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CINECURE
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Donato Rotunno
Io Sto Bene
Sortie du film le 02 février 2022
Article mis en ligne le 8 février 2022

par Julien Brnl

Genre : Drame dramatique

Durée : 94’

Acteurs : Renato Carpentieri, Alessio Lapice, Sara Serraiocco, Marie Jung...

Synopsis :
Antonio a passé toute sa vie loin de son pays natal, l’Italie. Leo, jeune artiste italienne qui tente sa chance à l’étranger, croise son chemin. Un jeu de miroirs entre le vieil homme et la jeune femme déclenche un voyage dans le temps et offre un futur plus serein pour tous les deux.

La critique de Julien

« Io Sto Bene », c’est le troisième long métrage du réalisateur luxembourgeois Donato Rotunno, né de parents immigrés italiens. Cofondateur de la société de production Tarantula Luxembourg en 1995, de la société de production Tarantula Belgique un an plus tard, tandis qu’il a créé en 2011 la société Tarantula Distribution, le cinéaste poursuit ici la trajectoire prise par son documentaire autobiographique « Terra Mia, Terra Nostra » (2012), lequel interrogeait ainsi ses racines. Avec son nouveau film, le cinéaste a cependant voulu ici s’éloigner de son histoire personnelle, afin d’en trouver une approche plus contemporaine, bien que la mise en scène joue ici entre passé et présent. C’est ainsi qu’il a imaginé la rencontre entre deux générations italiennes d’immigrés, en la personne d’Antonio (Renato Carpentieri) et de Leo (Sara Serraiocco), laquelle va pourtant amener le premier à revivre des images du passé, tout en l’acceptant, aidant en retour Leo, en pleine errance, et en laquelle il s’est retrouvé...

Il y a donc d’abord Antonio (Alessio Lapice), ayant quitté l’Italie avec son cousin et leur ami Giuseppe à la fin des années soixante, poussés par la crise économique, afin de trouver du travail à l’étranger. Ce dernier travaillera alors au Luxembourg (au contraire de deux autres), là où il rencontrera sa femme, Mady (Marie Jung). Ce qui devait alors être un exil d’une année se transformera pourtant en une vie pour Antonio, avant de devenir un étranger pour sa famille. Ayant travaillé dur, ils créeront alors une entreprise familiale, Antonio devenant ainsi son propre patron, lui qui n’aura malheureusement plus jamais l’opportunité de parler, ni revoir ses parents, ses derniers ayant coupé les ponts avec lui, étant donné ses erreurs. Aujourd’hui, Antonio est veuf et retraité. Il va alors rencontrer Leopoldina (préférant qu’on l’appelle Leo), elle qui est aussi têtue que son épouse. Cette dernière vient alors de quitter l’Italie avec son petit ami, afin de tenter leur chance en tant que VJ (Visual Jockey). Sauf qu’ils ont rompus, elle qui se retrouve donc seule au Luxembourg. Le temps d’une parenthèse de vie, Antonio deviendra alors comme une figure paternelle pour Leo, l’aidant aussi bien financièrement qu’à faire la paix avec elle-même, et avec les siens, tout en l’aiguillant sur les (bons) choix à faire, sans jamais forcer pourtant le destin...

Tandis qu’il tire son titre d’une chanson du groupe mythique italien des années 90 CCCP, laquelle rythme ici le train de vie compliqué de Leo, « Io Sto Bene » est un film loin d’être indispensable, mais lequel reflète beaucoup de respect et de bienveillance de la part de son réalisateur envers ces deux parcours d’immigrés, ayant ainsi rêvé d’une vie meilleure à l’étranger, dans l’espoir ou non de retourner ensuite au pays avec un quelconque bagage acquis. Sans forcer le trait, le cinéaste nous raconte ainsi deux histoires qui s’emboîtent pour alors se renforcer mutuellement, lesquelles sont des témoins directs de deux époques bien distinctes, mais où le schéma éternel de l’immigration se répète, avec ses différences et complémentarités.

En choisissant ainsi de jongler entre le passé et le présent, Donato Rotunno nous en apprend petit à petit sur son personnage principal, et pourquoi il aide cette jeune femme à se remettre en selle, étant donné qu’il a vécu en partie ce qu’elle vit actuellement. En tout cas, ces deux êtres partagent des points communs dans leur vécu respectif, comme l’absence des proches, ou encore la difficulté de fonder une famille, en plus d’avoir quitté leur pays natal. Ce qui est alors remarquable avec la démarche du réalisateur, c’est de réussir à garder une distance respectable vis-à-vis de la vie de ses personnages, l’un envers l’autre, sans être trop intrusif, se tenant ainsi à carreau avec un minimum naturel suffisant d’informations partagées, leur permettant ainsi de s’attacher l’un à l’autre, et nous à eux. A contrario, cela empêche leur relation à gagner en profondeur, et à nous transpercer. Car finalement, on quitte ces segments de vie aussi banalement qu’ils se sont croisés. Et en l’occurrence, on aurait souhaité rester à leurs côtés plus longtemps, ce qui est bon signe, à la fois d’empathie, et de bien-être. Or, c’est ça aussi le cinéma !

Signalons aussi la présence d’une bande-originale signée par l’un des fondateurs du groupe CPPP, Massimo Zamboni, ayant ici à la fois accepté de céder les droits de la chanson « Io Sto Bene », et de composer la musique du film. Le récit est ainsi marqué par quelques jolis moments où la musique s’invite, lesquels transparaissent ainsi un amour de la musique par son metteur en scène, tandis qu’on prend également un (énorme) plaisir à suivre une histoire parlée en quatre langues (italien, français, luxembourgeois et anglais), le film étant une co-production entre le Luxembourg, la Belgique, l’Allemagne et, forcément, l’Italie. En d’autres termes, quelle richesse culturelle !



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