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Les critiques de Julien Brnl
First Man : le Premier Homme sur la Lune
Réalisateur(s) : Damien Chazelle
Article mis en ligne le 31 octobre 2018

par Julien Brnl
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Damien Chazelle nous livre un biopic qui, s’il n’est pas toujours authentique est passionnant et incarné de toutes parts. 15/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 17 octobre 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • tiré du livre de James R. Hansen intitulé « Le Premier Homme : à la découverte de Neil Armstrong », qui aura attendu deux ans (jusqu’en 2002) afin que l’astronaute accepte qu’on écrive une biographie sur son histoire, décrivant précisément l’implication d’Armstrong dans le programme spatial américain - avec comme apogée la mission « Apollo 11 » - ainsi que sa vie personnelle et son éducation ;
  • Clint Eastwood et Warner Bros acquièrent d’abord les droits sur la biographie de Neil Armstrong en 2003, avant que ça ne soit finalement Universal Pictures qui reprenne le projet en main.

Résumé : Pilote jugé « un peu distrait » par ses supérieurs en 1961, Neil Armstrong sera, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile, assumant courageusement tous les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Meurtri par des épreuves personnelles qui laissent des traces indélébiles, Armstrong tente d’être un mari aimant auprès d’une femme qui l’avait épousé en espérant une vie normale.

La critique de Julien

Approché pour mettre en scène « First Man » une fois « Whiplash » (2014) achevé, Damien Chazelle nous a (souvenez-vous) concocté entre temps un petit film à la réussite et au succès relatifs... On rigole, bien évidemment, tant sa comédie musicale « La La Land » est inscrite au panthéon des films du vingt-et-unième siècle. Mais on ne va pas retracer ici sa belle histoire, amplement méritée, mais plutôt se dire qu’on était plus qu’impatients de découvrir la suite de progénitures cinématographique de ce jeune réalisateur qui a, jusque-là, réalisé un sans-faute. Et c’est d’autant plus incroyable et ambitieux que Damien Chazelle s’est lancé l’objectif d’adapter la biographie « First Man : The Life of Neil A. Armstrong » publiée en 2005, retraçant les années de conquête spatiale du premier homme à avoir aluni. Et même plus que cela, puisqu’il s’agit avant tout du deuil d’un homme suite à la perte d’un enfant. Prêt pour un voyage sur la Lune, tout en gardant bien les pieds sur Terre ?

On commence à être un peu habitué maintenant à la méticulosité du cinéma de ce réalisateur franco-américain, devenu à trente-deux ans seulement le plus jeune réalisateur de l’histoire à être distingué par l’Oscar du meilleur réalisateur pour son film « La La Land ». Et « First Man » n’échappe pas à la règle.

Toujours accompagné à la musique de son compare d’années d’études de cinéma à l’Université Harvard, Justin Hurwitz (oscarisé à double reprise pour la musique de « La La Land »), le cinéaste s’est entouré d’une équipe hors pair, notamment composée du scénariste Josh Singer (oscarisé pour « Spotlight »), du directeur de la photographie Linus Sandgren (oscarisé pour « La La Land »), du monteur Tom Cross (oscarisé pour « Whiplash »), ou encore du producteur Steven Spielberg. Autant dire que la qualité ne pouvait être qu’au rendez-vous !

Le début du film donne le la, puisqu’on y voit Neil Armstrong en plein essai de vol dans un avion-fusée X-15 à date du 20 avril, lorsque ce dernier a rebondit sur l’atmosphère très ténue, si bien que les surfaces aérodynamiques n’ont pas d’effet à cette altitude. Pilote d’essai confirmé, Armstrong intègre le deuxième groupe d’astronautes de la NASA en 1962, alors âgé de trente-deux ans, tandis que cette même année, sa fille unique Karen mourut d’une pneumonie liée à sa santé fragile, due à une tumeur maligne au cerveau. De part cette introduction, Damien Chazelle nous invite à pénétrer avec son acteur principal dans une simulation plus qu’immersive d’une de ces avancées ayant pour objectifs de caresser, à terme, la Lune, tandis que l’Amérique et les Soviétiques se livraient un duel sans précédent dans la conquête spatiale.

Le film met alors en images les passages clefs ayant rythmé la vie professionnelle de l’astronaute aux portes du 21 juillet 1969. Et Chazelle nous permet surtout de découvrir l’homme qui se cachait derrière cet acharnement effréné pour le travail. Soit un père dévasté par la morte de sa fille, qui, sur Terre, ne pouvait plus être aussi heureux qu’il l’était, se cherchant ainsi un ailleurs, où la souffrance s’estomperait. Mais c’est aussi le portrait d’un homme ayant le devoir de venger la mort de nombreux collègues morts pour la recherche, et la Lune. Finalement, on parle ici d’un être pour qui « la Lune lui est montée à la tête », telle que le citera son ex-épouse, Janet.

La vie de famille est donc l’un des plus grands piliers de ce biopic centré sur Neil Armstrong, puisqu’on y dilue, petit à petit, le double divorce certain d’un homme, que ça soit avec son mariage, sa famille, que d’un l’homme préférant braver les dangers de l’inconnu plutôt que de centrer sur Terre avec les gens qui l’aimaient...
Bien plus intime qu’il n’est scientifique, « First Man » est davantage un film de mémoire qu’un divertissement qui en met plein les yeux. Ne vous attendez donc pas à voir un « Armaggedon » (Michael Bay, 1998) ! D’un côté, Chazelle ne faiblit jamais le rythme de croisière spatial et d’approfondissement psychologique de son œuvre, elle qui se regarde comme un voyage intemporel et universel, qui nous permet de décrocher du monde actuel pour revivre, suivant un point de vue personnel assumé, ce qui nous conduira à la célèbre phrase « C’est un petit pas pour un homme, mais un bond de géant pour l’humanité ». Maîtrisé d’un bout à l’autre, le film est une nouvelle leçon de cinéma, ne serait-ce que si en prend en compte la qualité de la photographie, ou la bande-originale. La première permet une fidélité exemplaire à la reconstitution et au grain d’époque, tandis que la seconde rappelle celle de « La La Land », et réchauffe nos petits cœurs, prêt alors à décrochés la Lune. Et rien que pour ça, on ne peut que remercier Damien Chazelle. Et puis, que dire des deux compositions principales incarnées par Ryan Gosling et Claire Foy ? L’acteur est un bouleversant et emblématique Neil Armstrong, à la fois réservé, écorché, dévoué, tandis que Claire Foy joue l’équilibre familial, tant bien que mal, soit l’épouse toute aussi dévouée que son mari, mais envers ce pour quoi elle s’est engagée lors de leur mariage...

Tandis que les Américains considèrent comme un acte antipatriotique l’absence de la scène emblématique du planté de drapeau américain sur le sol lunaire par la mission Apollo 11, « First Man » manque toutefois à son devoir de re-contextualisation sociale, lequel n’est approché qu’à de brefs instants durant cette épopée. En effet, il aura été intéressant de montrer que toute l’humanité n’était pas derrière les épaules de la NASA, ni derrière ceux d’Armstrong, et encore moins les Américains. À cette époque, le Gouvernement « préférait » dépenser de l’argent sans compter pour la recherche vers l’inconnu, plutôt que de venir davantage en aide à ses propres concitoyens avec ce même argent... Finalement, il aura fallu attendre le 21 juillet 1969 pour que l’Homme assiste à une nouvelle aube, tandis qu’un autre voyait une partie de sa vie se terminer métaphoriquement ici.

Une fois de plus, Damien Chazelle s’est attaqué à plus grand que lui. Mais en y mettant toute sa dévotion pour raconter la vie froissée d’un homme inscrit dans l’Histoire, mais parti conquérir bien trop tôt, et de son vivant, d’autres cieux, il nous livre un biopic qui, s’il n’est pas toujours authentique (l’épisode du collier laissé sur la Lune est une belle interrogation, et appuie plutôt ici le mélodrame), est passionnant et incarné de toutes parts.



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