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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Lucile Hadzihalilovic
Evolution
Sortie le 16 mars 2016
Article mis en ligne le 9 février 2016
dernière modification le 23 mars 2016

par Charles De Clercq
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Film totalement inclassable, pendant masculin d’Innocence.
En entrant dans ce film, abandonnez tout espoir d’avoir les réponses ! ?/100

Synopsis : Nicolas, onze ans, vit avec sa mère dans un village isolé au bord de l’océan, peuplé uniquement de femmes et de garçons de son âge. Dans un hôpital qui surplombe la mer, tous les enfants reçoivent un mystérieux traitement. Nicolas est le seul à se questionner. Il a l’impression que sa mère lui ment et il voudrait savoir ce qu’elle fait la nuit sur la plage avec les autres femmes. Au cours des étranges et inquiétantes découvertes qu’il fera, Nicolas trouvera une alliée inattendue en la personne d’une jeune infirmière de l’hôpital…

Acteurs : Max Brebant, Roxane Duran, Julie-Marie Parmentier.

Ecrivons d’emblée que le film est très difficile. On pourrait le définir avec autant de vérité comme un chef-d’œuvre ou comme une imposture. C’est ainsi que des confrères critiques ne sont pas restés jusqu’au bout de la vision presse ce qui ne fut pas notre cas. Reconnaissons cependant qu’Evolution a plus parlé à notre tête qu’à notre cœur. Tentons de donner quelques pistes en faisant état d’autres longs métrages avec lesquelles il entrait en consonance. Ainsi le premier qui venait à l’esprit était Under the Skin qui nous avait apparu comme étrange et quasi expérimental. C’était aussi des liens que nous faisions avec Rosemary’s Baby. En cause, l’ambiance de suspicion, quasi diabolique, les médicaments donnés à Rosemary, l’implication de l’entourage. Pour ce qui est de l’ambiance, il y avait aussi des liens avec L’étrange couleur des larmes de ton corps de Hélène Cattet et Bruno Forlani, voire Amer, des mêmes réalisateurs. Normal, en fait, c’est le même chef opérateur Manuel Dacosse qui est à l’image.

Evolution ne nous montre que des enfants mâles du même âge 10-12 ans, prépubères. En face, leurs mères, toutes ont 35 ans environ, quarante tout au plus. Pas d’hommes, pas d’enfants plus jeunes ni plus âgés, pas de jeunes filles ou de jeunes femmes, pas de vieillards non plus. Nous sommes sur une île, la mer, calme, mais pas toujours, les entoure. Il y a des maisons, bizarres, comme des casemates, mais aussi un hôpital, quasiment délabré. Les enfants sont soumis à des interdits : ainsi ils ne peuvent nager (ou nager dans certaines zones) ou obligations : ainsi ils doivent manger une nourriture bizarre (cela ressemble à de la boue avec des vers) qu’ils ne semblent pas apprécier. Ils doivent aussi ingérer un médicament de manière régulière. Il y aussi d’étranges rituels nocturnes des mères qui ressemblent presque à des rencontres sabbatiques.

Ne dévoilons pas l’intrigue, quoique nous avons l’impression que même si on déroulait le scénario devant vos yeux, vous n’en sauriez pas plus. Nous revient ici ce que nous écrivions sur un forum après la vision de L’étrange couleur des larmes de ton corps : « Après vision, ce qui me vient à l’esprit est désarçonnant et déconcertant, des images étonnantes... Je n’ai pas coté le film car je m’en sens bien incapable. J’ai dû pécher par excès de rationalité. S’agissant de gialo, même dans Argento, il y a à la fin une interrogation sur ce que l’on a vu (mal vu, mal compris, pas vu), mais qui permet de donner un (contre)sens au film. Ici, rien qui puisse donner un semblant de cohérence. On se dit (je me dis) : c’est de la belle ouvrage, mais je suis comme un aveugle dans un musée : malgré l’hypersensibilité des doigts, il est bien difficile d’appréhender certaines œuvres d’art. »

C’est qu’après la dernière image du film, aucune réponse ne sera donnée aux très nombreuses questions du spectateur ! Pourquoi les hommes sont-ils absents ? Pourquoi seulement deux tranches d’âge ? Les mères sont-elles les mères ? Les enfants en doutent. Et quelles sont les étranges marques sur les corps des femmes ? Quels sont ce médicament et cette nourriture ? Et pourquoi ? Quel est le sens de cette mystérieuse intervention chirurgicale sur les enfants ? Qui plus est se fait par l’ombilic ? Quel est le fruit, mature ou pas, que l’on en retire ? Pourquoi les bocaux ? Pourquoi l’infirmière se préoccupe-t-elle de Nicolas ? Et ce ne sont que quelques-unes parmi les très nombreuses. En poser d’autres risquerait de nuire aux surprises du film.

Aussi nous pourrions conseiller aux spectateurs de se plonger dans un autre film de Lucile Hadzihalilovic, Innocence, réalisé en 2004. Ce film se déroulait dans un parc isolé et suivait une trentaine de jeunes filles. L’un serait le versant masculin, l’autre féminin. Et on peut alors voir les deux films comme se répondant l’un l’autre dans une même thématique anxiogène et sans jamais donner de réponse. Tout comme d’ailleurs dans Under the Skin. C’est un film qui pourrait peut-être marcher s’il était programmé au BIFFF mais se ferait aussi huer ! N’empêche, il se pourrait que beaucoup restent sur la route, abandonnés à jamais par la réalisatrice.

Celle-ci donne des réponses. Malheureusement elles ne nous ont pas satisfait. Certes l’on peut penser que qui mieux que l’auteur peut parler de son œuvre. Mais, outre que le fait que l’œuvre créée échappe à son créateur dès qu’elle est donnée au public il n’est pas certain que l’œuvre que l’on crée soit en parfaite adéquation avec ce que l’on a voulu transmettre. Ainsi nous pouvons faire une prédication dominicale qui nous semble transmettre parfaitement une idée théologique... mais dont les paroissiens diront qu’ils n’ont rien compris ! Ici, la réalisatrice qui plonge dans son enfance et le souvenir, notamment, d’une intervention chirurgicale, veut transmettre un message sur l’évolution des corps à la puberté, sur le fait de quitter l’enfance. Pourquoi pas, mais cela ne nous a pas sauté aux yeux. Retenons cependant l’importance de certains aspects symboliques tel l’eau ou la couleur rouge (les vêtements de Nicolas, l’étoile de mer), le carnet de dessins... Pour le reste, à vous de voir ! Littéralement.

Diaporama
Photos : © Potemkine Films

Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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