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CINECURE
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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Claire Denis
High Life
Sortie le 20 mars 2019
Article mis en ligne le 1er février 2019
dernière modification le 6 août 2019

par Charles De Clercq

Synopsis : Un groupe de criminels condamnés à mort accepte de participer à une mission spatiale gouvernementale, dont l’objectif est de trouver des sources d’énergie alternatives, et de prendre part à des expériences de reproduction...

Acteurs : Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin, Mia Goth, Agata Buzek.

Le dernier film de Claire Denis (après Un beau soleil intérieur qui nous avait laissé dubitatif), est sorti en France depuis début novembre 2018. High Life était précédé d’une aura qui le reliait au meilleur de Kubrick et de Tarkovski. Si les notes sur IMDB étaient moyennes, son Metascore dépassait 80. Autant dire qu’à défaut d’enthousiasme du grand public, le critique et/ou cinéphile en aurait pour son argent avec cette première incursion de Claire Denis dans un univers de science-fiction.

Et c’est justement sur ce terrain que la déception est grande (et elle le sera d’autant plus que l’on est fan de ce type d’univers et/ou de films). Si l’on peut comprendre que l’on se situe aux antipodes des films grand public auxquels d’énormes budgets sont alloués à la mesure des recettes attendues, l’on ne peut qu’être surpris de l’aspect « cheap » des décors. L’on se dit à certains moments qu’Ed Wood aurait fait beaucoup mieux ! C’est dire. Les quelques décors du film font plus penser aux couloirs d’une sordide prison d’un pays de l’Est qu’à ceux d’un singulier vaisseau spatial-prison navigant à 99% de la vitesse de la lumière vers un trou noir.

C’est d’ailleurs le cadre proprement dit du récit qui gène aux entournures. L’on peut accepter les invraisemblances des films de science-fiction ou d’anticipation, ainsi les classiques sons d’explosion qu’il est impossible d’entendre dans le vide sidéral. Ici, ce qui ne va pas du tout, c’est l’incohérence complète du cadre proposé. Un vaisseau spatial à quasiment la vitesse de la lumière suppose une avancée technologique qui ne se traduit pas dans le matériel informatique du vaisseau qui fait plus « récupération de matériel » des années 80. Mais plus grave encore : comment une navette peut-elle sortir d’un vaisseau à cette vitesse et rester à proximité ? Comment les corps restent-ils près du cargo-prison ? Et, in fine, malgré toutes les possibilités permises par la théorie de la relativité avec la vitesse de la lumière, notamment le fait que l’on vieillit beaucoup plus lentement dans le navire spatial que sur la terre, il y a un bug gros comme une porte de prison ! Il s’agit de l’absence de vieillissement de Monte par rapport à sa fille. Celle-ci est seule avec son père à la fin du film. OK, pas de problème. Mais si le père ne vieillit pas (enfin, on me dit « cheveux blancs »... bof), pourquoi la fille, vieillit-elle elle ? Ajoutons qu’entre les premières scènes (celle de la réparation du vaisseau en même temps qu’il écoute le babillage de sa fille) et les dernières où ils sont toujours les seuls survivants (et après la rencontre avec les chiens - on n’en dira pas plus mais qui suppose un vaisseau autonome où il n’y a pas besoin d’un communiqué quotidien vers ma Terre pour accorder 24 heures de survie) il a dû se passer une quinzaine d’années (si l’on se base sur le vieillissement visible de la fille). Mais l’on était déjà si proche du trou noir au début de l’intrigue (présenté en flashback) alors que l’on aurait dû d’en éloigner de quinze années lumière !

Ce sont ces incohérences et invraisemblances qui nous ont éjecté du film et plongé radicalement dans un trou noir ! Le film ne peut même pas s’augurer d’être un nanar (d’autant qu’il ne prétend pas l’être). Il frise simplement le ridicule et c’est très regrettable car il semble bien que, hors cette intrigue et ce cadre, le film recèle de très belles pépites qui invitent à réfléchir sur notre statut d’humain et cela malgré certains clichés (le jardin qui pourrait être d’Eden), les relations entre nous, la hiérarchie des valeurs, l’expérimentation médicale... Tout du moins si l’on fait abstraction de certains plans qui frisent le grotesque, ainsi Dibs (Juliette Binoche) se faisant « enfiler » - il n’y a pas d’autres mots - par un gode géant ou encore ce qui suinte (en quantité !) de la même cabine de masturbation lorsqu’un homme y entre. Under the Skin, le film de Jonathan Glazer (certains comparent High Life à celui-ci) était un tout autre niveau.

L’on pourra se dire que le budget du film ne permettait pas beaucoup de choses après avoir payé les deux acteurs principaux, Juliette Binoche et Robert Pattinson. Dès lors, il aurait été de loin préférable de choisir un huis clos dans un lieu kafkaïen, sans aucune référence à la science-fiction/anticipation. le film y aurait gagné en densité et qualité.

Il faut cependant relever la performance d’acteur de Robert Pattinson tout en finesse, sobriété et intériorité. Nous y avons retrouvé le Pattinson que l’on avait apprécié dans Cosmopolis, Life, The Lost City of Z ou même Rover. Ajoutons, pour conclure, sa relation avec sa fille (bébé) et justement celle-ci. L’on n’a pas l’impression d’effet spéciaux, ni d’une poupée animée et il faut mettre en avant son « jeu », seule ou avec son « père ».

Mise à jour : Nous n’avions pas lu le dossier presse du film avant de rédiger cette critique. Voici donc des précisions qui expliquent le « naturel » de l’enfant : « Très important, le bébé ! Elle s’appelle Scarlett. Elle est anglaise. Elle est la fille de Sam, le meilleur ami de Robert Pattinson, son ami d’enfance, son copain d’école. On était très près du début du tournage et on ne trouvait pas le bébé. Alors Robert me dit « pourquoi on se casse la tête à faire passer des castings à plein de bébés alors que j’en connais un qui sera formidable ». On est tous tombé à genoux devant mademoiselle Scarlett, si potelée, si charmante. Ce n’est pas très difficile de tourner avec un bébé. On respecte ses heures de repas, ses siestes, ses crises de larmes. On se mettait au diapason de ces rythmes et on tournait, plus ou moins silencieux et invisibles grâce à la très grande délicatesse et discrétion du chef opérateur Yorick Le Saux. »

Pour ne pas laisser le spectateur potentiel en rade, ou l’abandonner dans un trou noir (serait-il aussi bien présenté à l’écran que celui offert par la réalisatrice dans son film), nous renvoyons à cette critique très positive d’Aurélien Milhaud qui y a vu la perle que nos yeux aveuglés n’ont pas trouvée ! Dans la foulée, nous renvoyons également à la lecture de Thibaut Grégoire dans La revue du cinéma en ligne, Le Rayon vert dont l’analyse est plus fine et plus subtile que la nôtre, notamment dans l’abord des questions « tabous » (NB : terme employé plusieurs fois par Monte en dialogue avec sa petite fille encore enfant) qu’il voit au cœur du film. L’on regrettera d’autant plus d’en avoir été éjecté !

Bande-annonce :

https://www.youtube.com/embed/lP14hCaqpKA
HIGH LIFE Bande Annonce VOSTFR (Trailer 2018) Robert Pattinson, Horror Movie - YouTube


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