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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Gastón Duprat et Mariano Cohn
Il Ciudadano Ilustre (Citoyen d’honneur)
Sortie le 19 avril 2017
Article mis en ligne le 16 avril 2017
dernière modification le 23 avril 2017

par Charles De Clercq
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Une mise en abîme jubilatoire d’un écrivain, de son œuvre, de ceux qui sont figés sur le papier.
Entre satire et humour, thriller et comédie, drame et questions sociales... 86/100

Synopsis : L’Argentin Daniel Montovani, lauréat du Prix Nobel de littérature, vit en Europe depuis plus de trente ans. Alors qu’il refuse systématiquement les multiples sollicitations dont il est l’objet, il décide d’accepter l’invitation reçue de sa petite ville natale qui souhaite le faire citoyen d’honneur. Mais est-ce vraiment une bonne idée de revenir à Salas dont les habitants sont devenus à leur insu les personnages de ses romans ?

Acteurs : Oscar Martinez, Dady Brieva, Andrea Frigerio, Belén Chavanne, Nora Navas

Citoyen d’honneur est un film qu’il est bien difficile de classer tant il oscille entre drame et comédie, mais pas seulement, car c’est aussi une satire, une critique sociale (à défaut d’être politique) qui vire parfois au thriller.

Le héros de l’histoire, argentin, est prix Nobel de littérature et c’est déjà égratigner et interroger lorsque l’on sait qu’aucun Argentin n’a obtenu un tel prix, même parmi les plus grands, dont Jose Luis Borges. Daniel Montovani ne va pas refuser lui de se rendre eu Suède pour obtenir le prix prestigieux, mais son discours est à la fois une critique du prix, de l’institution qui l’attribue et aussi de l’auteur qui l’accepte et prend acte, du fait même de la réception du Nobel, qu’il est arrivé à l’apex de son art et qu’il lui sera bien difficile d’être encore créatif par la suite. A lui seul ce discours inaugural va entraîner le spectateur dans une réflexion sur l’art et la création. En coulant celle-ci dans le creuset d’un prix prestigieux, il coule également jusque dans les profondeurs toute capacité de persévérer et poursuivre son art. C’est ainsi que vivant sur ses lauriers, nous retrouvons notre écrivain bien des années plus tard, refusant tous les honneurs alors qu’il vit dans une luxueuse maison et promettant un roman qui ne viendrait probablement jamais.

Assis dans ces certitudes et dans la gloire d’un passé révolu, Daniel Montovani s’étiole dans les ors de celle-ci. Jusqu’à ce que le passé vienne le frapper de plein fouet. Lui qui vient de Salas, une ville fictive, bien loin de la capitale et située dans pampa argentine apprend que son patelin de naissance l’a fait citoyen d’honneur. Un bled perdu, un trou au milieu de nulle part. Et quarante ans après l’avoir quitté, soudain il lui prend le désir de s’y rendre, au grand dam de sa secrétaire. Daniel dira qu’il n’a fait qu’une chose dans sa vie, s’échapper de Salas. Ses personnages, eux, n’ont jamais pu en sortir et lui n’a jamais pu y retourner. Dès ce moment, le film prend une autre tournure, parfois absurde. A comment par celui qui vient le chercher dans une très vieille voiture, déglinguée et qui est loin d’avoir la classe de celles auxquelles il est habitué. Les longues heures de route ne seront pas de tout repos lorsque le chauffeur croit bien faire en prenant un raccourci et tombe en panne dans une zone sans réseau téléphonique, en pleine campagne. On devine là que l’absurde sera au rendez-vous. Occasion de vanter l’écrivain pour l’Argentine et son petit village, après Diego Maradona, le pape François, la reine de Hollande, Messi et Daniel, le prix Nobel de littérature.

Cet absurde s’exprimera par un grand nombre de saynètes qui sont autant de situations totalement décalées où l’on se prend au sérieux, ainsi lorsqu’il est membre d’un jury qui doit attribuer un prix pour la meilleur peinture. Et il faut avouer que ces peintures ne valent rien, sauf par ceux qui les ont produites et dont on attend, évidemment, qu’il les récompense. C’est aussi une galerie de portraits de personnages attachants, futiles, violents, désagréables, gentils, bêtes, méchants. Il y a ainsi son ancienne prof. de français, Irène celle qu’il aimait, qu’il a laissé tomber. Elle ne l’a pas oublié alors qu’Antonio lui a « piqué » celle-ci qui fait encore les yeux doux à Daniel. Les rivalités reprendront le dessus, tout comme les mesquineries on ne peut plus locales, exacerbées par la vision de celui qui est parti pour la ville, et plus encore pour l’Europe, vomie ici. Il faudra que Daniel soit chassé en quelque sorte des terres de son passé pour mourir à lui-même, à ses illusions perdues, pour renaître peut-être grâce à l’écriture perdue. Comme si la vie se mettait en abîme dans le roman ! Le suspens sera à son comble dans les toutes dernières scènes qui révèlent un étonnant twist final dans ce long métrage qui n’aborde que le point de vue de Daniel.

Pour la petite histoire, les réalisateurs ont décidé de faire éditer « en vrai » l’œuvre « fictive » de Daniel Mantovani : « Le film ne montre jamais Daniel Mantovani en train d’écrire, du coup nous avons eu envie de savoir ce que pouvait réellement valoir son travail. Nous avons décidé, en collaboration avec Random House Mondadori, de faire éditer un roman du faux Prix Nobel argentin de littérature. Il a fallu d’abord déterminer ce que le livre allait raconter et ensuite le style d’écriture à adopter. La rédaction a été confiée à un écrivain connu, et bien réel lui, qui a néanmoins gardé l’anonymat. L’idée est maintenant de publier les sept autres romans de Daniel Mantovani. ». Il faut enfin noter que Oscar Martínez a obtenu le prix d’interprétation masculine à Venise pour ce film. Certains se souviendront l’avoir vu dans le film à segments Relatos salvages (Les nouveaux sauvages) de Damián Szifron.

Diaporama

Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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