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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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M. Night Shyamalan
Glass
Sortie le 16 janvier 2019
Article mis en ligne le 10 janvier 2019
dernière modification le 6 août 2019

par Charles De Clercq

Synopsis : Peu de temps après les événements relatés dans « Split », David Dunn - l’homme incassable - poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…

Acteurs : James McAvoy, Samuel L. Jackson, Bruce Willis, Sarah Paulson, Anya Taylor-Joy.

1. Au commencement, un personnage de verre

Glass est un film que l’on n’attendait pas, ou ... plutôt... que l’on attendait... plus tôt ! Unbreakable mettait en lien deux individus que tout opposait : le premier, David Dunn (Bruce Willis), un homme ordinaire qui va découvrir qu’à défaut d’être immortel, il est « incassable », que rien le lui est jamais arrivé qui nuise à sa santé. A part l’eau, il n’a quasiment aucun point faible. Le deuxième, Elijah Price (Samuel L. Jackson) est un fan de comics books, fragile dès avant sa naissance. Cet homme devenu misanthrope (probablement par la force des choses) a des os si fragiles, des « os de verre », car il souffre d’ostéogenèse imparfaite [1]. Il n’est lui que fragilités. Son seul point fort est son intelligence machiavélique.

L’intrigue, sur fond d’univers de comics, de héros, de bien et de mal se terminait en forme de « justice rendue » : David découvre ses pouvoirs et s’en sert au service du bien alors même que ceux-ci lui permettent de découvrir la « noirceur » d’Elijah, antihéros, au service du mal qui sera finalement enfermé dans un asile.
S’il était bien question de héros et de comics, ceux-ci étaient en réalité très ordinaires, comme ces des premiers temps (ainsi l’on se rappellera qu’au début Superman ne volait pas). Il était important de rappeler ce contexte, car il est important d’avoir ce film en mémoire, voire de le revoir avant Glass pour retourner aux sources, à savoir un film dont on disait tout et son contraire : qu’il n’aurait pas de suite... ou qu’il en aurait !

2. Split, un personnage éclaté et inattendu !

Il y a deux ans, un film qui bien que relatant une histoire d’un homme aux vingt-trois personnalités, histoire qui a son pendant dans la « vraie » « réalité » n’était pas un biopic de cet homme-là permettait de découvrir, si besoin en était, la palette de jeu de James McAvoy. S’agissant de personnalités dissociées, réunies dans une seule tête, ce film portait en lui-même son unité sans (avoir besoin de) se relier à quoi que ce soit d’autre. L’intrigue avait son « asséité » et semblait avoir sa cohérence propre et univoque (malgré la pluralité des « personnalités » de son interprète principal. Split, puisqu’il s’agit de ce film sorti sur nos écrans en février 2017 se centrait sur un personnage éclaté, tour à tour Dennis / Patricia / Hedwig / The Beast / Kevin Wendell Crumb / Barry / Orwell / Jade à qui James McAvoy prêtait son corps, laissant advenir les un·e·s les autres, si différent·e·s, en âges, compétences, performances. L’attente « ultime » étant celle de « la bête ». Mais là où le film réservait sa première surprise, c’est qu’il n’était pas centré sur l’action mais sur les dialogues ce qui a pu décevoir le grand public et faire dire/écrire par certains critiques qu’il s’agissait d’un film « bavard ». Mais cela même s’éclipsait vers la fin du film, et plus encore son dernier plan. Ainsi, l’on découvre un plan qui ne semble pas faire sens (dans un train) mais surtout l’apparition durant quelques secondes de Bruce Willis avant le générique final. Avant même que l’on ne découvre (plus tard) que la brièveté « technique » est en partie liée à des questions de droits des détenteurs d’Unbreakable, beaucoup se lancèrent dans des hypothèses, parfois saugrenues, pour expliquer ce qui apparaissait de plus en plus évident : il y a(vait) un lien avec Unbreakable !

3. Glass ! Retour aux sources !

Le troisième et dernier film d’une possible trilogie nous a globalement séduit. Qu’elle soit pensée ou voulue depuis le début ou, simplement, le fruit d’une réflexion (et, éventuellement, d’enjeux financiers), il n’empêche que M. Night Shyamalan réussi un véritable coup de maître en réalisant une suite cohérente à son premier volet et en y intégrant Split. C’est la raison pour laquelle il parait important de revoir Unbreakable avant. En effet, Glass s’inscrit dans la même trame narrative et interprétative, tout en donnant une clé de lecture supplémentaire qui les relie de façon « méta » à avoir en posant une clé de lecture grâce à un univers englobant (qui a donc une connaissance « omnisciente » de ce qui est en jeu et qui en assure éventuellement le contrôle). Cela est cohérent avec l’univers d’lijah Price et ses grilles interprétatives. Tout comme les deux volets précédents, l’action est seconde par rapport aux relations, aux échanges, aux discours et aux prises de parole. Il est cependant difficile de développer plus sans « spoiler » le film.

Outre les trois protagonistes principaux : lijah Price, David Dunn et Kevin Wendell Crumb dont le passé (rendu sous forme de flashbacks - certains semblent provenir de scènes inédites des premiers films) permet de comprendre le présent, de connaitre la source de leur pouvoir et l’origine de leurs failles et faiblesses. Il faut noter ici l’importance de la psychologue (tout comme dans Split !), le Dr. Ellie Staple (Sarah Paulson) qui grâce à ses connaissances (l’on joue un peu sur les mots ici !) peut (ou croit pouvoir) contrôler les différentes entités. Car le contrôle appartient à qui, finalement ? Qu’est-ce qui est en jeu ici ? Et qui gagnera à la fin ? Si chacune des trois entités est importante, l’on pourrait dire que le premier volet était consacré à David, le deuxième à Kevin et le troisième à Elija, ultime épisode qui verra arriver à la lumière « Mister Glass » ! Et s’agissant d’arriver « à la lumière » l’on découvrira celle-ci comme moyen de contrôle d’une part, mais également, les différentes personnes que « Kevin » exprime ! Kevin, autrement dit « Kevin Wendell Crumb / The Beast / Patricia / Dennis / Hedwig / Barry / Jade / Orwell / Heinrich / Norma » (en réalité, vingt « personnages » sont crédités au générique).

Tout le génie du réalisateur est d’avoir repris tous les éléments des films précédents jusqu’à certains personnages : Spencer Treat Clark (né en 1987) qui reprend son rôle de fils de David (ici, adulte, en partenaire avec son père, et concrétisant less attentes qu’il mettait en lui dès son enfance) ; Charlayne Woodard dans le rôle de la mère D’Elijah et pour Split, Anya Taylor-Joy (Casey Cooke). Le tout se déployant de façon très fluide, réintégrant l’univers des superhéros (bien moins spectaculaires que ceux de Marvel - par exemple) ou le syndrome de Stockholm (sans le nommer explicitement).

Toutefois, c’est surtout le jeu de McAvoy qui nous a totalement bluffé, passant d’un personnage à l’autre avec une aisance extraordinaire (même s’il est probable que son corps ait été « dopé/boosté » informatiquement dans certains plans où il joue « la bête ») [2]. Pour peu que l’on accepte le ou les univers proposés par le réalisateur, le spectateur pourra apprécier un film aux étonnants jeux de rôles intégrant un univers de comics book bien différent d’autres, très ou trop spectaculaires, auxquels nous sommes confrontés de puis de nombreuses années.

Lien vers la critique de Julien

Bande annonce :

https://www.youtube.com/embed/siJE4oqk7Mw
Glass (2019) - Première bande-annonce (VOST) - YouTube


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