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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Paul Greengrass
Jason Bourne
Sortie le 10 août 2016
Article mis en ligne le 30 juillet 2016
dernière modification le 15 août 2016

par Charles De Clercq
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Une suite intelligente et qui évite les pièges. L’Atout : un excellent antagoniste.
Une prise en compte des nouveaux enjeux du contrôle de l’information. 86/100

Synopsis : La traque de Jason Bourne par les services secrets américains se poursuit. Des îles Canaries à Londres en passant par Las Vegas... (ci-contre : Paul Greengrass)

Acteurs : Matt Damon, Alicia Vikander, Julia Stiles, Tommy Lee Jones, Vincent Cassel, Riz Ahmed, Ato Essandoh.

 Tu veux ou tu veux pas ?

Beaucoup craignaient le pire après le quatrième opus The Bourne Legacy réalisé par Tony Gilroy. Certes, nous étions en manque (de Jason Bourne) après la vision du film, mais avons été le revoir le film quelques jours plus tard, passant notre note de 5 à 6/10 ! Nombreux étaient ceux qui regrettaient (amèrement) Matt Damon. Il se disait qu’il ne voulait plus jouer ce rôle, qu’on ne lui mettrait plus le pied à l’étrier. Il l’a fait cependant, pressé, selon certains, par le chèque important à l’appui. Peut-être bien que oui ! Peut-être bien que non. Et,après tout, on s’en f**t ! Car on ne peut reprocher à l’acteur de faire des choix uniquement commerciaux ! S’il a tourné dans quelques films largement dispensables et dans quelques blockbusters et films ayant eu un succès commercial et public, il s’est engagé aussi dans du cinéma plus indépendant, avec Gus Van Sant ou Kevin Smith (jouant même de l’autodérision).

 Les suites piégées !

Les pièges sont nombreux lorsque l’on ajoute une suite à un film à succès. Ainsi on peut faire dans la surenchère, comme dans Independence Day : Resurgence (plus de combats, de gros vaisseaux et des dialogues plus nuls !). Une suite peut mal tourner (on assume le très mauvais jeu de mots !) parce que le premier film (ou la première franchise) était clôturé et se suffisait à lui-même. On peut alors faire un reboot en rebattant les cartes. Ainsi, dans Ghosbusters, en repartant à zéro en féminisant les rôles et en ajoutant de l’autodérision. On peut aussi choisir de mettre en avant un personnage secondaire, comme dans The Huntsman : Winter’s War (Le chasseur et la reine des glaces) ou Finding Dory (Le monde de Dory) voire développer une branche latérale, comme ce fut le cas avec le 4e volet de l’univers Bourne (The Bourne Legacy) réalisé par Tony Gilroy. Celui-ci disait à ce propos : « Il ne s’agit ni d’un reboot, ni d’un remplacement, ni d’un prequel. Personne ne va remplacer Matt Damon. Il y aura un héros tout neuf, dans un chapitre tout neuf..., c’est un projet autonome. »

 ou une suite intelligente !

Nous sortons de la salle avec le sentiment que non seulement les pièges et écueils ont été évités, mais que la reprise de l’univers bournien s’est faite avec intelligence (et nous avons cependant entendu des amis critiques qui ne sont pas du tout de cet avis). Objectivement on comprend les réticences de l’acteur principal. Outre les raisons invoquées, réelles ou supposées relatives à l’argent, aux personnes concernées (le réalisateur notamment) la saga pouvait se terminer avec le troisième volet, voire même avec le premier, mais Paul Greengrass ouvrait d’autres pistes et d’autres perceptions de l’univers de cet homme à la troublante identité perdue et retrouvée. Selon Wikipedia, Matt Damon aurait cosigné le scénario du quatrième volet des aventures de Bourne, dont il aurait développé l’idée originale avec Paul Greengrass. Impossible de donner la trame du film sans « spoiler ». L’important est de s’immerger dans celui-ci et de se laisser prendre par son atmosphère.

 Des cascades oui, mais pas trop !

Greengrass a évité de multiplier les cascades et poursuites en voiture. En gros, il nous offre deux scènes spectaculaires, la première au début, lors d’une scène d’émeutes à Athènes, la deuxième à la fin lorsque l’antagoniste (Vincent Cassel) détruit tout sur son passage avec un fourgon blindé. Et avouons qu’elle est spectaculaire. Tous les moyens ont été mis au service de la scène : deux-cents véhicules, dont cinquante sont pilotés par des cascadeurs et les cent-cinquante autres étaient emplies de figurants ! Un véhicule spécial et plus rapide que le fourgon a été conçu pour la scène, une camionnette Lenco BearCat qui faisait deux tonnes de moins que le fourgon représenté. Quant à Athènes, l’équipe a fait appel à des artistes de rue pour taguer les murs. "Il a fallu ensuite transformer des centaines de figurants en manifestants déchaînés. Comme la scène est censée se passer en hiver, il a fallu ramener 365 kg de fripes pour ensuite les teindre et en couvrir chaque figurant alors qu’il faisait en fait 25 degrés sur l’île, que l’on appelle celle de l’éternel printemps. Paul Biddus, le conseiller militaire du film, s’est inspiré des images d’émeutes à Athènes en 2015 (...). Il commente : « c’était comme si on avait expliqué à des manifestants comment défier la police. On leur a même appris les slogans en grec. Quant aux forces de l’ordre, on a organisé leur riposte : les fumigènes, les chiens, les brigades d’intervention, les troupes de front et les gardes arrière. En fait mon travail a constitué à 60% de recherches et à 40% de connaissances en matière militaire » (d’après les notes d’intention).

 Les antagonistes qu’il fallait !

Deuxième atout : l’atout, Asset à savoir l’antagoniste, Vincent Cassel. C’est celui qu’il fallait pour jouer le rôle d’un homme torturé (comme il excelle à le faire) qui navigue tel un requin en eaux troubles et a un compte à régler avec Jason Bourne qui lui aussi apparaît également torturé. Depuis 2007, les choses ont bien changé : tant le monde que l’antihéros de l’histoire. « Jason Bourne » apparaît lui aussi plus aigri, torturé, en quête d’un passé impossible à reconstituer, en quête d’une identité que la mémoire retrouvée ne lui a pas permis de reconstruire ! Et il faut aussi saluer le travail remarquable de l’acteur, notamment sur le plan de la préparation physique, ainsi pour les matches de boxe. A quarante-cinq ans, Matt Damon assure encore largement et l’on sent le travail fait en amont tant sur le corps que sur le mental.
Ce sont donc deux protagonistes blessés, au lourd passé, liés l’un à l’autre par leurs actes qui s’opposent. L’un et l’autre se rendent autonomes par rapport à leurs directives, leurs supérieurs ou certains d’entre eux. Car les volets précédents nous ont appris qu’il fallait se méfier de tous, ne faire confiance à personne et qu’il n’y a pas que les journalistes ou les animateurs de jeux de la télévision qui ont une oreillette qui leurs donne la marche à suivre ! La saga avait déjà vu passer plusieurs acteurs dans les hautes sphères de la CIA : Brian Cox, Chris Cooper et David Strathairn. Aujourd’hui, c’est le remarquable Tommy Lee Jones qui donne corps à Robert Dewey qui agit au nom de l’intérêt supérieur de la nation, entendons : les USA. Ajoutons-y, pour reprendre ce qui a marché dans le volet 3, le personnage féminin qui a sa propre ambiguïté, sa propre lecture des événements et sa perspective sur le futur. C’est ici Alicia Vikander qui joue le rôle d’un personnage qui vous fera frissonner, Heather Lee, tant dans sa relation « fraternelle » ?) avec Bourne que « paternelle » avec Dewey ! Elle partagerait avec Jason ce point commun d’être en manque de père (et ajoutons, de repères, voire de repaires !!!).

 La nouvelle mythologie

Troisième élément essentiel de la réappropriation de la franchise : l’intégration de la nouvelle mythologie relative à l’espionnage et à la surveillance du monde. C’est celle qui se développe avec Edward Snowden, Wikileaks et déjà mise en fiction grâce notamment à la série Person of Interest. C’est un monde sous surveillance permanente de l’information, celle du web, celle aussi des caméras de surveillance, des satellites... avec son corollaire, apparu récemment dans la question du débridage des GSM (Iphone) et des portes dérobées demandées par les instances de contrôle américaines, suite à certains attentats. Cette question qui confronte le droit à la protection privée et à l’intérêt collectif que les institutions de contrôle sont censées défendre est également bien mise en jeu dans le film (question soulevée notamment en juillet 2016 suite à l’utilisation de l’application Telegram™ à des fins criminelles).

Cette démarcation, cette tension entre la sphère privée le le bien commun est bien au cœur de cette nouvelle lecture de la saga. Au sujet de son personnage, Tommy Lee Jones précise que d’un certain point de vue : il est « méchant… oui… dans la mesure où je veux tuer le héros du film. Mais il n’empêche que j’incarne un homme qui a un idéal, et qui a dédié sa vie à une mission. Qu’on soit d’accord ou non importe peu, ce qui compte c’est que mon personnage soit persuadé d’être dans son bon droit. »

Et s’agissant du geek de service, représentant les figures emblématiques du web, tel le fondateur de Facebook (mais bien d’autres mis en avant aujourd’hui) il y a Riz Ahmed dans le rôle d’Aaron Kalloor, à la tête d’un réseau d’un milliard et demi d’utilisateurs. Les services secrets veulent une porte dérobée pour tout contrôler. Lui ne veut pas, il a ses principes... mais à ses débuts il a été financé justement par les mêmes services !

 Suite et pas fin ?

Tout concours à faire de ce Jason Bourne un film efficace et intelligent qui tente d’intégrer la complexité du monde et les déplacements des enjeux et des modes de contrôles. Tant la façon de reprendre en mains le personnage avec ses failles, ses fragilités, ses doutes, homme à jamais brisé que sa quête d’identité n’a pas pacifié, que le travail de l’équipe sont à mettre en avant. Les cascades et le travail préparatoire de ces hommes et femmes sans qui un film d’action ne pourrait se faire sont à mettre en lumière (Matt Damon a exécuté lui-même un grand nombre de ses cascades et combats). Le travail sur les images est bien équilibré : en numérique pour les tournages de nuit et en pellicule le jour. Un terrain de jeu aux dimensions du monde dont le tournage donne l’illusion que les images sont prises là où l’action est censée se dérouler. Le montage, qui évite les plans trop courts, donne du relief et du dynamisme aux scènes d’action, mais aussi à d’autres, plus intériorisées. Le film se clôt sur un plan qui laisse toute liberté pour le futur. Soit la franchise se termine pour de bon ici en laissant à chacun de vivre son destin et de retourner à sa solitude, soit d’ouvrir un nouveau volet qui intégrerait plus encore l’évolution du monde d’aujourd’hui, en particulier celles liées au terrorisme. Notre note tient compte du genre cinématographique, de ses limites et contingences.

NB : Pour tempérer notre enthousiasme, allez lire la critique d’un ami sur son site cinopsis.be. Il trouve lui ce film totalement dispensable ! A vous de juger donc !

 Diaporama

Remarque : les photos sont sous ©. Lien vers les crédits photographiques

 Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB

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