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Régis Roinsard
En Attendant Bojangles
Sortie du film le 05 janvier 2022
Article mis en ligne le 14 janvier 2022

par Julien Brnl

Genre : Drame

Durée : 124’

Acteurs : Virginie Efira, Romain Duris, Grégory Gadebois, Solàn Machado-Graner...

Synopsis :
Camille et Georges dansent tout le temps sur leur chanson préférée Mr Bojangles. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Jusqu’au jour où la mère va trop loin, contraignant Georges et leur fils Gary à tout faire pour éviter l’inéluctable coûte que coûte.

La critique de Julien

« En Attendant Bojangles », c’est l’histoire d’un amour inconditionnel, mais irraisonnable. C’est aussi l’adaptation du roman français d’Olivier Bourdeaut, paru au débit de l’année 2016 aux éditions Finitude, lequel avait déjà été adapté en bande dessinée, en fiction radiophonique ou encore en pièce de théâtre. Or, le réalisateur Régis Roinsard n’a pas souhaité ici se renseigner sur ces œuvres, préférant en effet s’approprier le sujet comme si s’était lui-même qui l’avait écrit...

Dans ce drame qui se vit aussi intensément que les sentiments qui y sont déployés, Virginie Efira et Romain Duris (qui retrouve le cinéaste neuf années après son premier film « Populaire ») interprètent Camille et Georges, un couple marié le jour de leur rencontre, lesquels décideront de vivre passionnément le roman de leur amour, déconnecté de la réalité et de leurs responsabilités, comme de grands enfants. Dès lors, chez eux, on se vouvoie comme si on se racontait des histoires, on fait la fête tous les soirs, et donc on boit au champagne et on danse... en attendant leur chanson préférée « Mr. Bojangles » de Nina Simone, et on n’ouvre surtout pas le courrier. Leur fils, Gary (Solàn Machado-Graner), sera alors déscolarisé très tôt, tandis que Georges n’aura d’autres choix que d’arrêter de travailler, afin de répondre au besoin qu’a Camille de ne plus devoir attendre que l’homme de sa vie rentre du travail. Et lorsque l’Ordure (Grégory Gadebois), un homme politique ami et confident de Georges leur demandera comment ils vont occuper tout leur temps libre, ces derniers lui répondront qu’ils vont « bâtir un château en Espagne »...

Alors que le livre est raconté du point de vue du fils, Régis Roinsard et son complice d’écriture Romain Compingt ont eux fait choix de partir de celui du mari, tandis que le fils en question sera le témoin du délitement de l’esprit de sa mère, et la victime collatérale d’un amour démesuré, alors que son père s’oubliera pour offrir à sa moitié un bonheur qu’il sait artificiel, tout en préservant son insouciance et ses rêves d’enfant.
Film de rôle, « En Attendant Bojangles » est porté par la qualité d’interprétation de ses acteurs, dont Romain Duris, autour duquel s’ouvre le métrage, dans la peau d’un baratineur invétéré, lequel va alors perdre la tête en tombant amoureux du personnage de Virginie Efira. Car finalement, qui est le plus fou des deux ? Profondément lumineux, touchant, et même terrassant, son rôle s’emploie ici à continuer de faire croire à sa bien-aimée que ses frasques (de plus en plus maladives) représentent quelque chose de positif, tout en y donnant un semblant de normalité, faisant dès lors d’eux des actes d’amour, même si l’inquiétude persiste dans son regard, lui qui regrettera alors de ne pas avoir gardé les pieds sur terre pour eux deux. Face à lui, Virginie Efira irradie l’écran, en femme espiègle, lunatique, fantasque, et qui profite de la jouissance de l’existence, avant de sombrer peu à peu dans la folie. Et c’est dans ce décalage que l’actrice étonne une fois de plus, lorsque son personnage passe de la gaieté absolue au désespoir le plus profond. Troublante, généreuse, Virginie Efira donne corps et âme à son personnage, comme jamais elle ne l’avait encore fait. Face à eux, le très jeune Solàn Machado-Graner joue dans la parfaite continuité de l’esprit dans lequel s’est adonné son père. On y découvre alors un jeune garçon intelligent, vif et créatif (tout comme l’est sa maman), bien conscient des aboutissements qui se jouent, tout en ne comprenant pas les actes des adultes. Mais quels adultes, étant donné qu’il est sans doute le plus adulte de tous ? Il est fort à parier que l’on retrouvera prochainement au cinéma ce jeune acteur en devenir. Et puis, il y a Grégory Gadebois, dans la peau d’un homme qui relie quelque part le trio à la réalité, bien qu’il se nourrisse de leur monde, lui qui semble attendre définitivement quelque chose, quelqu’un...

Alors que « En Attendant Bojangles » se situe dans les années cinquante et soixante, Régis Roinsard nous partage une fois de plus son amour pour les costumes, les décors d’époque, mais également pour la danse, elle qui joue un rôle capital dans le film, notamment au travers des fêtes de ce couple qui ne juge et ne compte donc pas. La décadence y est alors de mise, autant que celle d’adopter une grue de Numidie, Mademoiselle Superfétatoire, en sorte de double volatile de Camille. Et bien que le film de Régis Roinsard possède un charme visuel fou (!), ainsi qu’une dramaturgie romanesque indéniable, c’est bien pour le jeu de ses acteurs que le film se vaut, et les émotions tourbillonnantes qu’ils transparaissent. Et puis, pas besoin de beaucoup de mots pour comprendre ici le désespoir de l’une, et le sacrifice de l’autre, le tout face à l’incompréhension enfantine, victime grandie d’un amour sur lequel la réalité n’avait pas d’emprise, avant de le rattraper...



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