logo article ou rubrique
Bruno Dumont
France
Sortie du film le 17 novembre 2021
Article mis en ligne le 18 novembre 2021

par Julien Brnl

Genre : Comédie dramatique

Durée : 134’

Acteurs : Léa Seydoux, Blanche Gardin, Benjamin Biolay, Juliane Köhler...

Synopsis : :
« France » est à la fois le portrait d’une femme, journaliste à la télévision, d’un pays, le nôtre, et d’un système, celui des médias.

La critique de Julien

« France », c’est la nouvelle réalisation de l’atypique metteur en scène Bruno Dumont, en forme de satire sur le traitement réservé à l’information par les chaînes de télévision, et donc du système médiatique, devenu une machine à buzz. Autour de la personne de France de Meurs, jouée par Léa Seydoux, une journaliste vedette d’une télévision française privée, le cinéaste semble turlupiné par deux questions. D’une part l’importance de la représentation biaisée d’un événement dans et par les médias, qui compte finalement bien plus que l’événement lui-même, et d’autre part la façon qu’à le monde contemporain à concevoir une information, à l’heure où les lignes, les images sont trompées entre la réalité et la fiction. Au travers d’un enchaînement d’événements personnels liés à son anti-héroïne, Bruno Dumont questionne alors la position d’une femme qui se débâtera dans les contradictions de sa condition. Mais...

À la vue de « France », on est à même de se demander concrètement quels messages Bruno Dumont a souhaité faire passer aux spectateurs. Peut-être trouvera-t-il alors la réponse dans le dossier de presse du film ? Et bien non ; encore moins ! Ce dernier nous conforte d’ailleurs dans notre première idée, soit celle d’un film qui parle uniquement à son créateur lui-même, lui qui utilise alors dans cette correspondance journalistique des arguments ésotériques, à l’aide de mots distingués, où « turpitude » et « hypertrophie » sont légion. Dès lors, impossible de comprendre ses arguments, à moins de chercher à se faire du mal, ou d’avoir du temps à perdre.

Alors qu’il sera difficile pour le commun des spectateurs d’appréhender son film, « France » ressemble alors à une allégorie à la fois ironique et étrangement sérieuse, dramatique, au travers de laquelle la sublime et somptueuse Léa Seydoux en fait malheureusement des tonnes. Mais ce n’est pas ici de sa faute, mais bien celles des ruptures de ton incontrôlables de cette histoire, qui passe des cris aux larmes, à coups de trahisons, d’accidents en tous genres, ou de désillusions. Dès lors, on a bien du mal à comprendre le degré de la chose. Et puis, la mise en scène, froide et proche du documentaire, n’aide pas non plus, tandis que le film souffre d’effets de caméra assez cheap, dont de transparence (tous les voyages en voiture), sans parler du montage. Quoique, on va tout de même en parler ! En effet, on souligne ici d’innombrables longs arrêts sur image silencieux sur les acteurs, comme si le cinéaste et son monteur Nicolas Bier avaient souhaité appuyer la nature de certaines situations, relations, en étirant certaines scènes. Or, leurs idées ne sont pas si évidentes que cela, tandis que l’émotion, elle, est aux abonnés absents... Enfin, que dire de la séquence pré-générique, où la production a eu les honneurs de tourner de l’Élysée, tout en utilisant des images d’archive pour y reproduire l’intervention du président de la République ? Ou encore d’un accident de voiture filmé au ralenti, sans qu’on comprenne le but de la manœuvre ?

Au-delà de tout ce qui refroidit, on aurait donc espéré de « France » une représentation finalement plus... réaliste de l’univers artificiel qu’il prêtant à représenter, car surjouer déforce les propos. Mais pour se consoler, on se reposera sur la musique du film, composée par le regretté Christophe, lui qui avait déjà collaboré avec Bruno Dumont sur son précédent film « Jeanne » (2019), lequel a eu heureusement l’opportunité de découvrir le montage final du film avant sa disparition. Aussi, les coiffures et costumes de Léa Seydoux (par contre beaucoup trop maquillée) sont des plaisirs de chaque instant, qui viennent quant à eux nous rappeler que le film parle aussi de la célébrité scrutée, et bouleversée.