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Kevin Macdonald
Désigné Coupable (The Mauritanian)
Sortie du film le 14 juillet 2021
Article mis en ligne le 19 juillet 2021

par Julien Brnl

Genre : Biopic, drame, thriller

Durée : 129’

Acteurs : Tahar Rahim, Jodie Foster, Shailene Woodley, Benedict Cumberbatch, Zachary Levi, Langley Kirkwood, Corey Johnson...

Synopsis :
L’histoire vraie de Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien que son pays a livré aux Etats-Unis alors en pleine paranoïa terroriste à la suite des attentats du 11 septembre 2001. L’homme a passé des années en prison sans inculpation ni jugement. Il a retrouvé la liberté en octobre 2016.

La critique de Julien

« Désigné Coupable » raconte l’histoire vraie de Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien livré aux Américains deux mois après les attentats du 11 septembre 2001, et accusé notamment à tort d’avoir été impliqué dans ceux-ci. Emprisonné au camp de détention de Guantánamo Bay, à Cuba, l’homme a alors passé quatorze années de sa vie en prison, subissant d’immondes tortures et traitements dégradants, tels que la privation de sommeil, la manipulation de la température, l’isolement total, les humiliations physiques, sexuelles et psychologiques, tandis qu’on lui a même fait croire que sa mère avait été arrêtée afin d’être livrée et abusée par les détenus de Guantánamo. Tout cela, bien entendu, afin d’en obtenir des aveux, en utilisant alors des « méthodes d’interrogatoires renforcées », (autrefois) acceptée par la Cour suprême des États-Unis, elle qui fermait alors les yeux sur la torture et les violations des droits humains (tant qu’elles étaient commises à l’étranger). Réalisé par le réalisateur, documentariste, scénariste et producteur écossais Kevin McDonald, « The Mauritanian » (en version originale) est un film de procès qui laisse bouche bée, et cela jusqu’au générique de fin, et bien après.

Adapté des mémoires « Les Carnets de Guantánamo » (2015), écrites en détention et en anglais (qu’il a appris en prison) par Mohamedou Ould Slahi, devenues un best-seller international après avoir été déclassifiées en 2012 par le gouvernement américain (mais avec de nombreuses expurgations), ce film très documenté (jusqu’aux dialogues) est de ceux qui racontent une histoire vraie totalement ahurissante, honteuse, révoltante. Autrement dit, impossible de ne pas avoir des hauts de cœur lorsque la vérité éclate à l’écran, notamment au travers des yeux de Nancy Hollander (Jodie Foster), avocate à la défense ayant représenté Slahi jusqu’à sa libération, prônant alors l’habeas corpus, énonçant juridiquement la liberté fondamentale de ne pas être emprisonné sans jugement, et selon lequel toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Il y a aussi le lieutenant-colonel Stuart Couch (Benedict Cumberbatch), avocat du Corps des Marines et procureur de Slahi à Guantanamo, lequel s’est d’ailleurs retiré de l’affaire en mai 2004 (alors qu’il avait pourtant bien des raisons personnelles de l’enfoncer), par bonne conscience et envers les principes de la constitution américaine qu’il défend, bafoués ici en raison de la torture présumée, elle qui a entaché tous les aveux que Slahi avait faits.
Couch, ayant donc refusé de poursuivre Slahi, a, par la suite, participé à un article de la journaliste du Wall Street Journal Jess Bravin, intitulé « La conscience du colonel », à la date du 31 mars 2007, pour lequel il a reçu une large reconnaissance. Cependant, l’issue ici de son traitement narratif a quelque peu été ici dramatisé en regard des événements et de sa prise de position. Il n’empêche que ces deux personnages, brillamment interprétés, et valeureux, représentent en quelque sorte ici notre regard, stupéfait, sur cette histoire.

Dans un autre rôle secondaire, Shailene Woodley, dans la peau de la jeune avocate Teri Duncan, occupe aussi une place de choix, alors prise en étau entre le regard de sa famille, son métier et les choix qu’il appelle, et ses valeurs personnelles, étant donné la défense d’un terroriste et monstre présumé. Mais tout comme le personnage de Cumberbatch, ce dernier a également engendré quelques distorsions par rapport à la réalité, pour le bien du scénario. Mais c’est surtout ici l’acteur français Tahar Rahim, César du meilleur acteur 2010 pour le film « Un Prophète », qui tient là son meilleur rôle depuis le film de Jacques Audiard. En effet, il en faut pour interpréter un détenu illégitimement enfermé durant quatorze années, sans tomber dans le pathos et le misérabilisme, lui qui a d’ailleurs perdu douze kilos en l’espace de trois semaines pour ce rôle, tandis qu’il a rencontré à plusieurs reprises le principal intéressé, Mohamedou Ould Slahi. Dès lors, « Désigné Coupable » reflète parfaitement les combats pluriels qui se sont joués autour de lui, mais également les sien, et ses états d’esprit durant les faits, entre incompréhension, terreur, et pardon, lui qui a, depuis lors, trouvé la paix et la sérénité.

Mené tambour battant, et passionnant du début à la fin, le film de Kevin McDonald est plutôt classique dans sa réalisation. Pourtant, on imagine combien il a dû être difficile de monter un tel film, aujourd’hui encore, aux Etats-Unis, étant donné l’histoire qu’il met en scène, lui qui met aussi en images un sympathique personnage musulman victimisé, mais qui ne se victimise pas lui-même. Et puis, entre nous, l’histoire de Mohamedou Ould Slahi, qui nous était jusque-là inconnue, doit se faire entendre, une fois de plus, afin de rendre justice à ces hommes et femmes, soupçonnés et/ou emprisonnés à tort, régis par des lois, et des Etats qui utilisent encore la peur et la terreur pour les contrôler. Une chose est certaine, « Désigné Coupable » donne envie de lire ses mémoires, « Les Carnets de Guantánamo », paru chez nous aux Editions Michael Lafon.



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