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Les critiques de Julien Brnl
Fleuve noir
Réalisateur(s) : Erick Zonca
Article mis en ligne le 18 août 2018

par Julien Brnl
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À défaut de vous retourner dans votre siège, « Fleuve Noir » risque bien de vous intriguer et de vous interpeller tout le long de son développement par l’épaisseur et l’enchevêtrement de ses rôles, avant de vous décevoir sur le plan purement policier. - 14/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 08 août 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation du roman « Une Disparition Inquiétante » (« Tik Ne’edar ») de l’auteur israélien Dror Mishani, publié aux éditions Points ;
  • après avoir réalisé le téléfilm « Le Soldat Blanc » (2015), « Fleuve Noir » est le quatrième long métrage du réalisateur Erick Zonca en vingt ans ;
  • c’est Gérard Depardieu qui devait incarner le policier François Visconti, sauf que ce dernier fut hospitalisé au troisième jour du tournage, laissant ainsi sa place à Vincent Cassel.

Résumé : Au sein de la famille Arnault, Dany, le fils aîné, disparaît. François Visconti, commandant de police usé par son métier, est mis sur l’affaire. L’homme part à la recherche de l’adolescent alors qu’il rechigne à s’occuper de son propre fils, Denis, seize ans, qui semble mêlé à un trafic de drogue. Yan Bellaile, professeur particulier de Dany, apprend la disparition de son ancien élève et propose ses services au commandant. Il s’intéresse de très près à l’enquête. De trop près peut-être…

La critique

En adaptant le roman policier « Une Disparition Inquiétante », de l’auteur israélien Dror Mishani, Erick Zonca confronte une nouvelle fois le duo formé par les acteurs Vincent Cassel et Romain Duris, vingt-et-un ans après « Dobermann » de Jan Kounen. Dans « Fleuve Noir », le premier interprète un flic alcoolique, acharné par le boulot, transgressant les barrières, et en manque de tissu relationnel, enquêtant alors sur la disparition d’un jeune garçon, tandis que le second joue le rôle de son professeur particulier, un peu trop envahissant dans le devoir d’enquête du premier...

D’emblée, le film s’intéresse davantage sur l’aspect psychologique de ses personnages plutôt que sur sa propre résolution. Vincent Cassel est pour le moins percutant dans ce rôle de flic affûté d’un manteau deux fois trop grand, d’une coupe de cheveux gras, et d’un visage extrêmement creusé (par l’alcool). Son personnage, loin de refléter la fraîcheur des beaux jours, dégaine ainsi une certaine saleté rebutante, et une pratique de son métier pas très orthodoxe. Romain Duris, lui, incarne un homme complexe, marié et père, professeur de français, grand poète dans l’âme, et romancier à ses heures perdues, puisant son inspiration dans le fantasme, et l’impensable...

L’autre figure forte du film, c’est celle qu’interprète Sandrine Kiberlain, dans le rôle de la mère du disparu. Mère dévouée pour le bien de ses enfants, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis le début de cette affaire, elle qui est taiseuse, et suspectée... Mais alors que le commandant Visconti, chargé de l’affaire, échappe de manière viscérale à ses propres devoirs paternels, celui-ci sera très vite dépassé par cette disparation d’un jeune de seize ans, qui le touchera d’autant plus, vis-à-vis du manque relationnel qui le touche...

Alors que l’enquête policière tourne principalement en rond autour des mêmes personnages et manque rebondissements, « Fleuve Noir » met en lumière des rencontres qui éveillent ainsi les soupçons et les mensonges, jusqu’à un épilogue en partie fantaisiste, qu’on se laisse deviner au fur et à mesure des indices dévoilés. À cet égard, ceux-ci résident bien plus dans l’attitude particulière de ces protagonistes que dans des preuves matérielles. Dans cette dynamique, on ne peut que jouir du développement de ces personnalités, il faut bien l’avouer très écorchées. Par leur traitement, l’enquête met l’eau à la bouche, tandis que l’on attend le dénouement avec une grande impatience mordante. L’intérêt du spectateur grandit ainsi face au rapprochement contigu entre ces individus, rythmé par un flou persistant, et inquiétant. N’en déplaise, on n’est pas loin de la caricature niveau interprétation, tant le réalisateur a tendance à appuyer, plutôt qu’à se limiter.

Excitant, l’œuvre est assez sombre et tiède dans sa mise en scène, et tient avant tout la route pour ses personnages, qui se rejettent leurs perversions maladives les uns sur les autres au fil d’une enquête au final relativement classique dans son genre. En effet, les réponses qu’on y trouve, en plus d’être un brin prévisibles, illustrent peu d’ambition, et reflètent la volonté qu’a eu le réalisateur de vouloir grossir l’intrigue par ses portraits humains, comme s’il cherchait à cacher les limites scénaristiques de l’adaptation de ce polar.

Diaporama

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