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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Tim Burton
Dumbo
Sortie le 27 mars 2019
Article mis en ligne le 20 avril 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation en prise de vues réelles du dessin animé du même nom des studios Disney datant de 1941, et cinquième de la firme, basé sur l’histoire écrite par Helen Aberson et illustrée par Harold Pearl, parue quant à elle deux ans plus tôt ;
  • c’est Will Smith qui était au départ en négociations pour jouer le rôle du le père de famille qui se prend d’affection pour le petit éléphant Dumbo, lequel a dû finalement décliner le rôle pour s’occuper d’une autre adaptation au cinéma d’un classique de Disney : « Aladdin », par Guy Ritchie, dans laquelle il interprètera le rôle du Génie (en salles le 22 mai)...
  • Tim Burton retrouve ici quelques-uns de ses acteurs fétiches, tels que Danny DeVito (pour la quatrième fois), Eva Green (pour la troisième fois) et Michael Keaton (pour la quatrième fois).

Résumé : Les enfants de Holt Farrier, ex-artiste de cirque chargé de s’occuper d’un éléphanteau dont les oreilles démesurées sont la risée du public, découvrent que ce dernier sait voler...

La critique de Julien

Entre Tim Burton et Disney, c’est une longue histoire, et pas forcément d’amour. Remarqué et embauché par la firme aux grandes oreilles suite à son travail de fin d’étude intitulé « L’Attaque du Céleri Monstrueux » (1979), Burton se voit notamment travailler au début de sa carrière sur les concepts de « Tara et le Chaudron Magique » et sur « Max et Rouky ». Puis il écrira un poème qui, dix ans plus tard, deviendra la base du scénario de « L’Etrange Noel de Monsieur Jack », qu’il ne mettra cependant pas en scène, mais qu’il coproduira pour Disney (détenteur des droits du poème). En attendant, la firme lui permettra de mettre en boîte ses premiers courts-métrages, tels que « Vincent » en 1982 et « Frankenweenie » (1984). Mais initialement destinés à être projetés en avant-programme d’autres films d’animation du studio, les dirigeants décideront de revenir sur leurs décisions, étant donné le caractère très noir de ses courts. Enfermé dans un schéma qui n’était pas le sien, Tim Burton prendra alors la décision de quitter en 1984 les studios Disney, avant de renouer avec eux 25 ans plus tard pour l’adaptation de « Alice au Pays des Merveilles » (2010), qui deviendra d’ailleurs son plus grand succès commercial. Après l’œuvre de Lewis Caroll, Tim Burton s’attaque ici à « Dumbo », l’histoire écrite par Helen Aberson en 1939, et illustrée par Harold Pearl deux ans plus tard, et dont Disney avait directement acquis les droits. Cinquième métrage d’animation de la maison de production, « Dumbo », malgré sa brièveté, est sans doute devenu l’un des films préférés du public, étant donné son histoire universelle, terriblement émouvante. Et Tim Burton a vu les choses en grand, puisqu’il en réalise aujourd’hui une version en prises de vue réelles, et de près de deux heures.

D’emblée, force est de constater que Tim Burton n’a gardé ici dans sa version que le personnage de Dumbo (sur base du scénario d’Ehren Kruger), effaçant d’un trait l’œuvre originale, mais sans pourtant la trahir. On débute alors dans le Cirque Medici, détenu par Max Medici (Denny DeVito), et sa troupe d’artistes ambulants, parcourant ainsi les routes américaines en 1919. Alors qu’il vient de l’acheter, l’éléphante d’Asie Jumbo accouche alors d’un éléphanteau aux immenses oreilles, surnommé Dumbo. Mais loin de plaire à Medici, ce dernier refuse de garder le pachyderme adulte, lequel décidera de revendre Jumbo à son propriétaire initial, lequel acceptera, tout en refusant de lui acheter Dumbo, séparant ainsi la maman de son fils… Dès lors protégé par les enfants d’Holt Farrier (Colin Farell), veuf et ex-cavalier professionnel revenu de guerre avec le bras gauche en moins, et chargé maintenant de s’occuper des soins de Dumbo, l’éléphant se mettra très vite à développer un don hors du commun : dès qu’il inspire une plume, Dumbo éternue, et s’envole grâce à ses oreilles démesurées. Jusque-là ciblé la rusée du public, l’éléphanteau deviendra très vite un phénomène de foire très rentable, ce qui aura le don d’attirer les convoitises de Mr Vandevere (Michael Keaton), un businessman cynique et méchant, dès lors intéressé par le rachat du cirque Medici, et surtout par Dumbo… Heureusement, l’animal pourra compter sur Holt et ses enfants, ainsi que sur sa nouvelle partenaire de spectacle Colette Marchant (Eva Green), un trapéziste et muse malgré elle de Vandervere, afin de retrouver sa liberté, et surtout sa maman…

On ne peut pas dire que « Dumbo » rassure avec ses premiers plans. En effet, l’introduction et même les trois premiers quarts d’heure pèchent par une utilisation abusive d’images de synthèse et de fonds verts répugnants, lesquels servent à recréer les décors du Cirque en question, et ceux qui l’entourent, c’est-à-dire les vastes plaines des patelins américains. Le tout ne sonne dès lors pas naturel du tout.
Le résumé de l’histoire nous emmène alors dans cette premier partie de film, jusqu’au moment où le Cirque Medici sera racheté par Vandevere, en collaboration avec Max Medeci, tandis que son équipe et Dumbo se produiront dorénavant à « Dreamland », un parc à thème bohémien et futuriste aux allures du parc Walt Disney.

Et là où le film d’animation de 1941 s’arrêtait, c’est là où le « Dumbo » de Tim Burton propose quelque chose d’inattendu, à savoir une métaphore du côté cruel du monde du divertissement, et de tous ces requins prêts à n’importe quoi pour mettre la main sur une nouvelle madeleine de Proust, quitte à la dénaturer, ou la priver ici de sa condition pour n’en faire qu’un pion d’échiquier. Et cette parabole est d’autant plus surprenante qu’elle est présentée dans une production Disney, le studio qui est en train de manger tout le monde tout cru, lequel vient encore de racheter récemment la Fox pour 71,3 milliards de dollars, et qui vient déjà de fermer l’une de ses branches, à savoir le label Fox 2000, licenciant plusieurs milliers de travailleurs…

Pourtant, on ne peut pas dire que l’écriture pousse le bouchon bien loin. En effet, le méchant de l’histoire est assez caricatural, tandis que le développement de cette seconde partie manque de nuances. Tout est bien trop exagéré, désinvolte et appuyé dans les émotions que pour jouer la carte de l’autocritique. Mais dans l’ensemble, c’est bien tout le récit qui se regarde majoritairement au premier degré, sans parler des dialogues très enfantins. Même la condition animale est ici bien trop évidente pour toucher, excepté lors de la scène de séparation entre Dumbo et sa maman, mais visible dans la bande-annonce. En fait, « Dumbo » est tout simplement un film destiné au jeune public. Aussi, tous les personnages entourant Dumbo manquent de profondeur et d’espace pour vivre. On pense notamment à la trapéziste interprétée par Eva Green, qu’on comprend être dans les pattes de Vandevere pour lui servir de tremplin, mais dont on ne saura finalement pas grand-chose…

Visuellement, si l’on a bien du mal à retrouver Tim Burton, c’est au travers de l’histoire de l’éléphanteau qu’on le retrouve, étant donné qu’il est question d’un être différent, lequel doit s’affirmer et évoluer dans un monde le pointant du doigt, tandis que les personnages affichent des caractéristiques propres aux valeurs défendues par l’artiste, tout comme il est question d’une ode à la différence, aux artistes, et à la confiance en soi (la plume de l’éléphant n’est qu’un leurre). Au-delà de ça, « Dumbo » est sans aucun doute l’œuvre la plus légère du cinéaste, et la plus accessible (malgré nous). On aurait souhaité ainsi quelque chose de plus percutant, de moins familial peut-être, étant donné l’œuvre originale, d’une grande tristesse et noirceur, malgré la simplicité de ses émotions. Qu’à cela ne tienne, « Dumbo » évolue alors positivement dans sa seconde partie, vers un spectacle merveilleux, tandis qu’il est impossible de ne pas craquer devant l’éléphanteau, tout comme chacune de ses envolées procure un certain effet. Aussi, le parc « Dreamland » et sa conceptualisation convainquent. À plusieurs reprises d’ailleurs, Tim Burton déploie de véritables scènes de poésie et de beauté subjuguantes dans cet univers, notamment celles qui se déroulent sous le chapiteau dans lequel doit se produire Dumbo.



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