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Laurier Fourniau
Je suis, si tu me suis
Dans le cadre de la 9e édition du Nikon Film festival
Article mis en ligne le 13 janvier 2019
dernière modification le 20 janvier 2020

par Charles De Clercq

Laurier Fourniau, est un jeune réalisateur indépendant (comme on dit) franco-belge. Low Notes, son premier long métrage dont nous rêvions qu’il puisse être vu par un grand public laissait entrevoir un un talent à suivre tant le potentiel était présent dans un film tourné avec peu de moyens, dans une certaine urgence et la capacité de saisir l’instant et les situations pour les transcrire en image, dans une sorte de rêve éveillé qui, malgré les nombreuses contraintes, ne vire jamais au cauchemar. Nous relevions à l’époque un homme « aux mains d’argent », parce qu’il possède de multiples casquettes qui révèlent autant de métiers du cinéma. Il en a d’autres, la photographie notamment et l’on pourrait écrire longtemps sur ses voyages au Kirghizistan, sa connaissance du russe, sa passion pour le cheval.

Il est un fil rouge chez Laurier Fourniau : la force des contraintes, celles qu’il s’impose ou qui lui sont dictées par les faits. Dans son court-métrage Encore, il s’était donné une contrainte pour le scénario et la réalisation. C’est que les moyens financiers le condamnaient à un seul lieu de tournage (un appartement). De cette « pauvreté » (technique) il fera une richesse en l’intégrant dans l’intrigue elle-même : un homme, une femme qui s’imposent un rituel pour chacune de leurs rencontres. Ils se voient toujours au même endroit (chez elle, Alice et que chez celle-ci) à des horaires bien définis. A cette contrainte s’en ajoutait une autre : ils devaient à chaque nouvelle rencontre jouer de nouveaux personnages. Des contraintes qui finiront par rendre délétère leur relation devenue fortement addictive !

C’est à une autre contrainte que se confronte le jeune réalisateur. Dans le cadre de la 9e édition du Nikkon Film festival, sur un thème imposé « Je suis/Le partage », il va se jouer d’une contrainte liée au concours : la durée du film doit être de 140 secondes. En matière de court-métrage, c’est l’équivalent, en littérature d’une short short story. Mais cette contraint « technique » va se lier à l’air du temps, à une actualité prégnante, diversement reçue, celle liée à ce que l’on appelle « Les gilets jaunes ». Si, sous ce nom, se cachent des réalités très diverses, parfois récupérées, et si, pour reprendre des catégories bibliques, l’on doit être conscient qu’il faut distinguer le peuple et la foule, Laurier regarde au-delà des catégories pour saisir un instant dans la ville ou plutôt dans la vie. Dans la vie de deux êtres réunis pour un fait bien précis, un jeune homme (Sélim Zahrani, co-scénariste avec Laurier) : conduire une jeune fille (Délia Espinat Dief) vers un défilé de mode et protéger celle-ci, ou plutôt être garant de l’intégrité de la robe luxueuse qu’elle porte. Mais sur cette route dont le but est clair, il y a un autre défilé. Il ne s’agit pas de mannequin, mais d’une foule, en gilet jaunes, dans la rue, face aux forces de l’ordre. Quelles sont les priorités ? Est-ce qu’un baiser pourra donner sens à la vie et le sens à suivre pour un autre avenir ?

Outre la contrainte liée à la durée du film, l’art du réalisateur est de saisir une situation limite, voire critique, pour être témoin d’un combat actuel et de le mettre en scène au plus près du réel. L’on devine derrière ces cent quarante secondes de nombreuses heures de tournage qui seront condensées par l’homme aux mains d’argent, puisque comme dans Low Notes (ou comme le prodige Xavier Dolan), il est à la réalisation, à l’image, au montage et à la musique !

A l’arrivée, c’est une petite perle, un bijou que propose Laurier Fourniau dans le panel de court-métrage du concours Nikon en intégrant une fiction dans un monde réel. L’on peut se demander ici ce que Laurier aurait pu produire sans la contrainte de la durée : un court-métrage d’une durée plus conventionnelle (10 à 20 minutes) qui mettrait en exergue la relation entre les deux protagonistes ou, à l’inverse, le mouvement lui-même, mais alors avec un approche plus documentaire ? Et si c’était un long ? Difficile à ce stade de l’imaginer car il faudrait pour cela du temps. Le temps d’écrire un scénario, de le réaliser. Mais entretemps, soit le mouvement social se sera dilué, soit il aura contribué à un revirement complet de la société. Dans l’un et l’autre cas, comment inscrire un film écrit dans l’urgence dans une nouvelle réalité sociale, quelle qu’elle soit ?



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