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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Tran Anh Hung
Eternité
Sortie le 14 septembre 2016
Article mis en ligne le 15 juillet 2016
dernière modification le 19 septembre 2016

par Charles De Clercq
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Nous n’avons pas apprécié ni le livre ni le film (malgré des images de toute beauté).
L’image de la femme comme (re)productrice d’enfants nous a choqué !

Synopsis : Quand Valentine se marie à 20 ans avec Jules, nous sommes à la fin du 19e siècle. À la fin du siècle suivant, une jeune parisienne, l’arrière-petite-fille de Valentine, court sur un pont et termine sa course dans les bras de l’homme qu’elle aime. Entre ces deux moments, des hommes et des femmes se rencontrent, s’aiment, s’étreignent durant un siècle, accomplissant ainsi les destinées amoureuses et établissant une généalogie… une éternité…

Acteurs : Audrey Tautou, Bérénice Bejo, Mélanie Laurent, Jérémie Renier, Pierre Deladonchamps

Tran Anh Hung, c’est le jeune réalisateur franco-vietnamien que l’on a découvert dans L’odeur de la papaye verte, en 1993, puis, après Cyclo (2000) ce sera A la verticale de l’été en 2000 (trois films en vietnamien). Neuf ans plus tard, Je viens avec la pluie nous le fait découvrir aux commandes d’un thriller psychologique français, mais en langue anglaise pour passer au Japonais en 2011 avec La ballade de l’impossible où il adaptait le roman de Haruki Murakami. Ses films préparaient un terrain très favorable pour recevoir Eternité dont le casting de haut niveau laissait augurer un film qui ferait pétiller les yeux, le cœur et la tête. C’est que, outre un trio de grandes actrices françaises, il y avait « notre » Jérémie Renier et surtout l’acteur français Pierre Deladonchamps qui était encore un... inconnu avant son premier rôle (remarquable) au cinéma, dans L’inconnu du lac (Alain Guiraudie, 2013) et que l’on retrouve également cette année dans Le fils de Jean.

Pour son premier film français, Tran Anh Hung adapte un court roman français, L’élégance des veuves, écrit il y a vingt ans par Alice Ferney. Cela aurait peut-être dû nous donner des indications. Cette écrivaine, catholique assumée, milite pour défendre des valeurs « naturelles », qu’il s’agisse de celle de la « Nature » (elle écrit un roman « militant » sur l’écologiste Paul Watson et rend hommage à l’écoterrorisme), mais aussi celles de la féminité, de la différence sexuelle, de l’amour et de la maternité. Elle fut de ces « intellectuelles » qui s’opposèrent au « mariage pour tous » et, dans la même foulée à la PMA (procréation médicalement assistée) et à la gestation pour autrui. Notre « métier » devrait donc nous amener à être en consonance avec ses (ces) positions et engagements. A dire vrai, notre côté « libéral » (au plan spirituel !) nous place, sur ces enjeux, en d’autres lieux. Et ceci n’engage que nous, en conscience, et pas l’institution dont nous faisons partie !

(Mal)Heureusement, c’est sans autre a priori que les qualités que nous reconnaissions au réalisateur que nous avons découvert le film. Un film « historique », en « costumes », plutôt en vêtements d’époque, de la fin du dix-neuvième siècle à nos jours, soit cent ans, une éternité en quelque sorte, du moins trois ou quatre générations. Les images sont de toute beauté (même si certains - ce qui n’est pas notre cas - ont reproché l’utilisation outrancière de filtres orangés notamment) et les actrices et acteurs impressionnants. On sent qu’ils/elles ont du « métier ». Cela ne serait rien sans le savoir-faire technique et informatique, car il a fallu rajeunir ces acteurs de dix à quinze ans et les vieillir de quinze à trente ans ou plus. C’est bien fait, et il n’y pas moyen de faire autrement, sauf à faire jouer un même rôle par plusieurs comédiens, comme dans Julieta de Pedro Almodóvar ou à prendre le temps... réel, celui-là, comme le fait Richard Linklater dans Boyhood ! Et d’ailleurs, le temps qui passe, c’est bien un des thèmes favoris de Linklater. Et tant Boyhood qu’Eternité partagent ce même point de vue : aborder le monde, l’univers et l’intime par le biais du quotidien, du (presque) futile. Pour dire le temps qui passe, Linklater prenait son temps et celui-ci ne semblait pas long. Ici, en revanche, quelques réactions de confrères en sortie de vision presse en disent long même si elles sont très, voire trop, caricaturales. «  Eternité , un film qui dure une éternité » ; «  Eternité aurait mérité d’être 2 heures plus court (le film fait 115 minutes)  » ; « Un film qui m’a donné envie de me pendre » ! C’est que la beauté incontestable des images (certaines lorgnent même du côté de Terrence Malick) n’arrivait pas à atténuer la banalité des clichés défendus par le film.

Il y a une voix, celle de la narratrice, TRAN NU Yên Khê (actrice et épouse du réalisateur) qui nous déroule le fil du temps à défaut d’une clé de lecture. Ce point de vue - nous le comprenons dans la dernière partie du film - nous vient du temps présent. Mais le ton de la voix et le texte en lui-même semblent mielleux, comme sortis dans le cadre d’une pièce de théâtre interprétée dans une fête paroissiale, par une dame d’œuvres, BCBG, qui gravite autour du curé (Mise à jour : ce n’est pas la faute du réalisateur, c’est tout simplement le ton du livre) ! Mais passons donc, acceptons ce ton doucereux, voire sirupeux, qui correspond probablement aux valeurs qui sont ici transmises de génération en génération au fil des enfantements.

C’est que ce film est une histoire de veuves (mais aussi de veufs), de naissances, de fausses couches, de morts prématurées et surtout de multiples engendrements. La femme n’est pas d’abord faite pour aimer ou être aimée, mais pour mettre au monde. Pas n’importe quel monde : c’est celui d’une bourgeoisie riche qui peut véhiculer les valeurs familiales « classiques ». Eloge ici de familles nombreuses au risque de la caricature. La femme est au service de l’homme, de la procréation au gré de mariages arrangés ou pas. Certes au-delà de la banalité des jours et du temps qui s’écoulent il y a de petits bijoux sur l’amour ou plutôt son absence ! Ainsi une scène tendre et acidulée comme un bonbon où Gabrielle (Bérénice Bejo) rencontre Pierre, son futur mari (Pierre Deladonchamps) (illustration ci-contre). Ils sont sur un sofa, côte à côte, et celui-ci lui dit : « Je ne vous aime pas encore, mais j’apprendrai à vous aimer. Quand je décide quelque chose, j’y arrive et je m’y adonne corps et âme. » Comment voulez-vous ne pas être ému ? Il y a certes l’un ou l’autre moment touchant, mais le reste n’émeut pas. On subit en quelque sorte ce déroulement du temps de familles (très) catholiques, des baptêmes aux funérailles (les uns et les autres très nombreux). Eloge ou apologie de la « reproduction » (nous jouons sur le mot dans sa double acception, celle physique, mais aussi celle se recopier des schémas, ici culturels) le récit ne cesse de se balancer dans le temps, comme une machine temporelle ma réglée qui comme un balancier revient vers le passé pour nous « balancer » des souvenirs à la (et dans) la tête. Fugitifs instants de bonheur ou de malheur qui doivent émouvoir et cependant n’y réussissent pas. Il y a bien le caractère surprenant (comme le relève la narratrice) de ces couples qui se retrouvent à quatre dans la chambre à coucher, mais cela est à peine abordé alors que le thème pouvait ouvrir à d’étonnantes lectures amoureuses.

Hélas, ce qui devait durer le temps de plusieurs générations n’en développe en réalité que deux voire une seule. Et l’on imaginait un survol des années, passant de couples à enfants tout au long d’un siècle. On s’arrête et se focalise sur Gabrielle et Charles d’une part et Mathilde et Henri, d’autre part. Il se conclura sur l’amour de deux veufs, celui de Gabrielle et d’Henri. La fin du film, ici et maintenant est si brève qu’elle en est décevante. Que dire alors de la conclusion avec l’énumération de la progéniture en trois générations (on croirait entendre parler de lapins ! - A noter que dans le livre cette énumération en constitue les premières lignes.). Comme signalé ci-dessus, la déception était au rendez-vous pour plusieurs critiques. Il est regrettable de mettre tant de talents, du réalisateur et son équipe aux comédiens au service d’un récit qui présente la femme d’une telle façon. Cela a bien sûr existé, ce n’est pas une raison d’en reprendre l’apologie catholique réactionnaire de l’écrivaine.
Certes, l’avis des critiques n’est pas une preuve ! Aussi, fiez-vous donc à vos amis et dès que nous découvrirons une critique positive, comme de coutume, nous ne manquerons pas de vous proposer un lien !

Mise à jour (19/9/16) : Nous venons de découvrir la critique d’un ami, Grégory Cavinato. Elle est on ne peut plus positive et va donc à l’encontre de notre propre analyse et de ses fondements. Nous ne partageons pas ce point de vue, mais il nous semble fondamental de faire droit à cette et son approche. Aussi, nous ne pouvons que vous en conseiller la lecture !

Diaporama

Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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