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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews. Si celui-ci produit des émissions consacrées au cinéma sur la radio RCF Bruxelles, celle-ci n’est aucune responsable du site ou de ses contenus et aucun lin contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Martin Bourboulon
Eiffel
Sortie du film le 13 octobre 2021
Article mis en ligne le 16 octobre 2021

par Julien Brnl

Genre : Drame, romance

Durée : 109’

Acteurs : Romain Duris, Emma Mackey, Armande Boulanger, Pierre Deladonchamps, Jeremy Lopez, Alexandre Steiger...

Synopsis :
Venant tout juste de terminer sa collaboration sur la Statue de la Liberté, Gustave Eiffel est au sommet de sa carrière. Le gouvernement français veut qu’il crée quelque chose de spectaculaire pour l’Exposition Universelle de 1889 à Paris, mais Eiffel ne s’intéresse qu’au projet de métropolitain. Tout bascule le jour où il recroise son amour de jeunesse. Leur relation interdite l’inspire à changer l’horizon de Paris pour toujours.

La critique de Julien

S’il y a bien une production française qui était attendue depuis quelques mois maintenant, c’était bien « Eiffel », de Martin Bourboulon, à qui l’on doit « Papa et Maman » (2015) et sa suite. Et pour cause, ce film, produit pour plus de vingt-trois millions d’euros, raconte la naissance de la Tour Eiffel, et sa construction, étalée sur deux années, pour l’Exposition universelle de Paris, de 1889, donnant lieu à un monument connu de tous, et bien plus encore des Français. En tout cas, c’est ce à quoi on s’attendait, ou rien qu’un peu à l’écran. Or, « Eiffel » est davantage une histoire d’amour, et probablement fictionnelle, sur fond de création de ce site touristique de premier plan, ayant accueilli depuis son ouverture au public plus de 300 millions de visiteurs, du haut de ses 300 mètres de haut.

D’emblée, le métrage navigue entre deux époques. D’une part, en 1886, alors que Eiffel vient de collaborer avec Eugène Viollet-le-Duc à la construction de la Statue de la Liberté, et d’autre part, vingt années plus tôt, entre 1858 et 1860, lors de la construction de la Passerelle Saint-Jean à Bordeaux, où il vécut une grande histoire d’amour de jeunesse avec Adrienne Bourgès, lui qui avait 28 ans et elle 18 au moment de leur rencontre. Bien que leur mariage fut annoncé, il fut annulé sous la pression des riches parents d’Adrienne. À priori, les deux tourtereaux ne se seraient ainsi jamais revus lorsque l’ingénieur a quitté Bordeaux. Jusqu’à ce que cette grosse production en décide autrement, partant du principe fictif que la réapparition soudaine de cette dernière dans sa vie, en 1886, l’aurait ainsi motivé à bâtir une tour spectaculaire en forme de A, au lieu de se consacrer au projet métropolitain de Paris...

Si vous pensiez donc en apprendre sur la conception et les coulisses de l’élaboration de la Tour Eiffel, passez votre chemin ! Outre quelques dialogues, des réunions écourtées, et de rares scènes sur chantier, « Eiffel » ne traite jamais du contexte durant lequel la construction a eu lieu, ni même de l’aspect technique de la chose. Et si le film présente les éternels doutes, et les habituels problèmes liés à l’argent (financements, grèves ouvrières, etc.), au tapage sonore, ainsi qu’aux critiques incendiaires, il le fait, d’une part, de manière peu approfondie et, d’autre part, dans le seul but d’être appuyé par les hauts et les bas de cette supposée histoire d’amour, de plus trop prévisible. Or, le film n’est jamais aussi bon et intriguant que lorsque Gustave se retrouve sur le lieu de construction, comme dans le sous-sol d’un quatre pylônes au début de la construction, où lorsque le créateur, ses ouvriers et le public retiennent leur souffle lorsque les poutres horizontales sont posées sur l’échafaudage afin de former le premier étage de la tour. Mais ces moments-là sont bien les seuls à répondre à nos attentes. Dès lors, on ne peut que ressortir frustrés de ne pas en avoir vu et appris davantage sur la célèbre tour.

Visuellement, le film de Martin Bourboulon reste du grand spectacle populaire, lui qui profite de son confortable budget, avec une reconstitution du Paris de l’époque plutôt réussie, même si sa caméra semble filmer toujours les mêmes plans d’un même lieu. On souligne aussi le travail effectué au niveau des coiffures, des décors, ainsi que des costumes, des effets numériques, sans parler de la musique, signée Alexandre Desplat, parvenant à jouer sur l’équilibre fragile entre l’intime et l’épique de l’œuvre. Et puis, « Eiffel » n’aurait pas eu le même charme sans ses interprètes principaux, que son Romain Duris et la franco-britannique Emma Mackey (découverte dans la série Netfix « Sex Education »), avec ses airs de Clara Luciani. Sans répétitions préalables (étant donné que le cinéaste ne les apprécie guère), le duo fonctionne admirablement bien à l’écran, Bourboulon filmant leurs regards au plus près, eux qui ne cachent dès lors pas leur amour et attirance l’un envers l’autre. Les acteurs profitent ainsi de la liberté que leur offre le numérique pour se jeter corps dévolu dans leurs personnages. Et bien que le film mêle une fois de plus le tabou de l’âgisme et du sexisme dans le septième art (en choisissant ici un acteur de 47 ans face à une actrice de 22 ans sa cadette pour incarner un couple qui n’avait finalement que neuf années d’écart entre eux dans la vraie vie), on parvient tout de même à croire à leur idylle. Mais malheureusement, nous n’étions pas venus pour voir cela, et d’autant plus qu’il s’agit là d’un pur fantasme scénaristique au sein d’un film initialement pensé comme historique.



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