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Les critiques de Julien Brnl
Girl
Réalisateur(s) : Lukas Dhont
Article mis en ligne le 3 novembre 2018

par Julien Brnl
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Un film d’une sincérité de jeu époustouflante, et d’une belle justesse de propos (en tout cas pour ceux qui sont abordés). 16/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 17 octobre 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • Festival de Cannes 2018 : Caméra d’or (qui récompense le meilleur premier film), Prix FIPRESCI (prix de la critique internationale) de la section Un Certain Regard, Prix d’interprétation de la section Un Certain Regard pour Victor Polster, et Queer Palm ;
  • premier rôle au cinéma pour Victor Polster, scolarisé à l’École royale de ballet d’Anvers dans le cadre d’un parcours professionnel de danseur ;
  • représentant officiel de la Belgique à l’Oscar du cinéma du Meilleur film en langue étrangère, s’il a la chance (ce dont on ne doute pas) d’être choisi parmi les finalistes le 22 janvier prochain.

Résumé : Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.

La critique de Julien

Attendu de pied ferme depuis son triomphe à Cannes en mai dernier, le premier long métrage du jeune réalisateur flamand Lukas Dhont arrive enfin dans nos salles, précédé d’une réputation qui n’a jamais cessée de cloître depuis sa présentation dans la catégorie Un Certain Regard. Et pour cause, le film ose traiter d’un sujet délicat, soit la transidentité, au travers du regard de Lara, une adolescente née dans le corps d’un garçon. Alors que Lara se rêve de devenir une danseuse-étoile, cette dernière suit des cours de danse très stricts dans une école anversoise, en même temps que de supporter son corps inadapté pour cette discipline. De plus, Lara commence un traitement hormonal en attente de l’opération qui lui permettra de lui retirer ses attributs sexuels masculins, et ainsi s’épanouir comme une femme...

Malmené par les militants de la cause trans, il est vrai que « Girl » fait majoritairement vœux de silence sur les difficultés extérieures (dévalorisation, moquerie, etc.) que pourrait rencontrer son héroïne vis-à-vis de son cas, assez tabou dans notre société. Dans ce sens, l’affection que lui apporte son entourage (dont son père, fusionnel) renforce le sentiment dans le film d’abstraction relationnel qu’entretient Lara avec autrui, et cela dans le but de se concentrer pleinement sur son propre rapport au corps, ici en pleine transition - on notera aussi que l’absence de la maman n’est jamais évoquée. Enfin, tous les trans n’ont certes pas la chance d’avoir un entourage aussi soucieux et compréhensif que celui de Lara, mais encore moins celle de suivre des traitements médicaux en vue d’une opération... Mais qu’à cela ne tienne, « Girl » n’est pas un film qui traite de la transidentité dans l’absolu, mais bien d’un mal-être psychologique extrême que tout en chacun peut ressentir par rapport à son corps.
Pieds ensanglantés, pénis sanglé, mutilation... En l’occurrence, on souffre en silence, tout comme Lara, de son incapacité à s’émanciper. À vrai dire, son enveloppe corporelle s’abîme à mesure qu’elle passe du temps dans celle qui ne lui correspond pas. Certaines scènes ne trompent pas, et illustrent le malaise et la lourde attente destructrice de Lara, dès là à nous inviter à se cacher les yeux... On le sait, malgré le courage dont il peut faire preuve, l’être humain n’est malheureusement pas fait pour supporter une pression (quelle qu’elle soit) à long terme. Et c’est ce qui arrive ici, tout doucement, mais sûrement, au personnage principal, dont l’histoire est inspirée d’une histoire vraie (celle de Nora, ayant d’ailleurs accompagné l’équipe du film à Cannes, mais ne souhaitant pas sortir de l’ombre). Lukas Dhont filme alors son héroïne dans son quotidien, face aux moindres émotions suscitées par la palette de nuances expressives qui se dégagent de son visage sensible. Sans exagérer le trait, sans obstruer son film de dialogues étouffants, et sans tomber dans le pathos, le jeune réalisateur nous offre ainsi sa propre vision d’une lutte intérieure, qui se révèle pourtant universelle.

Comment ne pas dire un mot sur Victor Polster, stupéfiant d’authenticité et d’intensité dans la peau de Lara. Avec ses traits androgynes et ses talents de danseur, l’acteur livre une prestation qui capte toute notre attention, et ce, jusqu’au dernier plan, extrêmement lumineux. Une révélation est née, et nous espérons vraiment la revoir sur grand écran, ou ailleurs...

Notre cinéma peut être fier de ce prétendant belge du futur Oscar du meilleur film en langue étrangère. En effet, « Girl » nous représentera dans cette catégorie s’il a la chance d’être retenu parmi les finalistes (ce dont on ne doute pas). En tout cas, on approuvera aisément, tant ce film est d’une sincérité de jeu époustouflante, et d’une belle justesse de propos (en tout cas pour ceux qui sont abordés).



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