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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Icíar Bollaín
El Olivo ( The Olive Tree)
Sortie à Flagey le 23/6/16 à 20h00 et le 24/6 à 16h00
Article mis en ligne le 24 juin 2016
dernière modification le 27 juin 2016

par Charles De Clercq
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Un arbre de transmission... de génération en génération ! Des arbres bimillénaires côtoient des poules qui ne peuvent vivre que 40 jours ! 78/100

Présentation BRFF 2016 : Iciar Bollain, actrice et réalisatrice primée de nombreuses fois, entre autres pour Te Doy Mis Ojos (Ne dis rien) ne doit plus être présentée, et pourtant elle nous surprend une nouvelle fois avec son dernier film tout en émotion et sensibilité The Olive Tree. Elle nous raconte l’histoire de Alma, écrite par le génial Paul Laverty, scénariste de Ken Loach entre autres. Alma, très attachée à son grand-père qui produisait de l’huile d’olive de sa très vieille oliveraie familiale, décide d’aller en Allemagne rechercher un olivier de 2000 ans que son père avait vendu des années plus tôt. Elle est persuadée que c’est la cause de la santé déclinante de son aieul. Elle parvient à convaincre ses proches du bienfait de son aventure improbable. Et elle parviendra à vous convaincre, vous toucher par sa naïveté et surtout par son amour pour son grand-père.
Le film se montre tour à tour drôle, tragique et terriblement prenant par l’émotion qui s’en dégage. Difficile de rester insensible à cette aventure humaine.

Acteurs : Anna Castillo, Javier Gutiérrez, Pep Ambròs.

A la base du scénario de Paul Laverty, une « histoire vraie », un banal « fait divers », relaté dans les colonnes d’EL PAIS ! C’est l’histoire d’un plus que banal drame écologique, celui du transfert d’oliviers qui ont vécu durant vingt siècles, qui ont été plantés à l’époque ou un obscur révolutionnaire de Galilée pensait moissonner le monde et inviter ses habitants humains à s’aimer les uns les autres ! Il s’agit de les envoyer au nord de l’Europe. Ici, un très bel olivier terrain de jeu d’Alma, une petite fille (devenue adolescente) et de son grand-père. La crise économique amène le père et son frère à vendre l’olivier pour trente mille euros. Malgré les oppositions, les cris, les larmes, le bel arbre majestueux va être déraciné (à tous les sens du terme). Le vieillard semble en être affecté et ne pas s’en remettre. Devenu amorphe, apathique et aphasique, Alma va tenter de comprendre : pour elle c’est l’olivier perdu qui est la cause des maux de son aïeul. Elle voudra retrouver cet arbre. Le film sera une quête de celui-ci. C’est une sorte de road movie, analogue, d’une certaine façon, à La vache de Mohamed Hamidi ou à Saint—Amour de Gustave Kervern et Benoît Delépine. D’une certaine façon, car dans ces deux films la comédie prenait le dessus tandis qu’ici, c’est le drame.

Le drame tout d’abord qu’engendre la crise et qui fait se côtoyer des oliveraies et des poulaillers industriels où l’on gave des poules en quarante jours pour les mener à l’abattoir. L’on se rassurera peut-être parce que ce sont des gallinacés élevés au sol, mais on se rendra compte aussi que leur destinée est à peine meilleure que celle de leurs congénères en batterie (dont le calvaire dure bien plus longtemps qu’un bon mois !). Deux façons donc de vivre le temps, de gérer la nature. C’est sur ce fond de crise et de détresse que le film se construit.

Ensuite, le film est occasion de découvrir les liens d’affection et de tendresse qui peuvent se vivre entre générations, au prix, parfois, de devoir en sauter une. C’est aussi un itinéraire, une sorte d’odyssée vers le Nord, l’Allemagne qu’Alma fera prendre à ses proche et ami sur base d’un pieux mensonge, presque religieux. Et en cette affaire les médias sociaux joueront d’influence pour dénoncer l’hypocrisie de certaines entreprises qui se parent de vert et d’atouts écologiques pour mieux exploiter et détruire la nature. Mensonge et vérité feront l’objet de débats très humains entre les protagonistes entraînés malgré eux dans une quête, celle d’un pseudo jardin d’Eden au centre duquel se trouve peut-être l’arbre du bien et du mal, mais aussi l’arbre de mort et de vie !

On sera pris par l’émotion engendrée par cette quête, par le dynamisme d’une adolescente et par la sagesse d’un scénariste qui ne cède pas à la facilité d’un improbable happy end. Nous ne voulons pas jouer à Benjamin dans (M)uchenik (Le disciple, The Student)... mais nous dirons la fin - ou la genèse - par une métaphore qui s’inspire de récits bibliques. Non pas donc au pied de la lettre, mais pour donner à penser :
Cette fois-ci, David ne pourra pas vaincre Goliath, mais de la racine de Jessé pourra naître un rameau porteur d’espoir, de vie et de fruits pour un nouveau millénaire !


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB

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