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CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Nic Balthazar
Everybody Happy
Sortie le 28 septembre 2016
Article mis en ligne le 10 septembre 2016
dernière modification le 3 octobre 2016

par Charles De Clercq
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Un étonnant film flamand sur une renversante crise identitaire de l’artiste et de l’humain.
Comment sortir de soi pour extérioriser la parole de ces démons qui nous rongent ? 67/100

Synopsis : Ralph Hartman, humoriste à succès, est en proie à une crise existentielle. Il est tourmenté par un démon intérieur, cruel et intarissable. Au cours d’une tournée épuisante, entouré de collègues aux dents longues, Hartman lutte pied à pied. Alors que sa voix intérieure le harcèle, la pression ne fait qu’augmenter. Heureusement il y a Laura Maris, qui semble reconnaître son problème.

Acteurs : Peter Van Den Begin, Josse De Pauw, Barbara Sarafian, Jeroen Leenders, Rik Verheye, Kamal Karmach, Leen Dendievel.

 En ouverture du Festival d’Ostende

Le festival cinématographique d’Ostende 2016 a commencé cette année sa 10e édition, ce vendredi 9 septembre, avec le dernier film de Nic Balthazar « Everybody Happy ». Le film a été projeté en ouverture. C’est en effet une tradition pour l’évènement ostendais d’entamer les festivités avec une œuvre « maison ».

Le directeur de l’évènement, Peter Craeymeersch s’exprime ainsi : « Nous sommes très fiers de pouvoir ouvrir avec un film flamand. Everybody Happy est, cinématographiquement, un film très fort, qui traite d’un sujet universel et en même temps particulièrement actuel. C’est un honneur pour nous que Nic Balthazar ait choisi notre festival pour lancer son film », Le réalisateur précise que c’est « l’occasion rêvée de présenter » son nouveau long-métrage au public. Le personnage principal de Everybody Happy est un comique à succès, qui tente de combattre ses propres pensées noires.

 Ben X et A tout jamais

Nic Balthazar pas un novice du Festival d’Ostende où il avait obtenu trois prix en 2012, dont l’Ensor du meilleur film, pour son drame Tot altijd (A tout jamais) [1] [2].

Quelques années auparavant, en 2007, il avait réalisé Ben X, son premier film de fiction. Un drame également [3]. Cet excellent film posait cependant un léger problème de vraisemblance. Si Greg Timmermans, l’interprète de Ben était excellent, son âge (28 ans au moment du tournage) nuisait à la crédibilité de son rôle d’adolescent. Sa maturité physique était trop prégnante.

 Un drame chez les comiques

Si Ben, le premier long métrage de Balthazar, était un drame/thriller qui traitait de la question du harcèlement en abordant la vie d’un adolescent autiste, terriblement pathétique, avec un scénario bien construit et un rebondissement final étonnant ( Ce film a remporté le Prix du meilleur film, le prix du public et le prix du jury oecuménique au 31e Festival des films du monde de Montréal), son deuxième traitait d’un sujet difficile et tabou, celui de l’euthanasie (également abordé en 2013 au cinéma dans Miele par Valera Golino et aussi par Samanou Acheche Sahlstrøm dans In Your Arms). Son personnage principal ne pouvait que nous toucher à titre personnel, Mario étant atteint de la sclérose en plaques.

Nous restons dans le drame avec ce troisième long métrage, mais Nic Balthazar nous fait monter sur la scène pour découvrir des humoristes flamands qui concourent à faire rire le public, sur fond d’émulation. C’est l’un d’eux en particulier que l’on suit, Ralph Hartman, alcoolman de son surnom, car il apparaît en scène avec deux verres de bière en mains, allusion aussi à certaines des publicités dans lesquelles il joue. Ce sont les relations entre ces humoristes qui sont montrées à l’écran, leur tensions, leur difficultés, y compris, pour l’un d’entre eux, Farouk (Kamal Kharmach) celle d’être « arabe » comme on dit généralement. Certains - les plus âgés - ont des démons intérieurs ou plutôt extérieurs, sortes d’alter ego de leur conscience, de leur malêtre, plus ennemis imaginaires qu’amis imaginaires qui extériorisent ressentis, conflits... Barbara Sarafian (Laura) aura donc sa Laura 2 (Veerle Malschaert), mais aussi Bozo, le manager et Hubert, le père d’Hartman. Pour le « héros » ou antihéros du film, son « antagoniste » sera interprété par Jeroen Leenders (NL).

Nous spectateurs voyons ces personnages fruits des conflits de nos humoristes (comme dans Birdman). Chacun voyant son (mauvais) ange, mais pas celui des autres. Le film prend également un autre axe, celui des relations paternelles et filiales. Ainsi Hartamn et son père Hubert (Ivo Pauwels) et Hartman et son fils Leo (Seppe Casus). Et ces trois-là constituent une chaîne qui les relie : grand-père, père, fils. Cette chaîne d’hommes tourmentés par leur identité ou l’absence va permettre à Hartman de s’en sortir, d’extérioriser son malaise. De prendre la parole, mais autrement, en faisant sortir de lui ce qu’il y a de plus intime et cela, nous vous laissons le découvrir à l’écran dans plusieurs scènes qui sont emplies d’émotions. Ce sont des mots dits ou qui tentent de se dire par tiers interposé et permettent de découvrir que le trésor se trouve dans le cœur.

Le réalisateur flirte parfois avec la comédie mais il y est peut-être moins à l’aise que dans le pur drame. Un film qui nous vient de nouveau de Flandre et qu’il faut voir le film en version originale flamande (et les néerlandophones auront peut-être besoin de sous-titres flamands, car certains échanges sont en dialecte anversois) pour en saisir la saveur, l’humour, les accents. Un film humain qui au-delà d’un aspect parfois foutraque (Il semble parfois un peu trop long et lourd) invite à réfléchir à nos façons de vivre entre nous et dans notre travail.

 Diaporama

 Bande-annonce :

Notes :

[1Synopsis : Gent, les années ’80, quatre amis âgés d’une vingtaine d’années sont étudiants. Thomas et Mario sont bien armés pour débuter dans la vie et sont tous deux fort attirés par Lynn. Speck est en quelque sorte la mascotte de cette joyeuse bande. La vie continue. Thomas devient médecin, Speck philosophe. Lynn est perdue de vue. Mario, qui habite à Gent, reste le plus combatif. Il a de grands projets et une carrière pleine de promesses en politique. Jusqu’à ce que quelques années plus tard, on lui diagnostique une sclérose en plaques. Ceci sous les yeux de Thomas qui va être le témoin de sa déchéance et devra vivre ces moments pénibles à ses côtés. Si au début, Mario ne perd rien de son courage et son humour, il baisse rapidement les bras. Quand la vie n’a pour lui plus aucune valeur, il demande à ses amis de l’aider à passer par « la sortie de secours ». Depuis plusieurs années déjà, il se bat pour obtenir la légalisation de l’euthanasie en Belgique.

[3Synopsis : Ben est différent. Sa vie est pleine d’étranges rituels. Il s’est créé un univers dans lequel il vit pour la plupart du temps : celui des jeux online. Quand il arrive dans le milieu très cruel d’une école technique, la vie devient pour lui un enfer quotidien, deux lascars lui rendant l’existence littéralement impossible. Ben a un plan. Un plan qui tient en un seul mot : meurtre ! A ce moment, Scarlite, son amie internaute, fait irruption dans sa vie. Cela ne faisait pas du tout partie de son plan...


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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