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CINECURE
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Denis Villeneuve
Dune
Date de sortie : 15/09/2021
Article mis en ligne le 10 septembre 2021

par Charles De Clercq

Synopsis : L’histoire de Paul Atreides, jeune homme aussi doué que brillant, voué à connaître un destin hors du commun qui le dépasse totalement. Car s’il veut préserver l’avenir de sa famille et de son peuple, il devra se rendre sur la planète la plus dangereuse de l’univers – la seule à même de fournir la ressource la plus précieuse au monde, capable de décupler la puissance de l’humanité. Tandis que des forces maléfiques se disputent le contrôle de cette planète, seuls ceux qui parviennent à dominer leur peur pourront survivre...

Acteurs : Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Josh Brolin, Stellan Skarsgård, Dave Bautista, Zendaya, Chang Chen, Jason Momoa, Javier Bardem, Charlotte Rampling, David Dastmalchian

Note : la plupart des liens externes renvoient à des pages Wikipédia. Il n’est pas question dans cet article de développer l’univers créé par Frank Herbert. Les fans le connaissent et les autres choisiront, le cas échéant, de découvrir celui-ci par ces liens, voire de se plonger dans le roman, ou la saga romanesque pour entrer dans un univers toujours aussi fascinant que lors de sa création.

1. Un film attendu comme le « messie » !

Dune était attendu par certains comme le « messie » et redouté par d’autres après la déception de l’adaptation par David Lynch du roman éponyme de Frank Herbert, publié en 1965. Par ailleurs, la critique négative du film de Lynch n’est pas partagée par tous (même si le réalisateur lui-même a pu prendre distance par rapport à son travail ou plutôt par les contraintes que les studios lui imposèrent). Il y eut aussi le projet avorté d’Alejandro Jodorowsky de réaliser son propre Dune. De ce projet, Frank Pavich a réalisé un documentaire en 2013 (sorti en France en 2016 :Jodorowsky’s Dune). Depuis quelques années, un nouveau messie était attendu en la personne de Denis Villeneuve. Les annonces et les attentes étaient nombreuses et il a fallu encore attendre une sortie repoussée à cause de la pandémie du SARS-Cov2. Le film Dune (part 1) a été présenté à la 78e édition du festival international du film de Venise (Mostra de Venise). « Part 1 », car il s’agit de l’adaptation de la première partie du roman de Frank Herbert. Contrairement aux habitudes, la seconde (voire la deuxième) n’a pas été tournée. Tout cela dépend du succès du premier volet. Des controverses sont nées du fait de la diffusion simultanée sur la plateforme HBO, le réalisateur estimant (à juste titre) que le film doit être vu sur grand écran pour être une véritable expérience cinématographique (le film sera d’ailleurs proposé dans certaines salles au format IMAX). Par ailleurs, la diffusion en streaming entraînera inévitablement le piratage du film qui se retrouvera rapidement sur les réseaux P2P au risque d’obérer le succès financier du film et donc de la réalisation de sa suite !

2. Une adaptation réussie !

Après 155 minutes, le fan de SF et de Dune est conquis ! Le film est conforme au roman (autant qu’il peut l’être au vu de la richesse de celui-ci) et adapte donc sa première partie, même s’il entame déjà un peu la seconde. Le pari était difficile à tenir, car il fallait donner assez d’éléments aux fans du roman pour que ceux-ci se retrouvent en territoire connu et pas de trop pour ne pas noyer ou plutôt ensabler un grand nombre de spectateurs qui ne connaissent rien à cet univers et veulent découvrir un « space opera ».

Toutefois, si l’attente est celle d’un « space opera » classique, il y aura probablement des déceptions. C’est que nous ne sommes pas dans un univers avec des batailles cosmiques comme dans Star Wars. Nous ne sommes pas dans la même dynamique et il faut donc s’attendre, non pas à un film à haute teneur philosophique, mais qui a néanmoins une densité propre, liée à l’univers qu’il adapte et à sa richesse. Cependant, ce que l’on découvre à l’écran se situe quand même dans le graphisme du Star Wars de 1977, le « premier », sans cependant en être une copie. Il n’y a pas ici le côté (très) kitch du film de Lynch, qui, lui, s’apparentait plutôt à un mixte entre Star Trek et Forbidden Planet (si pas Flash Gordon).

Avec Villeneuve, nous sommes donc dans quelques chose de plus imposant, de plus sérieux, de plus réfléchi, de plus crédible (en acceptant bien sûr les postulats de départ de l’univers proposé) et on le doit aussi à une fameuse brochette d’acteurs et actrices au service du récit. Ils et elles sont connu·e·s, mais arrivent à s’effacer pour laisser place aux personnages qu’ils interprètent. S’agissant du rôle principal, celui de Timothée Chalamet, le pari est lui aussi réussi. L’acteur qui avait 23 ans au moment du tournage est assez juvénile pour donner corps à Paul Atréides qui dans le roman est âgé de 15 ans. C’est donc un plaisir cinéphile que de retrouver tant d’acteurs connus au service de ce film qui est un quasi sans faute et qui a séduit le fan de SF et de Frank Herbert que nous sommes. S’il y avait un léger bémol, cela toucherait, d’une part, au fait que l’on passe sous silence l’homosexualité du baron Vladimir Harkonnen (qui abuse et tue des jeunes gens, ce que David Lynch n’a pas occulté) et cela est possiblement dû à l’habituelle pudibonderie américaine et, d’autre part, la référence au Jihad [en], probablement pour se conformer aux nouveaux codes (de type cancel culture) et éviter toutes les « aspérités ». Mais cela n’apparaîtra qu’aux yeux de ceux qui connaissent l’univers de Dune et qui pardonneront probablement ces carences à l’auteur ou aux studios, face à l’émerveillement que le film leur aura procuré.

3. La dimension écologique de Dune vue par Villeneuve

Ceux et celles qui connaissent l’œuvre de Frank Herbert n’ignorent pas que celle-ci s’inscrit dans une dimension écologique et du rapport de l’humain avec la nature. C’est en 1957, survolant des bancs de sable sur les bords de l’Oregon qu’il va écrire un article consacré à une nouvelle plante herbacée introduite pour freiner le développement des dunes ; celui-ci menaçant le monde végétal et humain (l’infrastructure routière) et l’eau potable. C’est le lieu natal, ou osons fontal (s’agissant d’eau, reliant le mot natal et fontaine) de l’œuvre cosmique de Frank Herbert. Il voit déjà la lutte contre la dégradation de la planète au terme d’une conquête instrumentale. Tout comme, aujourd’hui, au premier cinquième du XXIe siècle, nous avons l’illusion que nous vaincrons la pollution par notre technologie - sans nous rendre compte que celle-ci générera peut-être d’autres pollutions, effets pervers ou résiduels en amont ou en aval, nous avons l’illusion que notre science, notre technologie instrumentale, notre recherche nous permettront de venir à bout de tout. Tel est bien la question. Nous vivons aujourd’hui avec une nouvelle foi : celle d’une maîtrise totale de notre environnement et de nous-mêmes. Nous avons déifié la technologie instrumentale et nous en avons fait une idole devant laquelle nous nous agenouillons, ce qui est une attitude obscène !

Ce n’est pas pour rien que dans l’univers de Dune il y a eu une révolte contre les machines et les ordinateurs. Herbert réintégrera la dimension religieuse dans son œuvre, ou plutôt du sacré. Il l’intégrera dans l’écosystème d’Arrakis où il faudra vivre avec le manque d’eau, le sable, les vers de sable (quasi divins !), la façon dont le vivant s’intègre en prenant toute la mesure d’un monde qui est hostile aux regards d’une rationalité conquérante.

Cette dimension déjà présente en toile de fond dans le film de Villeneuve, pourrait être plus développée dans la la suite (si elle est tournée !). Le réalisateur y est en effet très attentif et se pose des questions sur notre avenir. Il en fait état dans sa préface de la réédition de Dune (publiée en 2020 !). Il conclut celle-ci ainsi : « Si l’on accepte le cinéma comme une passerelle entre le monde et la réalité, et que ce rêve éveillé que propose l’adaptation de Dune s’inspire du roman et des trajectoires que nous avons collectivement empruntées, comme Frank Herbert, je ne peux qu’anticiper avec crainte les violences qu’inspirera une nature finalement acculée au pied du mur. De toute évidence, si nous ne modifions pas notre trajectoire, comme Paul Atréides, il nous faudra apprendre à nager dans des eaux étranges. »



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