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Lucas Belvaux
Des hommes
Date de sortie : 18/11/2020
Article mis en ligne le 3 octobre 2020
dernière modification le 15 octobre 2020

par Charles De Clercq

Synopsis : Ils ont été appelés en Algérie au moment des « événements » en 1960. Deux ans plus tard, Bernard (Gérard Depardieu), Rabut (Jean-Pierre Darroussin), Février (Félix Kysyl) et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire de Solange (Catherine Frot), d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

Acteurs : Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin, Yoann Zimmer, Félix Kysyl

Lucas Belvaux adapte le roman multiprimé homonyme de Laurent Mauvignier, paru en 2009. En 2003, Patrice Chéreau pensait l’adapter pour le cinéma, mais sa mort prématurée en a décidé autrement. Il faut saluer le travail remarquable de Lucas Belvaux qui s’est attaqué à ce travail de mémoire sur une salle guerre, la guerre d’Algérie. L’on gagera d’ailleurs que les Français y seront beaucoup plus sensibles que nous les Belges puisque ce conflit ne nous pas touchés de plein fouet !

Le sujet est difficile et porte de lourds secrets. Nous sommes « aujourd’hui », ils sont âgés, aigris parfois, mais surtout ils ont voulu oublier le passé. C’est par la médiation d’une fête d’anniversaire que le refoulé va faire surface, revenir à la mémoire. Les mots dits et surtout ceux qui ne le sont pas vont faire éclater un cercle d’amis, de proches, de voisins, de gens qui se côtoient, se frôlent, se détestent, n’en pensent pas moins...

Il s’est passé quelque chose, des choses ont été faites, des horreurs et il est interdit d’en parler, voire même d’y songer, d’y penser. Mais la mémoire est là et les interdits sautent dans l’inter-dit, dans ce qui est entre les mots, entre ce qui est dit et ce qui ne l’est pas. A ces hommes qu’un sombre passé à condamnés à l’oubli, la mémoire est interdite, mais également la mémoire est inter-dite !

C’est par l’image que le réalisateur donnera à voir le passé et son horreur. Et, au contraire de plusieurs, nous avons apprécié cette mise en scène du passé, d’un passé qui nous est peu connu. Le réalisateur prend le temps pour déployer l’origine de l’horreur, des conflits, des animosités, des tortures, des viols, d tant de choses qui sont déni de notre humanité et si coutumières des temps de guerre et des nombreux dérapages, débordements, exactions...

Et si ces hommes d’aujourd’hui sont interprétés par des acteurs connus, leurs personnages jeunes le sont par de relatifs inconnus, d’origine française ou belge : Félix Kysyl (Février), Jean-Baptiste Le Vaillant (Chatel) Simon Parmentier (Poiret) et Yannick Morzelle (Kastendeuch), ou marocaine avec Ahmed Hamoud qui joue Idir.

On ne peut que s’incliner devant ce film et le miroir qu’il tend, surtout aux Français par rapport à son passé colonial, un passé qui divise encore aujourd’hui, notamment dans nos crises identitaires. Malgré de possibles défauts, c’est film à voir absolument, car il est impossible d’oublier le passé. Chassez le refoulé, il revient au galop par des mots interdits ou un cadeau que l’on croit bienvenu !

Non pas « silence on tourne un film sur le passé algérien de la France », mais : « Action... : parlez maintenant ! ».

https://www.youtube.com/embed/NRtFBYl6zLM
DES HOMMES de Lucas Belvaux - Bande Annonce (2020) - YouTube