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CINECURE
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Sylvie Ohayon
Haute Couture
Sortie du film le 17 novembre 2021
Article mis en ligne le 21 novembre 2021

par Julien Brnl

Genre : Comédie dramatique

Durée : 101’

Acteurs : Nathalie Baye, Lyna Khoudri, Pascale Arbillot, Clotilde Courau, Claude Perron, Soumayé Bocoum...

Synopsis :
Première d’atelier au sein de la Maison Dior, Esther participe à sa dernière collection de Haute Couture avant de prendre sa retraite. Un jour, elle se fait voler son sac dans le métro par Jade, 20 ans. Mais celle-ci, prise de remords, décide de lui restituer son bien. Séduite malgré elle par l’audace de la jeune fille et convaincue qu’elle a un don, Esther lui offre la chance d’intégrer les ateliers de la Maison Dior comme apprentie. L’occasion de transmettre à Jade un métier exercé depuis toujours pour la beauté du geste...

La critique de Julien

« Haute Couture », c’est la nouvelle réalisation de la cinéaste française Sylvie Ohayon, elle qui est aussi - et surtout - une femme de lettres, à qui l’on doit notamment le roman « Papa Was Not a Rolling Stone » (Ed. Robert Laffont, 2011), qu’elle a justement adapté pour le cinéma il y a maintenant sept ans. Pour son second effort, cette dernière s’est en partie inspirée de son propre vécu, ainsi que de son amour pour son pays, laquelle a alors imaginé une rencontre improbable entre deux femmes, dont une couturière de la Maison Dior (Nathalie Baye), alors sur le départ, et une banlieusarde (Lyna Khoudri) lui ayant chapardé, puis rapporté son sac. Toutes deux ressortiront alors grandies de leur collaboration, qui dépassera, évidemment, le cadre professionnel.

Étant donné que l’action principale du film se déroule dans les ateliers Dior, on se demandait d’emblée comment sa réalisatrice allait faire pour en reconstituer les décors, plutôt réalistes. Or, sans avoir eu accès aux vrais, Sylvie Ohayon s’est rabattue sur la littérature, ainsi que sur le travail de Monsieur Dior, via notamment des documentaires, et une exposition au Musée des Arts Décoratifs de Paris. Mais elle s’est également bien entourée pour ce projet, tel que de la costumière Justine Vivien, qui travaille notamment, et depuis longtemps, pour Dior Héritage (les archives de la maison Dior). Et c’est dans un ministère désaffecté que l’atelier de couture a été recréé, là où la lumière du jour illumine ces robes sur-mesure. Avec sa chef décoratrice, Sylvie Ohayon a souhaité un style proche des ateliers de Monsieur Dior datant du début de sa carrière, quand la dorure et les moulures étaient de mise. Son film nous permet dès lors de pénétrer un univers méconnu, avec tendresse et passion, lui qui est cependant plus filmé qu’approfondi, dans le sens où le film ne nous en apprend pas énormément sur le métier de couturière, bien qu’il lui rend hommage, ainsi qu’à ses artisanes. Mais il est aussi question de leur condition, et leur profil, plus ordinaire qu’attendu, et cela notamment vis-à-vis du personnage joué par Nathalie Baye...

Elle, qu’on a croisée il y a quelques jours dans le dernier film de Guillaume Canet, interprète ici Esther, une femme psychorigide handicapée de sentiments, elle qui a alors donné sa vie pour son métier, de là à ce que sa fille ne veuille plus la voir, tel que ce fut déjà le cas avec sa propre mère. Victime de solitude au quotidien (qui s’annonce encore bien pire qu’il ne l’est déjà étant donné sa retraire prochaine) et curieuse de ce que lui réserve l’avenir, elle prendra alors sous son aile Jade (jouée par Lyna Khoudri, César du meilleur espoir féminin pour son rôle dans « Papicha » de Mounia Meddour, 2019), qui lui rappelle quelque chose de son passé. De prime abord excessive, la jeune demoiselle est pourtant quelqu’un de responsable, elle qui s’occupe notamment de sa mère, dépressive, que Clotilde Courau (étonnante) interprète à contre-emploi. Jade gagnera alors ici en éducation, et en un nouveau rapport à la vie, curieuse, à son tour, mais de découvrir un monde dont elle ignore tout.

Si les portraits peuvent toucher, alors que tout les oppose, c’est sans doute parce qu’ils correspondent à la vision que la réalisatrice à d’elle-même, c’est-à-dire une « banlieusarde romantique qui a réussi à s’émanciper ». Et il faut dire que ses deux personnages débordent d’authenticité brute. Pourtant, on a bien du mal à croire en leur rencontre, d’une part parce qu’elle est trop rapide, instinctive, basée sur une confiance biaisée, et d’autre part parce qu’on doute qu’une première d’atelier au sein de la Maison Dior puisse en ouvrir les portes à une parfaite inconnue, sur un coup de tête. Et puis, il faut bien dire que les stéréotypes de la banlieue et de ses habitants ne sont pas esquivés. Cependant, l’écriture du film se révèle plus fine que de la dentelle lorsqu’elle parle de sentiments, notamment vis-à-vis des rapports conflictuels entre ses personnages, même si la relation complexe qu’entretiennent ici les deux personnages principaux tournent un peu en rond, et ne sort jamais du cadre. Aussi, on aurait souhaité que sa scénariste approfondisse la tension qui semble exister entre ces/ses couturières...

Enfin, et alors qu’il est bien question ici de partage, de transmission, de création, d’apprentissage de la vie à tout âge, « Haute Couture » parle également de famille réinventée, Sylvie Ohayon insistant sur l’importance de rencontres en des gens d’obédiences diverses, ce qui crée dans ce cas-ci quelque chose d’unique, qui dépasse ainsi les frontières culturelles, et sociales. Mais une fois de plus, la métaphore est un brin trop convenue et inoffensive pour marquer...



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