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Sebastian Meise
Great Freedom (Große Freiheit)
Sortie le film le 16 février 2022
Article mis en ligne le 22 février 2022

par Julien Brnl

Genre : Drame

Durée : 117’

Acteurs : Franz Rogowski, Georg Friedrich, Anton von Lucke...

Synopsis :
L’histoire de Hans Hoffmann. Il est gay et l’homosexualité, dans l’Allemagne d’après guerre, est illégale selon le paragraphe 175 du Code pénal. Mais il s’obstine à rechercher la liberté et l’amour même en prison...

La critique de Julien

Second long métrage du scénariste et réalisateur autrichien Sebastian Meise, « Great Freedom » a notamment été présenté en Compétition officielle, section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2021, là où il a été récompensé par le Prix du Jury. Co-fondateur de la maison de production FreibeuterFilm, basée à Vienne, Sebastian Meise met ici en scène la vie fictive d’Hans Hoffmann, laquelle illustre pourtant le destin réaliste d’hommes homosexuels ayant été emprisonnés sans cesse en Allemagne, et cela jusqu’à la fin des années 1960, étant donné le paragraphe 175 du Code pénal allemand, qui criminalisait ainsi l’homosexualité masculine, à une époque pas si lointaine de la notre. Or, Hoffmann (et beaucoup d’autres) a d’autant plus été libéré des camps de concentration par les Alliés, avant d’être directement transféré en prison, afin d’y purger sa peine, lui dont la vie et les relations ont été détruites, avec beaucoup d’efforts et de minuties par l’État...

Le film se déroule alors sur trois périodes différentes, soit en 1945, 1957 et 1968, avec de subtils va-et-vient entre ces trois dates, permettant ainsi de nuancer certains dialogues entendus, certaines situations vécues, et cela avec un autre regard. Aussi, cette boucle temporelle permet au cinéaste de nous imprégner de la situation de cet homme qui ne peut ainsi s’empêcher d’être qui il est, et dès lors d’aimer, ce qui fait partie intégrante de la nature humaine, lequel, une fois libéré, retournera dès lors aussitôt en prison, face à l’impossibilité de vivre ses amours au grand jour, punis par la loi. Franz Rogowski interprète avec énormément de candeur cet homme qui restera malgré tout optimiste, fidèle à lui-même et à ses sentiments, quitte à se voiler la face vis-à-vis de la réalité. L’acteur allemand est une magnifique révélation, qu’on espère rapidement revoir au cinéma, ce qui devrait être le cas étant donné qu’il sera prochainement à l’affiche du film « Passages » du réalisateur américain Ira Sachs, et cela face à Ben Whishaw et Adèle Exarchopoulos, ainsi que dans « Freaks Out » de Gabriele Mainetti.

Sebastian Meise filme alors la vie d’Hoffmann comme une vie carcérale, lui qui a passé la majeure partie de sa vie derrière les barreaux, dans l’espoir de pouvoir être enfin libéré. Nous sommes alors témoins de ses rencontres successives, et d’espoirs, de bonheur gâchés par un paragraphe honteux du Code pénal allemand. Pourtant, de toutes ses rencontres, c’est bien celle avec un autre détenu, Viktor (Georg Friedrich), « pourtant pas comme lui », qui va chambouler sa destinée, sa raison d’être. « Great Freedom » va alors au-delà des préjugés, et nous montre, via cette relation, que les opposés peuvent réussir à se respecter, et à se découvrir, avec tout ce que l’être humain a de complexe, avec sa sensibilité, ses désirs, qu’il s’agisse ici d’amour, ou de liberté... Les deux hommes vont alors apprendre à vivre malgré l’oppression, se soutenant mutuellement, en partageant dès lors ensemble cette terrible épreuve, aussi injustice soit-elle pour Hoffmann.

Par sa construction et ses ellipses, « Great Freedom » manque malheureusement de temps forts pour pleinement nous émouvoir sur la longueur, malgré quelques jolis moment de tendresse, qui semblent ainsi arrêter le temps, panser les plaies, loin de toute violence, même si cela n’est que passager. Car ici, la routine est poisseuse, et répétée, derrière les barreaux ou dans un cachot, alors enfermé seul dans le noir, durant plusieurs jours.

Intemporel, ce drame et film de prison résonne pourtant encore dans l’actualité, alors que des idées réactionnaires et d’extrême-droite font leur retour dans le monde, dont en Europe, comme en Hongrie ou en Pologne, où la notion d’homophobie n’existe d’ailleurs juridiquement pas, tandis que le parti nationaliste Droit et justice (PiS), au pouvoir depuis 2015, vient d’y créer des zones garanties sans personnes LGBT ; des zones « libres d’idéologie LGBT ». S’il nous parle donc du passé, et d’un paragraphe abrogé en 1994, le film de Sebastian Meise est un témoin indirect de la résurgence de l’homophobie dans certaines contrées (d’Europe). C’est donc en cela que ce film doit être vu, et montré, lui qui est une ode à la liberté et à l’amour, que se doit d’obtenir chaque humain, sans en être privé par quiconque. Enfin, la fin du film, très ouverte, permet au spectateur de se faire sa propre interprétation de la situation dans laquelle se retrouve Hoffmann, et de son devenir en tant qu’homme (homosexuel) libre et/ou amoureux, en espérant que les deux pourront lui être possible. Espérons en tout cas que son cas (fictif) et celui des plus de 50 000 personnes poursuivies pour homosexualité en RFA après la Seconde Guerre mondiale ne se reproduiront plus. Et « Great Freedom » participe justement à cela.



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