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CINECURE
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Jérémie Elkaïm
Ils sont vivants
Date de sortie : 23/02/2022
Article mis en ligne le 31 janvier 2022

par Charles De Clercq

Synopsis : Veuve depuis peu, Béatrice vit avec son fils et sa mère. Sa rencontre avec Mokhtar, enseignant iranien arrivé clandestinement en Europe, va bouleverser son quotidien et ses convictions. Par amour pour lui, elle va devoir défier les préjugés de son entourage et les lois de son pays.

Acteurs : Marina Foïs, Seear Kohi, Laetitia Dosch

Au départ, il y a une histoire à peine croyable ! A tel point que de la voir à l’écran dans le film réalisé par Jérémie Elkaïm, l’on se dira que pour son premier long Jérémie Elkaïm a largement fait place à la fabulation avec cette romance improbable, même si les indications à l’écran de fin de film qui ancrent celui-ci dans le réel, viennent confirmer la réalité des faits rapportés. En réalité c’est probablement atténué dans le film.

Qui est cette « Béatrice » ? Au départ, il y a Béatrice Huret, veuve d’un policier aux frontières depuis cinq ans, qui prend un autostoppeur près de Calais et découvre un univers qu’elle ne connaissait pas sinon pour laisser place à son racisme profond, mais ordinaire.C’est qu’elle est militante du FN. Elle organise le 11 juin 2016 la traversée de la Manche vers l’Angleterre, au départ de Dannes, entre Le Touquet et Boulogne, de trois passagers iraniens, dont Mokhtar qu’elle avait rencontré dans la jungle de Calais et qui avait fui l’Iran huit mois plus tôt. Avec d’autres Iraniens, celui-ci s’était cousu la bouche en signe de manifestation contre le démantèlement du camp. Il avait alors 35 ans, venait de Javanroud et s’était converti au christianisme. Béatrice était tombée amoureuse de Mktar. De cette aventure sortira un livre, écrit pour elle par Catherine Siguret : Calais mon amour.

Cette histoire vraie a marqué Marina Foïs qui en a parlé autour d’elle, à Elkaïm... qui a décidé de porter cette histoire à l’écran. Et, à l’arrivée, c’est plutôt réussi, même si le réalisateur n’appuie pas le côté « militante et/ou votante FN » de Béatrice (sinon à faire entendre son refus qu’on laisse entrer dans des Soudanais dans son service (elle est aide-soignante de nuit auprès de personnes âgées). Le réalisateur suit d’assez près la trame de l’histoire originale tout en condensant le temps (le mari de Béatrice a été inhumé quelques jours plus tôt) et en développant l’histoire d’amour entre deux êtres que rien ne devait faire se rencontrer et encore moins s’aimer.

Dans la jungle de Calais (reconstituée pour le film puisqu’elle est « détruite ») avec de vrais migrants, Béatrice va découvrir un monde qu’elle ne connait absolument pas et le film nous montre la lente évolution de l’héroïne, depuis son repli identitaire jusqu’à son engagement social, sa relation affective et amoureuse, jusqu’à devoir lâcher prise en laissant partir Mokhtar avec deux compatriotes sur une frêle embarcation achetée sur « Le Bon coin » ! L’on se doute que le titre du film répond à l’évolution favorable de l’intrigue, qui se conclut par ces mots après un appel téléphonique depuis l’Angleterre. S’ajoute une sous-intrigue avec Laetitia Dosch qui joue le rôle d’une journaliste qui est présente dans le camp au quotidien, mais joue l’incruste chez Ingrid, notamment parce qu’intéressée par un jeune soudanais qu’elle prend comme amant passager. Le casting est très juste, dont Igor Van Dessel dans le rôle de Florian, le fils de Béatrice qui observera avec empathie l’évolution de sa mère qui devient amoureuse. Il servira même d’interprète entre elle et Mokhtar puisqu’il parle et comprend l’anglais, ce qui n’est pas le cas de sa mère. Outre les images tournées dans le camp, il en est d’autres, notamment lorsque des collègues policiers de son mari lui reprochent de mal tourner tout en laissant paraître un racisme ordinaire. Si Marian Foïs incarne parfaitement Béatrice, il faut relever le jeu extraordinaire de justesse de Seear Kohi dont c’est le premier long métrage (il avait joué un petit rôle dans la série Vulnérable en 2020 et surtout celui de Balach dans six épisodes de la huitième saison de la série Homeland). Ici, osons le jeu de mots, il est extraordinaire de vulnérabilité et de force tranquille pour laisser de côté le pays où une femme accueillante et amoureuse ferait tout pour lui... jusqu’à lâcher prise pour qu’il trouve un autre pays, sa terre d’accueil rêvée depuis longtemps : homeland en quelque sorte !



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