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Denis Villeneuve
Dune
Sortie du film le 15 septembre 2021
Article mis en ligne le 20 septembre 2021

par Julien Brnl

Genre : Aventure, drame, science-fiction

Durée : 155’

Acteurs : Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Josh Brolin, Stellan Skarsgård, Dave Bautista, Zendaya, Chang Chen, Jason Momoa, Javier Bardem, Charlotte Rampling, David Dastmalchian...

Synopsis :
L’histoire de Paul Atreides, jeune homme aussi doué que brillant, voué à connaître un destin hors du commun qui le dépasse totalement. Car s’il veut préserver l’avenir de sa famille et de son peuple, il devra se rendre sur la planète la plus dangereuse de l’univers – la seule à même de fournir la ressource la plus précieuse au monde, capable de décupler la puissance de l’humanité. Tandis que des forces maléfiques se disputent le contrôle de cette planète, seuls ceux qui parviennent à dominer leur peur pourront survivre...

La critique de Julien

On a déjà tant entendu et/ou lu sur l’adaptation par Denis Villeneuve du roman « Dune » de Frank Herbert, paru en 1965. Sorti cette semaine-ci dans les salles après avoir été présenté avec succès à la Mostra de Venise 2021, et avant une seconde partie qui verra sans doute le jour (conditionnée en fonction d’un succès commercial), ce film de science-fiction est d’abord un film à réserver aux fans de l’œuvre originale qui, d’après leurs retours, la respecterait dans les grandes lignes. Et pour être honnête, le prétendu critique cinéma qui a écrit ces lignes n’a pas lu le roman de Frank Herbert, déjà adapté au cinéma en 1984 par David Lynch, sans compter l’adaptation avortée d’Alejandro Jodorowsky en 1975. Cette première partie adaptée avait donc la lourde tâche d’attirer de nouveaux néophytes, ou tout simplement de plaire au plus large public possible venu en salles. On en n’attendait en tout cas pas moins de la part de Denis Villeneuve. Or, son « Dune » est bien le somptueux espoir annoncé, en passe d’être une consécration. Du moins, on l’espère.

En quelques mots (d’introduction), cette première partie nous invite à découvrir le futur destin de Paul Atréides (Timothée Chalamet), héritier de la Maison Atréides, lui qui est assailli de visions avant même de se rendre sur Arrakis, planète sur laquelle il se rendra avec sa famille, après que son père ait reçu l’ordre d’occuper son fief par l’Empereur de l’Imperium (un vaste empire qui s’étend sur des centaines de mondes dans la galaxie), lui confiant ainsi la gestion de la planète Dune et de son précieux Épice, jusqu’alors gérée par la Maison Harkonnen, l’ennemi héréditaire des Atréides...

Villeneuve, c’est un peu un magicien du cinéma, lui qui est capable de créer des moments à nul autre pareil. D’ailleurs, de nombreuses scènes auraient très bien pu servir de final à son film, mais sans qu’aucune d’entre elles ne le servent cependant. Au-delà de ça, le cinéaste préfère jouer la transparence, et s’aligner sur la transition entre les tomes I et II du roman (à peu de choses près). Dès lors, les visions du jeune héritier de la Maison Atréides nous guident elles-mêmes vers celle-ci, sans pour autant parvenir à nous faire retenir notre souffle, Villeneuve choisissant ici la densité de mise en scène à l’effet. Qu’il manque d’action pour certains, où de tension pour d’autres, son film est une épopée qui en rappelle bien d’autres (pour ne pas les citer). On sent d’ailleurs que l’œuvre dont il s’inspire a quelques années derrière elle, étant donné des enjeux et ordres assez médiévaux dans leur description, offrant à la religion - ou en tout cas au mysticisme et au messianisme - une place de choix. Mais ce qui est pourtant remarquable ici, c’est combien ce récit, d’un demi-siècle tout de même, résonne actuellement, au travers de ses thèmes fédérateurs, tels que l’écologie planétaire, mais également l’acquisition et la préservation de ressources et les rivalités qu’elles soulèvent. Mais dans son cheminement, « Dune » suit une trame pour le moins très linéaire, qui manque sans doute d’épices (alors qu’il n’en manque pas) pour réussir à tenir pleinement en haleine les moins érudits de l’œuvre originale le long de ses plus de deux heures. De même, on regrette un manque de contexte initial, alors que le film (et le roman) débute en l’an 10191. Car Villeneuve ne dit pas tout, mais sans doute suffisamment pour comprendre l’essentiel, bien qu’on aurait souhaité que certains points soient plus approfondis. Le seront-ils seulement dans la seconde partie ? L’avenir nous le dira.

Film de cinéma, à voir sur les plus grands écrans possibles, « Dune » est une expérience au service de laquelle Denis Villeneuve et toute l’équipe qui l’a entourée ont offert une plus-value cinématographique indéniable, en commençant par la bande-originale, composée par Hans Zimmer, dont c’est la deuxième collaboration avec le réalisateur après « Blade Runner 2049 » (2017), lui qui y travaille depuis mars 2019 et a dû, pour ce faire, renoncer à participer au dernier film de Christopher Nolan, avec qui il collaborait pourtant, et sans relâche, depuis « Batman Begins » (2005). Organique, vivifiante, sensationnelle, sa musique, et le travail du son en général, est ici une bénédiction, et un personnage à part entière, parmi les nombreux autres qui composent l’histoire, tous réussis autant qu’ils sont, et défendant des valeurs, des objectifs qui leur sont propres, bien que certaines de leurs facultés (et leurs origines et buts) ne soient pas (encore) exploitées. Le montage fluide et posé de Joe Walker, avec lequel Villeneuve participe pour la quatrième fois, participe également au ressenti d’assister-là à l’œuvre-somme d’un auteur de cinéma parfaitement installé dans ses rangs, devant son orchestre, tel un maestro de la baguette, sauf que ce dernier dirige ici un mastodonte, et même une entreprise, au profit d’un film d’une audace cinématographique sans précédent. Comment ne pas parler également ici de la photographie de Greig Fraser, offrant des plans d’une beauté hallucinante qui, mélangés au space-opera pointilleux que filme Villeneuve, dressent les codes d’un univers bien définis, amené à grandir et à se révéler d’autant plus par la suite, à condition que le public réponde présent.