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CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour les radios RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
Dogman
Réalisateur(s) : Matteo Garrone
Article mis en ligne le 14 août 2018

par Julien Brnl
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S’il ne plaira pas à tout le monde, le film sonne très réaliste. Visuellement saisissant, il est mené tambour battant par l’ahurissant jeu de son acteur Marcello Fonte, et dirigé sans esbroufes par son réalisateur. Bref, on peut appeler ça un choc. 16/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 01 août 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • inspiré d’un fait réel s’étant déroulé dans une banlieue déshéritée de Rome à la fin des années 1980, et ayant marqué l’histoire criminelle de son pays par son extrême violence ;
  • le Festival de Cannes aime le cinéma du réalisateur, puisqu’après « Gomorra » en 2008 (Grand Prix du jury), « Reality » en 2012 (Grand Prix du jury) et « Tale of Tales » en 2015 (reparti bredouille), « Dogman » a remporté le Prix d’interprétation masculine en mai dernier pour Marcello Fonte.

Résumé : Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce...

La critique

On ne peut pas dire que le nouveau film de Matteo Garrone soit du genre à remonter le moral des troupes ! Présenté en sélection officielle lors du dernier Festival de Cannes, « Dogman » est un film très noir, révélant l’inconnu Marcello Fonte, reparti du festival avec le Prix d’interprétation masculine, lui qui est fascinant dans son rôle d’homme contraint de faire des choix irréversibles pour survivre.

L’intrigue prend place ici de nos jours, dans une station balnéaire en ruine du sud de l’Italie. Marcello y vit, et y est toiletteur pour chien. Quand il n’exerce pas son métier, Marcello vend quelques grammes de poudre afin de pouvoir gâter sa fille, lorsqu’il en a la garde. Simoncino, un ancien boxeur, a recours à lui pour s’en procurer, tandis qu’il se montre extrêmement violent à l’égard des autres. À vrai dire, Marcello en a peur, comme tout le monde, refusant dès lors de le dénoncer, par peur de représailles. Jusqu’au jour où Simoncino oblige Marcello, sous la menace, à trahir ses amis, et par la même occasion, sa petite vie d’homme libre, et bon...

« Dogman », c’est la descente aux enfers d’un homme qui n’avait rien demandé. Avec une mise en scène sombre et non-équivoque, Matteo Garrone réussit avec une puissance folle à éveiller la bête qui peut sommeiller en nous, dans nos pires retranchements. D’ailleurs, la scène où la caméra fixe des chiens enfermés en cage, en train d’assister à l’explosion de la bestialité humaine, est d’une puissance et d’une dramaturgie absolue. Au fur et à mesure de ses choix, parfois maladroits et innocents, Marcello s’implique dans un engrenage duquel il ne pourra ressortir tel qu’il est entré. Dans ce rôle, la révélation Marcello Fonte fascine devant nos yeux, avec « son visage antique » (comme le dit son metteur en scène). Le spectateur insiste ainsi de manière ébahie au terrible destin de ce toiletteur, impunément victime de la brutalité d’un monde parfois cruel, et sans issue.

Pour mettre en images ce drame, Matteo Garrone filme une fois de plus la station balnéaire Villagio Coppola, tel qu’il l’avait déjà fait pour « L’Étrange Monsieur Peppino » (2002) et « Gomorra » (2008). Et rien n’est laissé au hasard compte tenu du caractère bouleversant des événements. La photographie est pluvieuse, tandis que les décors sont abandonnés et témoins d’un endroit autrefois de plaisance, alors que la lumière laisse peu de place aux lueurs du soleil. Petit à petit, Garrone prouve une fois de plus sa maestria pour transcender visuellement ses histoires (coécrites). Ainsi, l’esthétique de son film dégage une intensité qui va de pair avec celle de ses propos.

Il est pourtant difficile d’aimer « Dogman », car ce n’est pas un film qui s’apprécie pour ce qu’il offre, mais plutôt pour ce qu’il est. Dans son genre, il est un efficace, voire un parfait représentant de la perte de l’innocence d’un être remplit d’une belle humanité, ce qui est digne d’une tragédie. Ce qu’il offre, c’est une œuvre de cinéma maîtrisée et âpre, qui va jusqu’au bout de ses idées, au risque de désarçonner le spectateur par ses conceptions féroces et nihilistes, tout comme il pourrait en être de même pour certaines ellipses.



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