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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Ilya Naishuller
Hardcore Henry
Sortie le 20 avril 2016 (le 13 avril en France)
Article mis en ligne le 16 avril 2016
dernière modification le 29 mars 2017

par Charles De Clercq
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Espérons que les prochains films d’action ne s’engouffrent pas dans cette voie.
Un film violent : (comme) un jeu vidéo en caméra subjective. 54/100

Synopsis : Vous ne vous souvenez de rien. Probablement parce que votre femme vient de vous ramener du royaume des morts. Elle vous dit que vous vous appelez Henry. Vous n’êtes plus le même : vous êtes désormais un cyborg. À peine cinq minutes plus tard, vous êtes pris pour cible et vous voyez votre femme se faire kidnapper. Pour la libérer, vous devez croiser le fer avec Akan, le chef d’une armée de mercenaires sans pitié, qui brigue le pouvoir ultime. En outre, vous vous trouvez à Moscou, une ville où vous ne connaissez personne et où tout le monde semble avoir une dent contre vous. Tout le monde, à l’exception du mystérieux Jimmy. Bonne chance Henry, car on dirait que vous allez en avoir besoin !

Présentation BIFFF : Tu te réveilles comme si tu avais vidé tous les fûts de l’Oktober Fest. Tu ne te souviens de rien, et tu sais pourquoi ? Parce que ta femme, la blonde qui est en train de te greffer des membres bioniques, vient tout juste de te ramener d’entre les morts. Elle t’annonce que tu t’appelles Henry et – félicitations, mon gars – tu es devenu un cyborg. Mais tu as à peine le temps de digérer la nouvelle que ta femme est kidnappée par Akan, un mégalo psychotique aux pouvoirs télékinétiques. À vue de nez, le bonhomme doit t’en vouloir pour quelque chose, mais ça, vu ta mémoire de poisson rouge, tu t’en fous : la seule chose qui compte désormais, c’est de récupérer ta blonde avec tes nouveaux jouets mortels. Mais, Henry, sache quand même un truc : t’es à Moscou, tu joues à domicile chez les vilains et les mercenaires qui veulent ta peau sont à peu près aussi nombreux que les supporters du Dynamo de Kiev. Autant te dire que tu as tout intérêt à la jouer hardcore. Bonne chance, Henry : tu en auras besoin…

Il n’aura fallu qu’une première mondiale à Toronto pour transformer ce film en buzz planétaire ! Courtisé par toutes les grosses boîtes de distribution, ce premier film d’Ilya Naishuller – considéré comme le nouveau Tarantino – est entièrement filmé en caméra subjective et construit tel un jeu vidéo dont les niveaux rivalisent d’inventivité visuelle. Pas étonnant que Sharlto Copley et Tim Roth se soient empressés de rejoindre cette nouvelle production de Timur Bekmambetov (Wanted, Abraham Lincoln : Vampire Hunter).

Acteurs : Tim Roth, Haley Bennett, Sharlto Copley, Ilya Naishuller, Danila Kozlovsky.

J’apprécie souvent l’enthousiasme des rédacteurs du BIFFF dans les présentations qu’ils font des films qu’ils projettent où le décalage et le second degré font souvent bon ménage. Je suis loin de les rejoindre pour ce film projeté en POV [1] ou en caméra subjective. Il me semble que la comparaison avec Tarantino est largement surfaite et qu’il m’est bien difficile de comprendre le buzz autour de ce film ! Hardcore Henry était précédé également d’une réputation de film hyper violent. Certes, la violence est très présente, comme l’écrit un de mes amis français : « Filmé intégralement comme un jeu vidéo en FPS, le film, malgré une intrigue sympathique (le personnage de Sharlto Copley est très intéressant), atteint vite ses limites. Saturation des effets sanglants et de la violence, saturation des »moments de flou« , saturation du rythme. Cela reste un film un peu atypique, et sans doute trop violent. » mais la caméra subjective annihile pour moi cette violence. En effet, j’ai cru être remonté dans le temps, en 1994, dans mes premières parties de Doom, le « jeu de tir en vue à la première personne ». C’était ce jeu où vous étiez censé prendre la place du Space Marine sur la planète Mars. On ne voyait (comme dans le présent film) que l’arme (les armes), les pieds, les mains tout comme nous nous voyons chaque jour, tant que l’on ne se regarde pas dans un miroir [2] !

Si vous aimez les jeux vidéos en POV, vous aimerez probablement ce film russe dont la cible est typiquement les adolescents (et étonnamment « tous publics » - autant dire que la violence du film est donc considérée comme purement ludique). En revanche, si vous aimez les films d’action « classique » vous aurez rapidement la nausée, trouverez le film too much, peut-être de mauvais goût, et en tout cas fatiguant et sans véritable intérêt. Il y a bien un élément intéressant qui apparaît durant le film et qui dévoile l’identité réelle d’un des protagonistes, mais je suis resté sur ma faim... à la fin du film, notamment en ne sachant pas d’où venaient les pouvoirs d’Akan (le mauvais donc !). Le film est annoncé en 100% vue subjective. Je veux bien croire ce « 100% » sur parole, mais dans ce cas, bravo, car certains des plans et des angles m’ont paru non pas impossibles, mais incohérents avec une prise de vues en POV ! A noter que la caméra GoPro a été fixée sur la bouche du cameraman pour être à hauteur du regard humain et un casque spécial a été conçu à cet effet (voir diaporama).

Le film est censé se dérouler en temps réel (et est donc un faux plan séquence) et cela même est difficile à croire mais surtout, s’agissant du point de vue d’un humain (fut-il cyborg) le changement de focale (et en particulier l’utilisation du grand angle et de ses déformations classiques et connues des photographes et cinéastes) nuit complètement à la « vraisemblance » et à la crédibilité (en admettant même le « point de vue » du film - c’est le cas de l’écrire !). En revanche, s’il faut mettre en exergue un des « acteurs » du film, c’est bien le ou les caméramans qui ont pris les images. Il(s) ne semble(nt) pas crédités au générique et pourtant toutes les images reposent sur leurs déplacements, l’usage de leur corps pour nous donner ces images. Aussi, n’hésitez à découvrir dans le diaporama quelques images du tournage. Ils rejoignent ainsi pour moi ces grands ignorés du public et pourtant sans qui certains films ne pourraient se faire : les cascadeurs, les doublures des acteurs et les techniciens. Les cascadeurs de ce film sont également à mettre en valeur car ils ont dû tourner, jouer et en fait « travailler » sans trucages, câblages, protections, etc. En ce sens, si j’achète un jour le film en Blu-ray, ce sera pour le making-off s’il est proposé ! Enfin, espérons que l’on ne va pas se ruer dans cette voie et nous produire les prochains films d’action en caméra subjective ! Ne restera plus alors que de proposer de futurs longs métrages, filmés en mode portrait avec des smartphones et de changer le format des toiles de cinéma !

Diaporama

Bande-annonce :

Notes :

[1Définition de Wikipédia : Le POV shot (pour Point of view shot ) est une technique de mise en scène cinématographique (caméra subjective). L’action est filmée du point de vue du héros, comme vue par ses yeux. Elle est en particulier utilisée dans certains films sportifs (la caméra est fixée sur la tête ou le corps du sportif). On la retrouve également dans des films pornographiques (Point of View Pornography ou pornographie gonzo).

[2Et il n’y a pas de miroir dans Hardcore Henry... sinon l’on verrait l’harnachement du cameraman avec la caméra GoPro sur la tête


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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