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CINECURE
L’actualité du cinéma

Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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ike Flanagan
Doctor Sleep
Sortie du film le 30 octobre 2019
Article mis en ligne le 1er novembre 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • libre adaptation du roman « Doctor Sleep » de Stephen King, paru aux États-Unis le 24 septembre 2013 et en France le 30 octobre 2013, faisant ainsi suite au roman « Shining, l’Enfant Lumière », publié aux États-Unis en 1977, et en France en 1979, tandis que ce film rend aussi hommage au classique de Stanley Kubrick, « Shining » (1980) ;
  • mis en scène par Mike Flanagan, qui n’est autre que l’auteur de la superbe série « The Haunting of Hill House », et grand connaisseur de l’œuvre de Stephen King, lui qui avait déjà adapté son roman Jessie (1992) en 2017.

Résumé : Encore profondément marqué par le traumatisme qu’il a vécu, enfant, à l’Overlook Hotel, Dan Torrance a dû se battre pour tenter de trouver un semblant de sérénité. Mais quand il rencontre Abra, courageuse adolescente aux dons extrasensoriels, ses vieux démons resurgissent. Car la jeune fille, consciente que Dan a les mêmes pouvoirs qu’elle, a besoin de son aide : elle cherche à lutter contre la redoutable Rose Claque et sa tribu du Nœud Vrai qui se nourrissent des dons d’innocents comme elle pour conquérir l’immortalité. Formant une alliance inattendue, Dan et Abra s’engagent dans un combat sans merci contre Rose. Face à l’innocence de la jeune fille et à sa manière d’accepter son don, Dan n’a d’autre choix que de mobiliser ses propres pouvoirs, même s’il doit affronter ses peurs et réveiller les fantômes du passé…

La critique de Julien

La boucle et bouclée. Mike Flanagan nous livre enfin l’adaptation de la suite du roman de Stephen King « Shining » (1997), publiée tout de même 26 ans plus tard, soit en 2013 par le Maître de l’horreur. Intitulé « Doctor Sleep », ce film est aussi la suite du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, sorti en 1980, lequel a laissé une empreinte indélébile chez n’importe quel cinéphile. Pourtant, King n’a jamais caché avoir été déçu de cette adaptation, après avoir notamment critiqué le traitement réservé à certains thèmes chers développés dans son roman, tels que la désintégration de la famille ou encore les dangers de l’alcoolisme. Qu’importe, « Shining » est devenu un film classé au Panthéon des films du genre, considéré comme l’un des plus grands et des plus influents de tous les films d’horreur. Pour sa gouverne, Mike Flanagan, grand fan de l’œuvre de l’écrivain, n’a certainement pas eu la prétention ici de se mesurer au film de Kubrick, bien qu’il lui rende hommage. En effet, son « Doctor Sleep » s’inscrit avant tout dans la continuité du roman de Stephen King, réécrit suivant les événements comptés dans le film de Kubrick. On est donc en quelque sorte en présence d’une fausse suite. Une bonne manière en soi de concilier les deux œuvres ? L’attente était en tout cas insoutenable, tandis que l’on trépignait d’impatience à retourner dans l’Hôtel Overlook, là où tout a commencé, et là où tout va se terminer. Mais quant à vous, oserez-vous y retourner ?

Petit rafraîchissement... À la fin du roman « Shining », l’hôtel Overlook brûlait par les flammes, dans lesquelles périssait Jack Torrance, possédé par l’hôtel. Dick Hallorann, le chef de l’établissement, parvenait alors, au même titre que Danny Torrance et sa maman Wendy, à s’enfuir, alors que le jeune Danny avait très tôt ressenti l’activité surnaturelle présente de l’hôtel, échos des tragédies du passé, lui qui était bâti sur un ancien cimetière indien. En effet, Danny possède le « Shining », soit un don qui lui offre des capacités télépathiques qui lui permettent alors de lire dans les pensées et de ressentir des prémonitions, tout comme Dick Hallorann, lequel avait justement reçu un appel de détresse psychique de Danny pour leur venir en aide, alors qu’il travaillait dans une station de sports d’hiver en Floride. Dans le film, Jack Torrance (Jack Nicholson) mourrait de froid dans le labyrinthe de haies jouxtant les lieux, après avoir poursuit son fils Danny (Danny Lloyd) et sa femme Wendy (Shelley Duvall) avec sa hache, tandis que ces derniers parvenaient à s’échapper avec la motoneige du malheureux Hallorann (Scatman Crothers), venu les aider, mais assassiné par Jack quelques minutes plus tôt, tandis que l’Overlook restait sur pied, abandonné à tout jamais, mais uniquement de la présence humaine...

En reprenant plus fidèlement les éléments du roman, « Doctor Sleep » débute alors quelques temps après les événements précédents, alors que Danny et sa maman vivent dans un appartement. Le jeune garçon est alors toujours poursuivi par des fantômes, dont notamment celui de la chambre 237, tandis que Dick Hallorann lui rend visite depuis l’au-delà afin de l’aider à enfermer ces démons dans des boites (et sorte de prison mentale), tel que ce dernier le faisant de son vivant, afin d’empêcher ces âmes perdues de s’emparer de son « shining ». Wendy, de son côté, tente de se remettre de ce terrible épisode, ainsi que des blessures que Jack lui a infligées. Et puis, bien des années plus tard, on retrouve Jack, toujours marqué de manière irrévocable par le traumatisme qu’il a enduré durant son enfance, lequel a sombré dans l’alcoolisme, comme son père, tandis que ses pouvoirs psychiques se sont amenuisés pour cette raison. Mais il va se donner la peine de surmonter cette épreuve avec l’aide d’un ami, Billy Freeman, un mécanicien. Danny trouvera alors un emploi d’infirmier à l’hospice local, tout en restant sobre, grâce à l’aide de Billy et des Alcooliques anonymes. Sa sobriété lui permettra aussi de retrouver ses capacités psychiques, et ainsi d’apporter du réconfort à ses patients mourants, acquérant ainsi le surnom de « Docteur Sleep ». Mais cette paix sera brisée lorsque Abra Stone (Kyliegh Curran), une adolescente courageuse vivant à l’autre bout du pays, et possédant aussi le « Shining », mais d’une puissance inégalée, l’implorera de l’aider, poursuivie par la tribu du « Nœud Vrai » suite à une télépathie par inadvertance, où elle a assisté psychiquement à la torture et au meurtre d’un jeune garçon. Emmené par Rose Chapeau (Rebecca Ferguson) et ses disciples, ce groupe de voyageurs presque immortels traversent alors le pays en camping-cars, et se nourrissent d’enfants possédant le don en question, et en les torturant à mort. Commence alors pour Danny un long voyage nécessitant de faire appel à ses propres pouvoirs comme jamais auparavant, et faire face à ses peurs, et surtout réveiller les fantômes du passé...

Clairement, deux avis s’opposeront ici, soit celui des puristes, affectés au film de Stanley Kubrick et à ce qu’il représente encore aujourd’hui, et puis ceux qui verront ici une adaptation et suite audacieuse d’un roman de Stephen King, tout en étant parti du principe que la comparaison n’a pas lieux d’être. En effet, on ne pourra jamais venir se confronter à un film qui a atteint, au fil des années, une intense renommée, aussi bien pour la folie et la peur viscérale qu’il dégageait, que ses scènes d’anthologie, ou encore l’utilisation novatrice et immersive de la steadicam, sans oublier l’interprétation de Jack Nicholson. Car « Doctor Sleep » n’est pas « Shining », et ne tente jamais de le recopier, ou ne serait-ce que l’imiter. Alors, spectateurs, ne tombez pas dans le panneau, et laissez-vous emporter par les tourments de Jack Torrance, dans ce film qui concile avec modestie les différences entre trois œuvres, soit le film et le roman « Shining », et sa suite, avec l’aval et l’amont de Stephen King en personne.

D’emblée, « Doctor Sleep » n’est jamais terrifiant. Non, il s’agit plus ici d’un film fantastique, et évocateur à l’univers cinématographique d’un grand film. Si « Shining » jouait davantage dans la cours de la terreur, du surnaturel, du symbolisme, ce long métrage se veut être davantage une quête de rédemption (comme Hallorann le dira à Danny) dans laquelle le personnage principal mettra à profit son don et son passé traumatisant pour aider un être aussi unique que lui, alors pourchassé par une sorte de secte vampirique se nourrissant du « shining », pour alors traverser les temps, et perpétuer leur existence.

Long de près de deux heures trente d’images, autant dire que Mike Flanagan a soigné son scénario, et prend le temps de bien installer ses personnages, lequel a notamment eu l’intelligence de ne pas jouer sur l’imposant bagage de Danny pour en faire une sorte de foire à lui tout seul. En effet, Ewan McGregor est très convaincant, certes marqué par les événements de l’Overlook, mais aussi suffisamment introverti pour ne pas crier et replonger dès qu’il sera confronté au « REDRUM ». D’ailleurs, Danny a réussi ici à utiliser à bon escient son don. Dans le rôle de l’antagoniste, Rebecca Ferguson gagne en jalon au fil du film, au sein d’un personnage qui n’a pas besoin d’artifice physique pour nous permettre de déceler le montre qu’il sommeille en elle. Car Rose Chapeau est à la démoniaque comme il faut, mais aussi très élégante. Et pour un premier rôle au cinéma, Kyliegh Curran, dans la peau de la petit Abra, en impose quelque peu, parfaitement dirigée par Flanagan. Ce triangle de personnages, autour desquels rôdent des seconds rôles plus ou moins réussis, avance alors vers un même lieu hanté, dans les montagnes Rocheuses du Colorado...

Par contre, on regrette que certains segments du livre entre ces personnages n’aient pas été respectés, notamment entre Danny et Abra. Qu’importe, cela appuie l’idée d’une démarche d’unisson entre plusieurs œuvres, nécessitant aussi des parti-pris, que Flanagan a eu l’audace de réaliser, ce qui n’est pas chose aisée avec un tel matériel de base !

Tandis qu’il avait notamment mis en scène d’une main de maître (à son tour) la série baroque d’épouvante et dramatique « The Haunting of Hill House » pour Netflix, le cinéaste quitte aussi une bonne partie du film les entrailles de l’Overlook Hotel pour s’imprégner de l’histoire originale, bien plus que fidèle au roman de King que l’a été Kubrick vis-à-vis de son « Shining ». Il est vrai que si son adaptation manque parfois de personnalité, Mike Flanagan réussit à inscrire sa patte de réalisateur et de visionnaire de l’horreur, notamment lors de scènes psychédéliques et de visions très bien exécutées, tandis que le meilleur moment restera sans doute celui où l’un des personnages projette son esprit en apesanteur pour rendre visite à un autre, lors d’une scène renversante, et absolument sublime. Et puis, le cinéaste est parvenu a recréer le visuel de Kubrick, baigné à l’écran de références et d’eastereggs à son film, ainsi que d’images mentales que le lecteur s’est fait du roman. Mais si l’atmosphère n’y est pas la même, ce retour à l’Overlook procure bien des frissons. Alors oui, une fois de plus, les plus frileux et bornés regretteront que des acteurs et faux-sosies de Danny Lloyd, Dick Hallorann, Jack Nicholson et de Shelley Duvall aient été casté pour jouer dans les scènes où ces personnages réapparaissent à l’écran, plutôt que de jouer sur la même technique notamment employée dans « Fast & Furious 7 », où les frères de Paul Walker avaient tourné ses dernières scènes après son décès, sur lesquels son visage avait alors été numériquement greffé. Mais cette technologie est très coûteuse, ce qui n’était sans doute pas possible avec le budget de production du film. Et puis, pour celui qui n’a plus revu « Shining » depuis longtemps, ce ne sera pas un problème en soi. Et de toute manière, cela fait partie intégrante de la capacité d’extériorisation que doit pouvoir aussi faire preuve le spectateur, soit de pouvoir s’éloigner de ce qu’une œuvre est censée « devoir » nous montrer par le fait que quelqu’un soit déjà passé par là avant, pour finalement profiter de ce qu’elle a à nous offrir.

Après le superbe hommage de Steven Spielberg dans « Ready Player One » (2018), « Shining » renaît donc ici de ses cendres dans ce « Doctor Sleep ». Mais Flanagan n’est pas Kubrick. Et quelque part, tant mieux ! Inutile donc de chercher ici de quoi rester dans les annales, car d’un point de vue cinématographique, son film n’invente rien, et ne marquera durablement pas les esprits. Mais le cinéaste parvient ici à nouer des intrigues diverses et composer une œuvre très honnête, fidèle à deux visions différentes d’une même base d’histoire, et possédant un réel rythme de croisière, malgré sa longueur (qui pourrait décourager). Alors qu’il s’ouvre sur le thème composé Wendy Carlos & Rachel Elkind, et nous gâte par ses nombreux clins d’œil, « Doctor Sleep » nous a transporté, en témoigne le sourire sur notre visage alors qu’apparaît le générique de fin. On vous souhaite de ressentir le même plaisir, pour autant que vous ne vous attendiez pas à un « Shining 2.0 »...



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