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CINECURE
L’actualité du cinéma

Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Silvio Soldini
Il colore nascosto delle cose
Sortie le 6 décembre 2017
Article mis en ligne le 14 novembre 2017
dernière modification le 11 décembre 2017

par Charles De Clercq

Synopsis : Teo travaille en tant que « créatif » pour une agence de publicité, bien que sa vie soit dictée au rythme du smartphone et de sa tablette. Il en va tout autrement pour Emma qui a perdu la vue à 16 ans.

Acteurs : Valeria Golino, Adriano Giannini, Laura Adriani, Valentina Carnelutti

Nous avons apprécié ce film, bien que certains critiques le classent dans la catégorie « téléfilm », soit donc téléphoné, prévisible, bon seulement pour un soir à la TV ! Et pourtant - serions-nous aveugle - nous y avons vu... bien plus, un film sur la cécité, symbolique et physique ! Ils ont des yeux et ne voient pas, c’est déjà écrit quelque part, dans un texte antique...

Téo (Adriano Giannini) a des yeux et ne voit pas. Sauf son boulot. C’est l’homme de la connexion, comme on l’entend aujourd’hui, l’homme relié au réseau, qui vit avec son smartphone et sa tablette. Son travail donc. Mais c’est plus une drogue qu’affaire de responsabilité. Il ne s’engage pas vraiment avec la femme qui croit avoir une relation solide avec lui. Elle n’attend que son installation dans leur « foyer ». Lui a gardé son appartement, mais aussi ses conquêtes, ses aventures d’une nuit. D’où il vient, ce qu’il a vécu ne nous sera pas vraiment dévoilé et, à dire vrai, Téo ne s’y intéresse pas. Jusqu’au jour où il rencontre une femme, Emma (Valeria Golino), aveugle. Elle fait ses courses avec une amie, elle est ostéopathe. Stop, il faut remonter le temps du film. Celui-ci commence par du noir et des voix... On ne voit rien, mais on entend. Expérience pour des voyants de « voir » ce que les aveugles ne voient pas avec leurs yeux, mais découvrent avec d’autres sens bien plus développés. Or, Emma, justement, était la guide dans ce « musée sensoriel » qu’elle vient animer une fois par semaine.

Alors une aveugle pour l’homme, quasiment casé à son insu, ce peut-être une aventure à tenter, sans lendemain. Circulez, il n’y a rien à voir. Sauf que Emma, qui ne voit pas, sort d’une rupture et que peut-être bien elle aurait là un plan drague, et plus si affinités ! Elle en parle avec une amie, malvoyante qui discerne à peine quelque chose. Mais les choses vont se compliquer et bouleverser leurs vies. Se lieront-ils ou pas ? Leur relation est-elle sincère ? Comment les autres verront-ils cette aventure (ou plus). Au boulot, au « foyer » où il est attendu. Ce pourrait être, simplement, banalement une comédie de boulevard. Et si c’est cela, c’est cependant bien plus. Car l’air de rien, il nous est donné de connaître la vie d’une aveugle, son parcours dans la ville, dans une maison. Les difficultés, malgré ses sens aiguisés qui lui permettent de « voir », sentir, pressentir, découvrir. C’est aussi une autre aveugle qui refuse d’accepter son handicap. Plus jeune, elle a peur, ne veut pas être autonome, ne veut pas utiliser la canne blanche... Deux regards différents sur deux façons de vivre avec la cécité pour deux femmes qui ne sont pas nées aveugles.

L’on s’attachera à l’intrigue, amoureuse ou pas, aux aléas des aventures des uns et des autres, l’on découvrira que si l’amour est aveugle… chez les aveugles « Cupidon peut être malvoyant »... il sera bon d’être attentif à cette dimension du handicap. Nous reprenons ici la traduction d’un texte italien de Camillo De Marco sur Cineuropa. Celui donne une clé de lecture essentielle du film (celle que nous pressentions lors de la vision presse, celle qui n’a pas été perçue par tous probablement).

En 2013, Soldini avait réalisé un documentaire intitulé Different Eyes, qui suivait un physiothérapeute, une musicienne, un sculpteur et d’autres non voyants ayant pour point commun une volonté de vivre, de surmonter les obstacles, de faire du sport et d’autres activités habituellement dangereuses pour une personne handicapée. Le réalisateur est parti de cette expérience, qui a dû profondément le marquer, pour écrire le scénario du film avec Doriana Leondeff et Davide Lantieri. Les longues recherches pour réaliser le documentaire, les rencontres et les échanges avec les non-voyants et leur entourage lui ont permis d’imaginer une histoire qui n’utiliserait pas les mêmes lieux pathétiques, mais qui montrerait la vie quotidienne de ces personnes de manière très réaliste.

Dans le film, le travail qu’a accompli Valeria Golino, en observant les gestes quotidiens des non-voyants, est évident : se déplacer en ville avec une canne, faire les courses, la cuisine et exécuter des actions que nous prenons pour acquises, comme utiliser un téléphone portable. Il colore nascosto delle cose, qui restitue la ‘’normalité’’ de ceux qui vivent dans l’obscurité, est une comédie sentimentale dans laquelle le rapport sensoriel qui s’établit entre deux protagonistes permet de les rapprocher. Teo est un homme qui fuit ses propres responsabilités, mais sera contraint de se recentrer sur lui-même et de changer, dans une fin ouverte.

Diaporama

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