand de cette figure emblématique américaine), durant cinq semaines, loin de ses enfants Lorna et Joey Luft, celle-ci devant absolument gagner de l’argent pour espérer vivre avec. C’est d’ailleurs durant cette dernière partie de sa vie qu’elle rencontrera son cinquième époux Mickey Deans, directeur de boîte de nuit, bien plus jeune qu’elle… S’ensuit alors une reconstitution plus ou moins fidèle à la réalité, même si enrôlée pour le bien de la comédie musicale de laquelle elle s’inspire. Certains passages sont ainsi purement fictifs, le projet s’étant d’ailleurs fait sans l’accord de l’actrice Liza Minnelli, qui n’était pas non plus pour le choix au départ de Renée Zellweger dans le rôle de sa mère (tout comme les producteurs du film). Pourtant, l’actrice reste le principal atout du film, elle qui l’incarne à merveille, et pousse également la chansonnette sur toute la bande-originale du film. Mais c’est bien sur scène que Renée Zellweger épouse au mieux l’attitude, la façon de bouger et de chanter de l’artiste, bien que beaucoup à la façon de sa fille, Liza Minelli. Vieillie, visage creusé, sourire fatigué, l’actrice derrière « Bridget Jones » est tout simplement méconnaissable, et porte la marque de la souffrance et des déboires accumulés par l’artiste. 

Alors certes, « Judy » évite le piège facile du biopic classique et chronologique « made in Hollywood », mais son contenu narratif est bien trop faible pour nous permettre de saisir complètement sa personnalité, et tout ce qu’il l’a amenée à devenir l’ombre d’elle-même. Et c’est d’autant plus dommage que sa vie aurait mérité qu’on s’y intéresse davantage, soulevant bien des enjeux intéressants. Ainsi, outre les problèmes qu’elle rencontre ici durant l’année 1969 (et qui ressemblent à tous ceux qu’aient connus des stars d’époque), c’est véritablement lors des flash-backs que le spectateur en apprendra le plus sur Judy Garland, si ce n’est lors de quelques répliques bien senties, mais à l’impact émotionnel esquivé. On est donc majoritairement parachuté dans une histoire dont on ne possède pas les bases, et pour laquelle on aurait aimé en découvrir plus, afin de pouvoir en ressentir toutes les nuances. Et on en ressort d’autant plus frustré que le film n’hésite pas par contre à nous sortir en dernier ressort le célèbre « Over the Rainbow » chanté en live, et repris en cœur par le public, qui n’avait jusque-là pas arrêté de la huer… Sans parler du générique de fin, d’une tristesse et lourdeur assommante… Pour le coup, c’est un peu trop appuyé. Mais n’est-donc que cela, Judy Garland ?

On ne va donc pas se mentir et dire qu’il aurait été impossible de raconter toute la vie de Judy Garland en un seul film. C’est certain. Mais ce choix d’adaptation de comédie musicale n’offre pas tout à fait un résultat final à hauteur de l’artiste auquel il rend hommage, et du choix de se centrer sur sa fin, bien que s’intéressant ici à une période moins connue de son existence. N’en déplaise, « Judy » parvient à refléter le plus important dans sa démarche, à savoir son destin tragique, et cela par l’interprétation toute en variation de Renée Zellweger, passant d’un opposé à l’autre. Voilà qui devrait lui permettre de remporter le second Oscar de sa carrière, à la différence ici d’un premier rôle. En tous cas, cela ne serait pas volé !

https://www.youtube.com/embed/pt2EXXeAotQ
JUDY Trailer VOSTFR ★ Renée Zellweger (Bande Annonce 2020) Drame - YouTube


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