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Lukas Dhont
Close
Sortie du film le 02 novembre 2022
Article mis en ligne le 3 novembre 2022

par Julien Brnl

Genre : Drame

Durée : 105’

Acteurs : Eden Dambrine, Gustav De Waele, Emilie Dequenne, Léa Drucker, Kevin Janssens, Igor Van Dessel...

Synopsis :
Léo et Rémi, 13 ans, sont amis depuis toujours. Jusqu’à ce qu’un événement inattendu les sépare. Léo se rapproche alors de Sophie, la mère de Rémi, pour essayer de comprendre.

La critique de Julien

Avec son premier film « Girl », Lukas Dhont nous offrait sa vision de la lutte intérieure - et universelle - d’une adolescente née dans le corps d’un garçon, et cela en filmant les moindres émotions suscitées par la palette de nuances expressives du visage sensible de son acteur, Victor Polster, sans exagérer le trait, ni obstruer son film de dialogues étouffants, et surtout sans tomber dans le pathos. Caméra d’or du Festival de Cannes 2018, et présenté en section Un Certain Regard, ce drame intense révélait un nouveau talent du cinéma belge, Lukas Dhont, promis à un bel avenir dans le cinéma, étant donné son regard sincère, et sa justesse de propos. La preuve en est, avec son second effort, « Close », sélectionné en compétition officielle à Cannes cette année-ci, et reparti avec le Grand Prix (équivalent à la médaille d’argent, ex æquo avec le film « Stars at Noon » de Claire Denis), lequel débarque enfin dans nos salles, précédé également d’une très belle réputation.

Fidèle à lui-même, Dhont filme ici en français et en néerlandais, l’intrigue se déroulant à la frontière linguistique, de l’été jusqu’à la fin d’année scolaire qui suit, alors que ses jeunes personnages apparaissent à l’écran en train de jouer, et traverser, en courant, un champ de fleur, vivant au grand jour leur amitié à toute épreuve. Sauf peut-être une, soit celle de la vie, malmenée par un monde irresponsable, où la distance est de mise face à l’intimité, surtout lorsqu’elle ne rentre pas dans ses codes...

Tandis qu’il abordait notamment l’autodestruction dans son premier film, Lukas Dhont poursuit avec ce thème, en filigrane de la relation d’amitié très fusionnelle qui lie Léo (Eden Dambrine) et Rémi (Gustav De Waele), treize ans, lesquels entrent en première secondaire, et vont voir leur amitié soudainement bouleversée par le regard d’autrui, étant donné leur lien trop étroit, mais qui n’entre déjà plus dans la norme de la société, et cela dès l’adolescence. Quelle horreur finalement que de devoir se renfermer, de (se) rejeter, de ne plus être libre d’être soi-même ou encore d’éprouver ses simples et innocents sentiments, tout cela car le jugement, la méchanceté sont plus faciles à assumer que l’amour. « Close », c’est un cri du cœur, celui de la liberté d’aimer (d’amitié), d’éprouver des gestes tendres et de les montrer, sans devoir être systématiquement stigmatisé, moqué.

Lukas Dhont met alors en scène un film bouleversant, au travers desquels il convoite des émotions de l’enfance, mais à un âge où l’on n’a pas encore les clefs pour les comprendre, ni pour mettre des mots sur son mal-être. C’est ici ce qui arrivera au personnage de Gustav De Waele, terriblement touchant en gamin talentueux mais fragile, lequel se verra repousser, éviter par celui d’Eden Dambrine (que la caméra de Dhont épouse au moindre geste), ce dernier étant bien conscient (d’après nous) de la distance qu’il prend avec son ami de toujours, sans pour autant mesurer l’impact de son acte, lui qui jettera cependant toujours un œil après lui. Sans voyeurisme, ni sous-entendus, le réalisateur et son coscénariste parviennent alors à déconstruire une (jeune) amitié, sous nos yeux, mais derrière ceux des parents des deux enfants.

Le drame est alors ici impensable, innommable, et pourtant mesuré devant la caméra de Lukas Dhont, alors que l’incompréhension demeure en chacun de ses personnages, et surtout en celui du personnage d’Eden Dambrine (au jeu pudique et au regard profond), et au travers duquel l’image que doit renvoyer la masculinité prend sa connotation la plus négative, à un moment de la vie où l’on ne devrait pas à être jugé face à la tendresse et à l’intimité que l’on dégage envers autrui. Pourquoi l’homme devrait-il ainsi s’éloigner de sa force émotionnelle ? En quoi celle-ci le rend-il plus féminin ? Après tout, pourquoi deux frères auraient-ils le droit naturel de se prendre dans les bras et de dormir dans le même lit, au contraire de deux amis ? « Close » tente alors, à sa manière, de renverser une société basée sur les à priori, sur la fragilité et la brutalité, où l’un ne semble pas exister sans l’autre.

Outre les enfants, Dhont filme aussi ses personnages adultes avec beaucoup d’intensité, dont les formidables et justes Emilie Dequenne et Léa Drucker, ainsi que Kevin Janssens. Chacun des personnages a d’ailleurs ici son moment d’existence, d’intériorisation face aux événements très flous qui ont éloigné ces deux enfants, au regard de la musique, assourdissante, lorsque se produit la séparation, irréversible, sans la nommer. Mais bien plus que cela, « Close » travaille le besoin humain de parler, d’extérioriser ses pensées, même si elles risquent d’être mal perçues, entendues. Pourtant, c’est bien ici l’amour, le pardon qui finit par triompher, ou encore le pardon, même s’il n’a pas lieu d’être. Car ce n’est pas à un enfant de treize ans à s’excuser, mais bien à ce qui engendre, au jour le jour, la distance, à savoir notre société, et le pouvoir du patriarcal, présent partout, tout le temps, tel un modèle à suivre dès le plus jeune âge, notamment via les médias...



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