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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Baltasar Kormákur
Eiðurinn (The Oath)
Sortie au BIFFF le 8/4/17
Article mis en ligne le 10 avril 2017
dernière modification le 13 avril 2017

par Charles De Clercq
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Mon troisième film islandais (ils sont aussi forts en dehors du foot) : un coup de cœur !

Présentation BIFFF : En tant que chirurgien, Finnur est souvent contraint de prendre des décisions difficiles dans des situations particulièrement critiques. Et il le fait avec brio. Côté personnel, par contre, il fait comme Nicolas Cage et sa filmo : il ne cesse d’enchaîner les mauvais choix… Tout a commencé avec le départ d’Anna, sa fille aînée, qui a décidé d’aller vivre avec son petit copain : Ottar. Mais le problème avec ce voyou d’Ottar, c’est qu’il aime la poudreuse – et pas celle des pistes de ski. Refusant de voir sa fille se transformer en junkie au nez en chou-fleur, Finnur prévient la police après une livraison de came chez Ottar. Mauvaise pioche pour papa : le beau-fils est très vite libéré, mais il doit maintenant un paquet de pognon à ses fournisseurs. Forcément, Ottar décide d’aller racler les pépètes chez sa balance de beau-père avec, en bonus, un beau paquet de menaces concernant non seulement les méthodes de recouvrement de dettes de ses employeurs, mais également l’avenir désormais incertain d’Anna. Et là, vaut mieux pas se fier aux prénoms rigolos des Islandais, car ils peuvent se montrer pire que des ours polaires en rogne quand ils s’y mettent…

Après un passage remarqué à Hollywood et des collaborations fructueuses avec Mark Wahlberg (Contraband, 2 Guns) et Jake Gyllenhaal (Everest), Baltasar Kormakur revient au pays – l’Islande pour ceux qui n’ont rien suivi – où il renoue avec la thématique morale de Reykjavik-Rotterdam, à savoir des bonnes intentions qui plongent les héros dans une sacrée merde, et saupoudre son thriller nordique avec une délicieuse touche hitchcockienne !

Acteurs : Baltasar Kormákur, Gísli Örn Garðarsson, Hera Hilmar

Ma cotation BIFFF :

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NB : Le film devrait sortir « prochainement » en France.

Baltasar Kormákur descend des sommets de l’Everest pour rejoindre son Islande natale (il l’avait déjà fait auparavant avec Survivre) et me permet de découvrir ainsi mon troisième film islandais, après Hross í oss (Of Horses and Men) de Benedikt Erlingsson que j’avais vu en juin 2014, dans le cadre du Brussels Film festival et Hrútar (Rams) de Grímur Hákonarson en fin 2015. Entretemps les fans de foot auront découvert l’équipe d’Islande se défendre plus qu’honorablement lors du Championnat d’Europe en 2016 ! C’est dire qu’il y a là du potentiel dans plusieurs domaines et autant dire que j’ai été séduit par Eiðurinn (The Oath). Là où l’on pouvait craindre un déchainement de violence collective pour avoir mis le pied dans une fourmilière ou plutôt un sac de came, le film prend une tout autre tournure. Il se cantonne quasiment à un trio de protagonistes embarqués dans des relations duelles. Ainsi père et fille, fille et boyfriend, boyfriend et père.

Le réalisateur est ici aussi et même surtout acteur (en pleine forme physique à 51 ans !) et entre dans façon hallucinante dans la peau d’un père qui ne veut que le bien de sa fille et qui, voulant bien faire, a être entraîné, lui, sa fille, et son petit ami dans un enchainement de situations qu’il ne pourra plus maîtriser. Les conséquences en seront catastrophiques pour certains, envenimeront les relations des uns et des autres et si la liberté se trouve au bout d’une route froide et glacée d’Islande elle aura pour conséquences (parmi d’autres) la perte d’une épouse, d’une fille. On restera donc glacé (!) et figé par le dernier plan sur cet homme torturé (et torturant - avec les compétences d’un chirurgien !).

J’ai fait un lien durant le film avec les réflexions de Mme Hannah Arendt dans son livre La condition de l’homme moderne (1958) où elle parle de l’action humaine et des risques de celle-ci (cliquer pour lire le texte ci-dessous qui n’est pas indispensable pour comprendre le film !!!). Autant dire que je pourrai faire valoir que le BIFFF permet même des incursions dans de la philosophie qui n’est pas de comptoir !

Imprévisibilité et irréversibilité !

Pour Mme Arendt, l’action est l’« activité » qui met directement en rapport les hommes sans la médiation des objets ni de la matière. Nous sommes dans le domaine des hommes agissants. Le pluriel est nécessaire parce qu’ici, la condition humaine est la pluralité. Il ne s’agit cependant pas du face à face intersubjectif relatif au domaine privé, car on se situe essentiellement dans la zone publique, collective. Ce sont DES hommes et non pas l’homme qui vivent sur terre et habitent le monde. Si tous les aspects de la condition humaine ont « à voir » de l’une ou l’autre façon avec le « politique », c’est la pluralité qui sera spécifiquement la condition de toute vie proprement politique. Toutefois, il y aura un renversement à la modernité. Ce sera l’ homo faber qui sera placé au sommet de l’échelle, ce que Marx théorisera a posteriori. Malheureusement Marx voit homo faber et non homo activus ! C’est pourquoi le travail sera ambigu chez Marx puisqu’il est à la fois source d’aliénation et de libération !

Pourtant, malgré la peur qu’il fait naître, l’agir serait la plus humaine des activités. L’auteur caractérise l’action par l’imprévisibilité et l’irréversibilité. Quand j’ai parlé et/ou agi (par exemple lancé un mouvement de grève à Dansk), je ne sais pas faire que je n’aie pas parlé ou agi d’une part, et je ne sais pas où cela conduira, d’autre part. En ce sens, le tragique de l’existence humaine est lié à l’irréversibilité de l’action.

Dans son étude sur l’action, l’auteur développe deux de ses caractéristiques : l’irréversibilité et l’imprévisibilité. Elle écrit ainsi : « contre l’irréversibilité et l’imprévisibilité du processus déclenché par l’action, le remède ne vient pas d’une autre faculté éventuellement supérieure, c’est l’une des virtualités de l’action elle-même. La rédemption possible de la situation d’irréversibilité - dans laquelle on ne peut défaire ce que l’on a fait, alors que l’on ne savait pas, que l’on ne pouvait pas savoir ce que l’on faisait - c’est la faculté de pardonner. Contre l’imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l’avenir, le remède se trouve dans la capacité de faire et de tenir des promesses. Ces deux facultés vont de pair : celle du pardon sert à supprimer les actes du passé, dont les »fautes« sont suspendues comme l’épée de Damoclès au-dessus de chaque génération nouvelle ; l’autre qui consiste à se lier par des promesses, sert à disposer dans cet océan d’incertitude qu’est l’avenir par définition, des îlots de sécurité sans lesquels aucune continuité, sans même parler de durée, ne serait possible dans les relations des hommes entre eux (p. 266) » .


https://www.youtube.com/embed/jYjPiV2iNSs
The Oath | BIFFF 2017 - YouTube

flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB

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