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L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Kathryn Bigelow
Detroit
Sortie le 11 octobre 2017
Article mis en ligne le 13 août 2017
dernière modification le 16 octobre 2017

par Charles De Clercq
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C’était il y a cinquante ans. Rien n’a changé depuis. Chronique d’un racisme viscéral.
Will Poulmer prodigieux dans le rôle de l’antagoniste de ce film coup de poing. 92/100

Synopsis : Pendant cinq jours, à partir du 23 juillet 1967, la ville de Detroit dans le Michigan vit l’une des plus grandes et meurtrières émeutes de l’histoire des Etats-Unis, faisant état de 43 morts, 467 blessés, environ 7200 arrestations et la destruction d’environ 2000 édifices. Le film raconte l’histoire d’un incident dans l’Argiers Motel. Alors que les émeutes raciales secouent Detroit, l’officier de police Dismukes est interrogé par ses collègues comme témoin d’un triple homicide dans l’hôtel Algiers avant d’en être accusé à tort.

Acteurs : John Boyega, Anthony Mackie, Will Poulter, Algee Smith, Jack Reynor, John Krasinski, Kaitlyn Dever.

C’est un film coup de poing que réalise Kathryn Bigelow. Elle nous montre un événement singulier qui touche quelques personnes au cœur de cinq jours d’émeutes à Detroit, il y a cinquante ans. Evénement dont on peut penser qu’ils est fictifs et illustre une mentalité et des attitudes racistes. Rien n’indique au début du film (sauf distraction de notre part) qu’il s’agit de faits réels, avec le traditionnel « basé sur une histoire vraie ». Ce sont seulement les indications qui s’affichent sur l’écran qui inscrivent les images dans une « vraie réalité ». Sachant cependant qu’elle a dû être reconstruite en se basant sur la mémoire et le compte-rendu qu’ont pu en faire de véritables protagonistes de l’époque.

On ne peut qu’adhérer à ce combat des Afro-Américains qui n’ont aucune place, aucun endroit où il ferait bon vivre. Quittant leurs terres d’esclavage pour remonter vers le Nord et trouver travail et havre de paix, notamment à Detroit, ils n’auront ni l’un ni l’autre, prisonniers malgré eux de l’enfermement ethnique auquel ils doivent se contraindre. Les violences sont là, exprimées à l’écran (avec parfois des images d’archives). Que dire face à une cause que nous sommes convaincus d’être juste ? Et l’on se souviendra d’autres films, d’autres situations, bien trop nombreuses où l’on prend conscience qu’il ne fait pas bon d’être afro-américain aux USA. Avant-hier, hier, et, malheureusement aujourd’hui. En effet, rien ne semble avoir changé dans un pays si prompt à défendre les droits de l’homme hors de ses frontières.

En se focalisant ensuite sur ce qu’il est quasiment obscène de qualifier d’incident, une nuit cauchemardesque qui ferait un excellent film horrifique si ce n’était vrai. Alors que l’émeute de déploie dans la ville, un banal coup de feu avec un pistolet destiné à marquer les départs de courses, fictif donc, va déclencher une apocalypse pour sept hommes noirs, des « négros », dont un groupe de chanteurs (Les Dynamics - devenus The Dramatics) qui n’a pas pu se produire sur scène du fait des émeutes, se retrouvent à l’Argiers Motel. Avec eux deux femmes blanches, pas vraiment prostituées, pas vraiment clean non plus. Dans la rue, l’armée, la police de Detroit, la garde nationale. Entre « la rue » et le motel, Dismukes (John Boyega) agent de sécurité, noir donc et, malgré cela, censé être « protégé ».

Ce qui était banal, même pas provocation ou si peu, un tir avec une arme qui n’en est pas une, va déclencher une terrifiante réaction et tout particulièrement de la part de la police locale et deux de ses agents, dont l’un Krauss a déjà commis une bavure en tirant à plusieurs reprises dans le dos d’un fugitif. Il y a chez lui un racisme, presque ordinaire, oserait-on : « à fleur de peau ». Et lorsque lui et son équipier prennent conscience que les deux femmes blanches auraient pu « coucher » ou pire, l’auraient fait, avec des négros, une haine terrifiante va les submerger. Nous n’allons pas décrire comment celle-ci va se déferler tout au long de la nuit où sans relâche les policiers locaux vont abuser d’un pouvoir qu’ils n’ont pas au mépris de tous les droits civiques. Bien plus l’armée et la garde nationale se retireront du « terrain de jeu » laissant l’affaire de la police à la police. Tout au plus l’un ou l’autre réagira, à titre individuel, parce que cela va trop loin. Il faut ici louer le jeu de Will Poulter, sidérant. L’acteur anglais de vingt-quatre ans a ici une telle maturité dans son jeu qu’il arrive à susciter le dégoût, le rejet, la condamnation, voire la haine, chez le spectateur par rapport à son personnage. Il arrive à lui donner une densité telle qu’elle est effrayante — comme - et plus encore - Paul Dano dans le rôle de Tibeats dans 12 Years a Slave de Steve McQueen (2013) — et fait parfois perdre confiance en l’humanité. La tension est si intense que le film pourrait paraître un thriller qui fait dans le too much.

Les émeutes terminées… place à la justice. L’enquête sera « orientée », au grand dam de l’un ou l’autre qui voudrait que la vérité soit établie. Ce sera une vérité judiciaire, celle des policiers, de leurs délégués syndicaux, de leurs avocats, du juge et des jurés blancs. Les coupables seront (ont été) acquittés. C’était il y a juste cinquante ans. Un drame, inhumain. Et le drame perdure puisque l’actualité nous rappelle, jour après jour que rien n’a (pratiquement) changé au pays de la liberté. De cela, de ce coup de poing que nous envoie le film, il faut remercier Kathryn Bigelow et son scénariste habituel, Mark Boal, de nous l’avoir asséné et aux acteurs d’avoir donné une visibilité à l’horreur...

NB : On trouvera sur Wikipedia un article détaillé (en anglais) sur « l’incident de l’Algiers Motel ».

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Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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