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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Lucas Belvaux
Chez nous
Sortie le 22 février en France et le 1er mars 2017 en Belgique
Article mis en ligne le 31 janvier 2017

par Charles De Clercq
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« Philippe B., tu as abusé de ma naïveté, oui, j’ai été bien naïve » ! (d’après Jér. 20, 7)
Un film très humain et très politique à voir absolument. Pour Emilie, mais pas que ! 83/100

Synopsis : Pauline, infirmière à domicile, entre Lens et Lille, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père ancien métallurgiste. Dévouée et généreuse, tous ses patients l’aiment et comptent sur elle. Profitant de sa popularité, les dirigeants d’un parti extrémiste vont lui proposer d’être leur candidate aux prochaines municipales.

Acteurs : Emilie Dequenne, André Dussollier, Guillaume Gouix, Catherine Jacob.

 « Si i s’sint ronieuw, i n’a qu’à s’gratter »

Le dernier film de Lucas Belvaux a fait sensation avant sa sortie, par sa simple bande-annonce. C’est que des membres et dirigeants du Front national en France y ont vu une attaque en règle contre leur parti dans un climat préélectoral. Ils y voyaient donc une œuvre politique de propagande (ou de contre-propagande). Après avoir vu le film, il faut affirmer qu’il n’en est rien et que ce parti n’est pas le centre de Chez nous. Certes les liens sont explicites : qu’il s’agisse de la localisation dans le Nord, des noms ou acronymes de certains partis, de drapeau avec un lion ou de blonde chevelure... Mais si les liens et la coloration (de cheveux ?) sont explicites, le focus ne se situe pas là et Belvaux, comme à son habitude, met l’accent sur l’humain. C’est le social dont il est question et non le politique (même si l’un et l’autre sont intriqués). Si donc le film est bien contextualisé, son cœur est le destin de Pauline (Emilie Dequenne, excellente, comme souvent dans ce genre de rôle). A la sortie de la salle, il n’était même pas évident que la conclusion serait une diminution des votes en faveur d’un parti d’extrême-droite et seuls ceux et celles susceptibles d’entendre ou déjà convaincus seront conscients des enjeux sous-jacents.

La réaction du FN et de certains de ses responsables avant même d’avoir vu le film fait penser à une expression du Nord, justement : « Qui se sent rogneux qu’il se gratte » (Si i s’sint ronieuw, i n’a qu’à s’gratter). Pour le dire de façon claire : que celui qui se sent concerné en tire les conséquences.

 Naïveté et abus de faiblesse !

Lucas Belvaux se consacre donc sur sa brune héroïne, Pauline, sensible, dont le père est proche des idées communistes tout comme elle est proche des gens. Elle va se laisser séduire par des arguments séducteurs d’un médecin proche à défaut d’être ami au sens noble du terme (c’est qu’il a milité pour un mouvement extrémiste). Flatter pour prendre dans ses rets. Et on peut faire référence ici à un passage du livre de Jérémie (XX, 7) : « Tu m’as séduit, Yahvé, et je me suis laissé séduire » (Bible de Jérusalem) ou « Tu m’as dupé, Seigneur, et je me suis laissé duper » (Nouvelle Bible Segond) ou enfin, dans la TOB « Seigneur, tu as abusé de ma naïveté, oui, j’ai été bien naïf » ! Ce texte me vient à la mémoire, car il est un de ceux que j’ai choisis en 1986 pour mon ordination presbytérale (dans la version TOB). N’y voyez aucun lien avec le film de Belvaux sinon celui-ci : il faut être deux pour être dupé, celui qui dupe et celui qui l’est. Ces textes font état d’une acceptation, même en partie à son corps défendant. C’est qu’il y a un terrain et un terreau préalable. Ici, en l’occurrence, chez la jeune infirmière qui est sensible au malheur des gens qu’elle rencontre au jour le jour. Il y a un malêtre chez eux et son cœur n’y est pas insensible. Il y a là comme une naïveté, première, constitutive de son côté. C’est de l’autre, du vis-à-vis que viendra l’abus, l’on pourrait écrire ici « abus de faiblesse », mais sur le mode de la séduction. Bien sûr c’est aller très loin que de faire la comparaison avec le récit biblique, mais c’est cet humain-là, cette humaine-là, cette humanité-là que Lucas Belvaux met au centre de son récit. Et cela bien plus qu’une « attaque » contre un parti politique particulier comme précisé plus haut.

 Un portrait de femme !

C’est donc d’abord un portrait de femme, sensible, fragile et forte à la fois que nous montre le réalisateur dans un film qui n’est fondamentalement pas différent de ses précédents. Ce n’est que dans un temps second (mais pas secondaire) qu’il éclaire certains mécanismes de mouvements extrêmes qui misent sur la peur de l’autre, parfois viscérale. C’est que l’autre, l’étranger fait peur. Déjà de façon très ancienne, cela se ressent dans le sens du mot « hôte » qui désigne à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu. Il y aurait là quelque chose de l’ordre du sacré qui fait peur et ce n’est pas pour rien que la racine de hôte est la même que celle de deux termes antagonistes hostilité et hospitalité ! Sur ce terrain-là, certains se construisent une respectabilité en évacuant ceux qui paraissent trop extrêmes (à droite donc !) et qui furent jadis des alliés.

Second, il faut y revenir, parce qu’au centre du film, il y a Pauline qui va retrouver un de ses anciens amoureux Stéphane Stankowiak, dit Stanko (Guillaume Gouix, excellent dans ce rôle d’amant, de « père » par substitution et dans celui de « casseur de bougnoules » !). Que peut-elle faire de sa vie, elle à qui on dicte son programme politique et à qui on voudrait enlever son amour ? Bien plus que de dicter son programme à Pauline, le parti ne se sert d’elle que comme appât pour d’autres. Il suffit en fait d’une belle tête bonde, qui peut, le cas échéant, se voir remplacer par une autre sur une affiche électorale. Et si, pour certains (dont j’étais) le film aurait pu se clôturer sur le plan d’une nouvelle affiche, il était nécessaire cependant d’aller jusqu’au dernier plan qu’il faut découvrir à l’écran. Pour se rendre compte, en ces dernières images du film, que le passé remonte toujours à la surface, parfois pour le pire alors même que l’on a oublié et que l’on s’est repenti.

 Au-delà du film !

Enfin, bien au-delà du cadre d’une prochaine élection présidentielle en France, d’une part, et de celui de Pauline, d’autre part, le film aura une résonance toute particulière au vu de l’évolution européenne, de l’emprise de partis de droite à tout le moins eurosceptiques, du Brexit et des premières mesures du Président Donal Trump ! Et au service d’un film qui interpellera, outre Emilie Dequenne, il y a André Dussolier qui est excellent (et à contre-emploi de ses rôles habituels) dans le rôle de Philippe Berthier (séducteur, un peu comme le serpent dans le récit de la Genèse !) et Catherine Jacob, dans celui de Agnès Dorgelle, disons, blonde certes, mais résolument « bleue » voire même plus ’marine’ que jamais !

Par ailleurs, le dossier presse étant aussi pédagogique, vous le trouverez ici au format PDF si vous souhaitez prolonger la réflexion.

 Diaporama

© j-clother/synecdoche/artemis

 Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB

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