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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour les radios RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Laura Bispuri
Figlia mia (Ma fille)
Sortie le 15 août 2018
Article mis en ligne le 16 juillet 2018
dernière modification le 28 août 2018

par Charles De Clercq
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Synopsis : Vittoria, dix ans, vit avec ses parents dans un village reculé de Sardaigne. Un jour de fête, elle rencontre Angelica, une femme dont l’esprit libre et l’attitude provocante tranchent avec le caractère posé de sa mère, Tina. Vittoria est fascinée, mais sa mère ne voit pas d’un bon oeil ses visites de plus en plus fréquentes à la ferme où Angelica vit comme hors du monde. Elle ne sait pas que les deux femmes sont liées par un secret. Un secret qui la concerne, elle…

Acteurs : Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Udo Kier, Sara Casu, Michele Carboni

Il y a trois ans, la réalisatrice italienne surprenait avec son premier film Vergine giurata (Vierge sous serment) avec Alba Rohrwacher dans le double rôle de Hana/Mark dont vous trouverez une critique enthousiaste de Nicolas Gilson sur le site Un grand moment. Nous retrouvons l’actrice dans un rôle surprenant dans Figlia mia qui a soulevé l’enthousiasme de plusieurs critiques depuis sa sortie à Berlin, lors de la Berlinale en février dernier.

Il nous faut reconnaître cependant qu’il nous a été difficile de rentrer dans l’atmosphère du film et que, tout comme Luc Chessel dans Libération, nous avons trouvé le film ennuyeux et tout particulièrement durant sa première moitié. C’est que nous n’avions pas été attentif à la ressemblance physique entre Vittoria et Angelica (Attention la note est un spoiler : [1]). Nous nous demandions donc où la réalisatrice voulait en venir. Ce n’est qu’après la moitié du film que nous avons compris ce qui s’inscrivait là dans les très beaux paysages de Sardaigne. Que nous avons découvert un film où la maternité est importante. Mais où celle-ci trouve-t-elle son origine ? Une question déjà évoquée dans Tous les chats sont gris de Savina Dellicour qui surfait là sur un thème analogue, mais c’était là l’affaire d’un père. Alors qu’ici, il est question de mères, de deux femmes dont Les Inrocks disent que c’est « un beau et âpre récit d’apprentissage autour de deux figures féminines : la maman et la putain ».

A partir du moment où le spectateur voit son intuition se confirmer, à savoir l’identité et les relations entre les personnages principaux, femmes et fille, le film prend une autre tournure, bien plus passionnante. C’est que le jeu des relations entre celles-ci va révéler la profondeur des enjeux, les peurs et les attentes de chacune. Que pourra-t-on gagner dans l’affaire ? Que faut-il abandonner, laisse tomber ? Dans quelle profondeur faut-il descendre pour prendre conscience de son identité ?

Au final, est-ce qu’une réconciliation est possible ? Peut-on vivre avec cela, la richesse du manque ou, pour se référer à un autre film qui, dans un tout autre genre, aborde une question analogue, mais en la posant dès avant la naissance avant d’y mettre un terme, Izgnanie (Le Bannissement) d’Andreï Zviaguintsev (2008) : « cet enfant n’est pas ton enfant » ! Cette affirmation n’est pas exprimée ici, mais elle fait l’objet d’une interrogation, de doutes, de souffrances. Car si la question se pose de savoir de qui Vittoria est la fille, il importe avant tout de laisser celle-ci sortir de l’enfance pour entrer dans l’âge adulte. Une question universelle, difficile et âpre, tout comme les paysages de Sardaigne qui forment un personnage à part entière de ce deuxième film de Laura Bispuri.

On lui saura gré d’avoir mis en valeur deux grandes actrices, Valeria Golino et surtout Alba Rohrwacher. Toutefois, il en est une, débutante, qui leur ravi la place sur le podium, à savoir la jeune Sara Casu dont c’est le premier rôle au cinéma. Pour conclure, nous avons regretté avec plusieurs confrères le plan final où Vittoria enlève son t-shirt. Certes Sara n’est pas encore pubère, tout comme son personnage... Il n’empêche que, plus tôt dans le film, la sexualisation de son corps est abordée par sa mère qui lui tâtant la poitrine s’étonne qu’elle n’ait pas encore de seins. Montrer cette absence à la fin du film donne ici l’impression d’un exhibitionnisme de mauvais aloi qui génère un certain malaise, voire un malaise certain, comme si l’enfant était exposée à son corps défendant aux regards des spectateurs qui se seraient bien passés de ce dernier cliché !

Notes :

[1qui est la mère biologique de Vittoria qui l’a cédée à Tina lors de sa naissance, moyennant un contrat tacite de soutient de celle-ci à la mère réelle de l’enfant


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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