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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour les radios RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Nicolas Philibert
De chaque instant
Sortie le 10 octobre 2018
Article mis en ligne le 14 septembre 2018

par Charles De Clercq
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Si le documentaire de Nicolas Philibert est assez classique dans sa forme, il est une leçon d’humanité qui vaut bien, à notre estime, le prix d’une séance de cinéma ! 80/100

Synopsis : Chaque année, elles sont des dizaines de milliers à se lancer dans les études qui leur permettront de devenir infirmières. Admises au sein d’un « Institut de Formation en Soins Infirmiers » elles vont partager leur temps entre cours théoriques, exercices pratiques et stages sur le terrain. Un parcours intense et difficile, au cours duquel elles devront acquérir un grand nombre de connaissances, maîtriser de nombreux gestes techniques et se préparer à endosser de lourdes responsabilités. Ce film retrace les hauts et les bas d’un apprentissage qui va les confronter très tôt, souvent très jeunes, à la fragilité humaine, à la souffrance, à la maladie, aux fêlures des âmes et des corps.

Ce documentaire nous a beaucoup touché ! C’est que nous sortons d’une expérience d’hospitalisation de longue durée qui nous a permis de découvrir au quotidien le travail des infirmières (et infirmiers), mais aussi les premiers pas de stagiaires. Nous avons appris des notions de propre et de sale, s’agissant du corps, mais aussi les difficultés du quotidien, la multiculturalité du côté personnel et du côté patient. C’est porteur de cela, de très nombreux entretiens lors des soins, mais aussi lors des temps libres, en particulier de stagiaires, que nous avons reçu ce documentaire à la fois comme un cadeau, une réponse et un éclairage sur l’autre côté de la vie de certaines personnes que nous avons rencontrées.

Par souci d’honnêteté, précisons d’emblée qu’un confrère que nous apprécions estime que De chaque instant est assez plan/plan et qu’il ne voit pas comment l’on peut défendre un tel documentaire pour obliger le spectateur à débourser 10 euros pour un film qui mérite tout au plus une case de fin de soirée sur Arte. En revanche, nous partageons largement l’enthousiasme de Dominique Martinez dans le numéro 691 de Positif (septembre 2018, p. 37).

Pour commencer un travail, pour mettre la main à la pâte, en quelque sorte, il faut se concentrer sur les mains, celles des infirmières (et infirmiers), ces mains qui toucheront les patients et auxquelles/auxquels il faut accorder beaucoup de soins. C’est que le gros problème en milieu hospitalier est lié à la propreté et plus encore à la stérilité (du matériel, des pansements et aussi des mains). C’est avec raison que les premières images nous montrent le rituel du lavage des mains. Un rituel nécessaire qui demande une grande rigueur et qu’il faudra réitérer à de nombreuses reprises.

Le documentaire est découpé en trois parties dont les titres sont tirés de Du mouvement et de l’immobilité de Douve, un recueil de poésies d’Yves Bonnefoy publié en 1953.

  • 1. Que saisir sinon qui s’échappe ?
  • 2. Que voir sinon qui s’obscurcit ?
  • 3. Que désirer sinon qui meurt, sinon qui parle et se déchire ?

L’on commence donc avec les cours théoriques et pratiques, avec travail et essais sur des mannequins en caoutchoucs, le diagnostic de certains cas (avant de passer au médecin le cas échéant), la désinfection... L’on découvre ces jeunes filles et aussi ces jeunes gens, car il y a des infirmiers, certes moins nombreux, mais pas réduits à la portion congrue.

Le deuxième volet sera ensuite consacré aux stages, tous différents, la rencontre avec de vrais patients (et l’on peut remercier ceux et celles qui ont accepté de se laisser filmer). L’angoisse de la première fois (une piqure par exemple), tant pour les soignant·e·s que pour les patient·e·s. Et tous et toutes devront, littéralement, être patients (jouant ici sur le double sens du terme).

Le troisième sera un retour. Doublement. Retour à l’école, devant les professeurs référents, mais aussi retour d’expérience. Pour certains ce sera la confrontation avec la mort, pour d’autres l’attachement ou non aux patients en fonction de la durée de leur hospitalisation, ou encore les liens pas toujours évidents avec les autres membres du personnel, le stress aussi et, pour beaucoup, la passion pour ce métier dans lequel ils s’engagent. c’est également la gestion de la pudeur durant les soins. Il faut parfois dépasser le cadre strict du travail pour devenir traductrice parce que l’on connaît l’arabe. Ce seront treize rencontres avec un superviseur infirmier qu’il nous sera donné de voir et entendre. Il y a du rire parfois, de la tendresse, de la souffrance, de la tension, en fait de l’humanité dans des situations et des lieux déshumanisants où l’humain risque d’être effacé par la technique, la rentabilité, l’efficacité.

L’on se souviendra alors de la formation qui invitait au respect sans considération de race, de sexe, de sensibilité, de religion, d’orientation sexuelle, mais aussi de rentabilité, le maître-mot d’aujourd’hui. Celle-ci ne doit jamais prendre le pas sur l’humain (même si, in petto, l’on se dira qu’il s’agit d’un voeu pieux, en nous souvenant d’un autre documentaire, Burn Out, lui aussi consacré au milieu médical). Des gestes sont répétés, maintes et maintes fois. Le documentaire nous fait découvrir cette réitération. Elle pourrait paraitre fastidieuse s’il ne s’agissait de découvrir et c’est essentiel, que si une partie des activités est routinière, il faut éviter de tomber dans la routine, car chaque patient est un humain. Chaque infirmier, chaque infirmière aussi et donc faillible et fragile et cependant invité·e à donner le meilleur de soi pour l’autre !

Une leçon d’humanité qui vaut bien, à notre estime, le prix d’une séance de cinéma !

Diaporama

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