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Netflix depuis le 1er mai 2020
Hollywood
Une plongée dans l’Hollywood d’après-guerre
Article mis en ligne le 4 mai 2020
dernière modification le 7 juin 2020

par Charles De Clercq

Présentation Netflix : HOLLYWOOD, la nouvelle mini-série signée Ryan Murphy et Ian Brennan, suit un groupe d’acteurs et de cinéastes en herbe qui essaient de percer coûte que coûte dans le Hollywood de l’après-Deuxième Guerre mondiale. Chaque personnage offre un aperçu unique de l’envers du décor de l’âge d’or hollywoodien en mettant en lumière les injustices du système et les discriminations fondées sur les origines ethniques, le genre et l’orientation sexuelle qui perdurent encore aujourd’hui. Provocant et incisif, HOLLYWOOD expose et analyse une dynamique de pouvoirs restée intacte depuis des décennies et montre ce à quoi le paysage du divertissement pourrait ressembler si elle avait été brisée.

Le casting : HOLLYWOOD met en vedette David Corenswet (Jack), Darren Criss (Raymond), Jeremy Pope (Archie), Laura Harrier (Camille), Samara Weaving (Claire), Dylan McDermott (Ernie), Holland Taylor (Ellen Kincaid), Patti LuPone (Avis), Jim Parsons (Henry Willson), Jake Picking (Rock Hudson), Joe Mantello (Dick) et Maude Apatow (Henrietta). Sa production exécutive est assurée par les cocréateurs Ryan Murphy et Ian Brennan, ainsi que par Alexis Martin Woodall et Janet Mock, également scénariste et réalisatrice.

Hollywood est une série à thèse, du moins elle veut défendre les minorités et dépasser les hypocrisies du code Hays et des studios. A une époque (et aujourd’hui encore en partie) il ne faisait pas bon être noir, femme, homosexuel·le, dans le milieu du cinéma. Encore moins de cumuler. Au besoin les studios vous inventeront une vie affective et passionnelle pour remplir les tabloïds et magazines glacés du cinéma.

La série clôture très bien son arc narratif (et on ne saurait trop conseiller aux producteurs de ne pas envisager de suite).

Tarantino a montré récemment le chemin, dans Once Upon a Time... in Hollywood en postulant « Et si »... et si Sharon Tate n’était pas assassinée ce soir-là ? Mêlant réalité et fiction. Hollywood va dans le même sens, intégrant dans sa narration des personnages célèbres de l’immédiat après-guerre et d’autres de fiction pour nous proposer une réalité alternative. ET SI en 1946 un noir écrivait le scénario d’un film pour une major dont l’actrice principale serait noire ! Et si Rock Hudson avait fait son coming out ? Et si une actrice asiatique obtenait l’Oscar du meilleur second rôle féminin et une noire celui de meilleure actrice lors de la 20e cérémonie des Oscars en 1947 ! On a l’air de spoiler gravement, mais qui peut décoder une bande-annonce et les enjeux d’un film ou d’une série aura vite compris où les réalisateurs (Ryan Murphy et Ian Brennan) veulent en arriver.

Le studios Ace n’existe pas et aucun studio n’aurait été aussi progressiste à l’époque, mais ils apportent de la vraisemblance à la partie fictive du récit où nous rencontrons de vrais protagonistes et découvrons leur vie affective passablement mouvementée. Ceux et celles qui auront lu le livre Full Service : My Adventures in Hollywood and the Secret Sex Lives of the Stars (ci-contre à droite, le livre en version française, quasiment introuvable aujourd’hui) écrit par Scotty Bowers et publié en 2012 auront reconnu la célèbre station service où l’on ne délivrait pas que de l’essence, mais un full service, un chemin pour le paradis où actrices, acteurs, producteurs et autres trouveront chaussure à leur pied, qu’ils soient hétéros, gays, lesbiennes, bisexuels ou amateurs de partouzes. Occasion de voir au passage Cole Porter (interprété par Darren Richardson). Ernie (Dylan McDermott’s ) n’est pas totalement la copie conforme de Scotty Bowers (celui-ci ne prenait pas un pourcentage sur les « prestations » de ses beaux gars de la marine ou en tout cas de l’armée, car c’est là qu’il « recrutait » des jeunes de 20 à 25 ans capables de satisfaire les désirs les plus fous de celles et ceux qui voulaient monter au septième ciel).

La série fait place aussi à la mémoire d’actrices qui n’ont pas été reconnues à leur juste valeur pour des questions raciales Anna May Wong (Michelle Krusiec), Hattie McDaniel (Queen Latifah), le fil conducteur de la série, mais aussi à d’autres comme George Cukor (Daniel London) réputé pour les parties fines qu’il organisait en privé à son domicile et où débarquaient les jeunes de la station service ou d’autres membres d’une équipe de football américain.

Henry Willson (interprété par Jim Parsons) sera le mentor de celui qu’il appellera Rock Hudson et dont il fera modifier la dentition. Le début de leur rencontre est assez proche de la réalité, ensuite il y a quelques libertés avec le réel. Il n’empêche que les scènes où l’on découvre Rock Hudson piètre acteur (et c’est peu de le dire) s’inspirent de la réalité. On pourrait disserter à l’envi de cette série qui devrait réjouir ceux et celles qui ont l’esprit ouvert, et/ou veulent découvrir les secrets cachés d’Hollywood d’après-guerre. Mais bien plus, c’est le rêve offert par une réalité alternative qui aurait pu changer le monde du cinéma.

Le dernier épisode ou l’uchronie fait place à un rêve utopique. L’on quitte l’univers proposé, qui aurait pu être pour un autre, celui du rêve, du conte de fées : vous avez rêvé que c’était possible... mais non, c’est bien un rêve qui se conclut par un « happy end », la possibilité tourner un film sur un amour impossible. L’épisode fait un « saut quantique » dans sa narration. Le « et si... » qui constitue l’arc narratif de la série fait basculer le spectateur vers une amère et paradoxale conclusion. Oui, nous rêvons. Vous avez rêvé durant six épisodes. Mais, paradoxalement le 7e, en poussant le rêve jusqu’à une impossible et improbable réalité alternative, vient nous rappeler que ce que nous croyons être et vivons comme étant le réel est probablement notre cauchemar.

Enfin, l’on prendra un plaisir cinéphile à assister à la reconstitution de la 20e cérémonie des Oscars, surtout si l’on connait les nominés et les primés, ce sera un jeu de découvrir ceux que l’on a dû laisser de côté pour faire place aux Oscars alternatifs.

(c) Netflix

https://www.youtube.com/embed/ShbgigyyZcc
HOLLYWOOD Bande Annonce (2020) Samara Weaving, Série Netflix - YouTube