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CINECURE
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Arnaud Desplechin
Frère et Sœur
Sortie du film le 01 juin 2022
Article mis en ligne le 2 juin 2022

par Julien Brnl

Genre : Drame

Durée : 108’

Acteurs : Marion Cotillard, Melvil Poupaud, Patrick Timsit, Golshifteh Farahani, Max Baissette de Malglaive, Benjamin Siksou...

Synopsis :
Un frère et une sœur à l’orée de la cinquantaine... Alice est actrice, Louis fut professeur et poète. Alice hait son frère depuis plus de vingt ans. Ils ne se sont pas vus depuis tout ce temps – quand Louis croisait la sœur par hasard dans la rue, celle-ci ne le saluait pas et fuyait... Le frère et la sœur vont être amenés à se revoir lors du décès de leurs parents.

La critique de Julien

Alors que son précédent film, « Tromperie », est sorti chez nous fin avril (et le 29 décembre dernier chez nos voisins français), Arnaud Desplechin nous dévoile déjà son nouveau projet « Frère et Sœur », en parallèle de sa présentation en Sélection officielle en compétition au Festival de Cannes 2022, d’où il est reparti bredouille. Et comme bien souvent dans son cinéma, le cinéaste nous parle de la famille, et dissèque ici la (fin de) relation de haine entre un frère (Melvin Poupaud) et une sœur (Marion Cotillard), eux qui ne se sont plus parlés depuis vingt ans, lesquels sont pourtant forcés de se retrouver étant donné l’accident de la route de leurs parents.

Après deux scènes d’ouverture assez récalcitrantes par les drames qu’elles nous montrent (espacés temporellement par cinq années), « Frère et Sœur » dresse ainsi le portrait simultané de Louis, poète, auteur à succès et ancien professeur, lequel s’est retiré de la vie citadine, il y a cinq ans, avec sa femme Faunia (Golshifteh Farahani), et d’Alice, une comédienne qui s’apprête d’ailleurs à monter sur les planches pour un nouveau spectacle, joué à Lille. D’ailleurs, leurs parents, âgés, doivent assister à la première de cette pièce de théâtre. Sauf qu’ils n’atteindront jamais leurs places assises...

Arnaud Desplechin nous invite d’emblée à lire entre les lignes de son récit (écrit avec sa fidèle collaboratrice Julie Peyr), au travers duquel le spectateur découvre à demi-mot pourquoi ces deux membres de la famille Vuillard se déchirent depuis tant d’années. Bien que le film ne nous donne donc pas volontairement toutes les clefs de compréhension de ladite relation, le scénario met cependant en place des flash-back qui nous aident à y voir plus clair, tandis que les dialogues, eux, sont assez chargés, et non-équivoques. Et quitte à nous faire croire à l’ampleur destructrice de cette histoire de rancœurs inexplicables, le jeu des acteurs en fait malheureusement des tonnes, eux qui passent leur temps à crier, s’exclamer en postillonnant, ou à pleurer... La finesse n’est donc pas au rendez-vous, et notamment pour Melvin Poupaud, qu’on a connu tellement plus discret et bouleversant, notamment dans le dernier film de Carine Tardieu, « Jeunes Amants », face à Fanny Ardant, plus tôt cette année. Quant à Marion Cotillard, cette dernière est fidèle à elle-même, elle qui porte ici le mauvais rôle.

Finalement, la surprise vient ici des seconds-rôles, à contre-emploi, ou tout simplement touchants, bien que sous-exploités. On pense notamment à Patrick Timsit, un médecin psychanalyste et meilleur ami de Louis, ou à Golshifteh Farahani, dans le rôle de l’épouse de Louis. Mention spéciale à Benjamin Siksou, jouant Fidèle, le frère cadet, alors écrasé par la relation venimeuse entre son frère et sa sœur ainés, lequel essaie de recoller les morceaux entre eux, tant bien que mal. Du début à la fin, l’acteur joue au diapason. Et même si Arnaud Desplechin filme ses personnages au plus près de leurs vulnérabilités, l’histoire ne leur laisse pas assez de place pour s’exprimer, ce qui est assez dommage, d’autant plus qu’ils avaient ici leur mot à dire...

Au final, on reste même totalement impassible ici face à la chute impromptue de l’histoire. Beaucoup trop factice, on a ici la mauvaise impression qu’il fallait bien, pour Desplechin, arriver à la boucler, en nous faisant croire ici, au travers de sa démarche première, que la haine en question pouvait s’estomper de manière aussi incompréhensible qu’elle a pointé le bout de son nez, vingt ans auparavant. Alors certes, des chocs émotionnels sont ici vécus, et remettent les idées et les priorités des protagonistes en place, mais l’emballage, artificiel et maniéré, ne laisse jamais place à l’émotion, ni à la raison. On ne parvient donc jamais à entrer en empathie avec les personnages principaux, ni à trouver notre place dans cette famille, ou encore moins à porter un jugement arbitraire, faute - volontaire de la part du réalisateur - d’éléments décisifs et imputables dans le récit. « Frère et Sœur » tarit alors cette haine, mais sans nuance, et sans jamais donner non plus le temps à une certaine paix intérieure d’évoluer et de se ressentir au travers de ses protagonistes, elle qui aurait pu ainsi contrebalancer avec le venin qui se sont crachés l’un envers l’autre durant toute ces années…



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