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CINECURE
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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews. Si celui-ci produit des émissions consacrées au cinéma sur la radio RCF Bruxelles, celle-ci n’est aucune responsable du site ou de ses contenus et aucun lin contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Nia DaCosta
Candyman
Sortie du film le 25 août 2021
Article mis en ligne le 29 août 2021

par Julien Brnl

Genre : Horreur, thriller

Durée : 91’

Acteurs : Yahya Abdul-Mateen II, Teyonah Parris, Nathan Stewart-Jarrett, Colman Domingo, Tony Todd, Vanessa Estelle Williams...

Synopsis :
D’aussi loin qu’ils s’en souviennent, les habitants de Cabrini Green, une des cités les plus insalubres du cœur de Chicago, ont toujours été terrorisés par une effroyable histoire de fantôme. Cette légende urbaine, passant de bouche à oreille, fait mention d’un tueur tout droit sorti de l’enfer qui peut être invoqué rien qu’en répétant son nom 5 fois devant un miroir. Dix ans après que le site ait été entièrement rénové, l’artiste peintre Anthony McCoy et sa petite amie Cartwright, directrice de galerie d’art, emménagent dans un appartement luxueux de Cabrini Green. Alors que la carrière d’Anthony est au point mort, il rencontre par hasard un ancien habitant de la cité qui lui raconte ce qui se cache réellement derrière le mythe du Candyman. Désireux de relancer sa carrière, le jeune artiste commence à se servir des détails de cette macabre histoire comme source d’inspiration pour ses tableaux. Sans s’en rendre compte, il ouvre la porte d’un passé trouble qui va mettre en danger son équilibre mental et déclencher une vague de violences.

La critique de Julien

Candyman. Candyman. Candyman. Candyman. Candyman. Et vous, oserez-vous prononcer cinq fois son nom devant un miroir ? Car, d’après la légende, si une âme le prononce cinq fois de suite devant un miroir, alors une mystérieuse silhouette brandissant un crochet à la place d’une main apparaîtra pour la tuer. Personnellement, on évitera de le faire ! C’est en 1992 qu’est sorti le film original « Candyman », mis en scène par Bernard Rose, lequel a été suivi de deux suites, « Candyman 2 » (1995) de Bill Condon, et « Candyman 3 : le Jour des Morts » (1999) de Turi Meyer. Malgré une vaine tentative au début des années 2000 par Bernard Rose de réaliser un prequel à son film, il aura fallu attendre plus de vingt ans pour qu’on réentende parler de Candyman, grâce à un certain Jordan Peele (« Get Out », « Us »), qui, en 2018, a signé en tant que producteur pour un nouveau film de la franchise, via sa société de production Monkeypaw Productions, avant d’être rejoint plus tard dans l’année par Universal Pictures et Metro-Goldwyn-Mayer. Sauf que ce quatrième film, sobrement intitulé « Candyman », n’est pas une suite du troisième épisode sorti en 1999, mais bien du premier, lequel joue donc à la fois un rôle de suite et de remake des deux suites officielles du film de 1992. Vous suivez ? Pas de souci, on va vous aider, en commençant par un petit paragraphe historique, que le film - qui sort cette semaine - vous rappellera en temps voulu. N’ayez donc crainte de passer au suivant, à partir duquel on vous dira tout ce qu’on a pensé de cette version moderne du mythe « Candyman », influencée par l’actualité et l’engagement de Peele envers la cause noire.

Basé sur la nouvelle « The Forbidden » (1984) de Clive Barker, « Candyman » a changé à jamais la relation de nombreuses personnes avec les miroirs – et les abeilles, lui qui mettait en vedette Tony Todd dans la peau d’un démon, ayant jadis été un homme noir, du nom de Daniel Robitaille, qui fut torturé en 1890 par des brutes épaisses, après qu’elles l’aient roué de coups, tranché la main droite, enfoncé un crochet dans son moignon, recouvert entièrement son corps de miel afin d’être livré en pâture à des abeilles pour le piquer jusqu’à la mort, avant d’être brûlé, et de répandre ses cendres sur les champs qui deviendront, des années plus tard, le ghetto de Cabrini-Green. Que d’ignobles actes, inhumains, et tout cela parce qu’il avait mis enceinte une jeune héritière blanche, avec laquelle il avait noué une idylle, alors que son père avait commandé à Robitaille une peinture de sa fille encore vierge. Depuis lors, Daniel, ou du moins son fantôme, terrorisait les habitants du quartier défavorisé de Cabrini-Green, et assassinait principalement des femmes et des enfants. Le mythe de « Candyman » allait alors attiser les convoitises de Helen Lyle (Virginia Madsen), une étudiante à l’université d’Illinois à Chicago, en pleine rédaction d’une thèse sur les légendes urbaines et les croyances populaires, laquelle décidait alors d’enquêter sur les lieux même des crimes, dans la cité sordide de Cabrini Green, ghetto noir livré depuis aux gangs et à la misère. Sauf qu’elle allait s’adonner, malgré elle, à une série de tueries, manipulée par Candyman, bien qu’elle réussira à sauver des flammes un bébé enlevé par ce dernier, avant qu’elle ne succombe à ses blessures. La communauté s’était alors jurée de ne jamais répéter la légende de Candyman après cette nuit...

Cabrini-Green, aujourd’hui. Les logements sociaux d’autrefois ont laissé place à de nouveaux quartiers ponctués d’immenses immeubles, tandis que la bourgeoisie s’y est installée. Anthony McCoy (Yahya Abdul-Mateen II), qui n’est autre que l’enfant que Helen a sauvé des flammes il y a trente ans (sans le savoir), vient d’ailleurs de s’y installer avec sa petite amie, la directrice de galerie d’art Brianna Cartwright (Teyonah Parris). Une nuit, Troy (Nathan Stewart-Jarrett), le frère ouvertement gay de Brianna, partagera alors avec eux la légende urbaine de Helen Lyle, et de Candyman. Obsédé par le mythe, Anthony va alors faire des recherches, et notamment visiter les dernières maisons en rangées à deux étages de Cabrini-Green, tout cela afin de trouver de l’inspiration et influencer son art. Sauf qu’il va indirectement réveiller le Candyman...

Alors que seuls Tony Todd et Vanessa Estelle Williams reprennent leurs rôles respectifs, et que Jordan Peele avait cité l’original comme « un film historique pour la représentation noire dans le genre de l’horreur », « Candyman », derrière son enveloppe de film « de genre », cache plus un pamphlet politique qu’un film d’horreur avec un grand « H ». En effet, le film de Nia DaCosta (jeune cinéaste choisie pour mettre en scène la suite de « Captain Marvel ») manque de terreur, lui qui est co-écrit par elle-même, Jordan Peele et Win Rosenfeld (collaborateur de ce dernier). À vrai dire, son film n’est jamais vraiment effrayant, lui qui est bien plus occupé à rattacher l’histoire originale à un discours politique visant les violences faites aux noirs. On comprend dès lors la volonté des scénaristes de montrer ici que le monstre n’est pas avant tout celui qui est, mais ceux qui l’ont créé. En l’occurrence, ici, des hommes blancs, envers un homme noir. C’est intelligent, et c’est une bonne opportunité de modernisation et de réinterprétation du film original. De plus, leur histoire met en lumière la gentrification. Sauf que « Candyman » en dit plus qu’il n’en montre à ce sujet. Le discours est dès lors plus superficiel que représentatif. Aussi, certains éléments de l’histoire ne sont pas toujours crédibles, tels que des réactions de personnages, alors que certaines questions demeurent. Heureusement, cela n’impacte en rien la cohérence de l’ensemble.

« Candyman » n’est donc pas un film de genre comme un autre, puisqu’il sert avant tout un sous-texte bien visible, et indissociable de la signature « Peele ». Mais le film de Nia DaCosta n’en demeure pas moins une œuvre singulière, et assez audacieuse en terme de cinéma. En témoigne premièrement le subjuguant générique d’ouverture (quelle calligraphie !), filmant les gratte-ciels de Cabrini-Green la tête à l’envers, ainsi qu’une multitude de mouvements de caméra assez impressionnants. La réalisatrice sait déjà bien filmer. Il n’est dès lors pas étonnant que la poule aux œufs d’or Disney/Marvel l’ait embauchée pour « The Marvels » (2022). Aussi, les séquences de flash-back sont sublimes, elles qui sont commentées en voix-off, réalisées en papier, et au travers desquelles les personnages gesticulent à l’aide de bâtons actionnés par des mains humaines. Enfin, la mise en scène de son film met subtilement en exergue l’utilisation du miroir réfléchissant, étant donné le mythe de Candyman, qui apparaît dans le reflet d’un miroir, et tue ceux qui l’ont ainsi invoqués. Les différentes apparitions du démon sont dès lors très réussies, et représentent en soi l’une des parties les plus réussies et imaginatives de cette revisite, très actuelle. Tel un corps errant, l’âme de Daniel Robitaille hante alors la vie d’un jeune peintre (et pas que) en manque d’inspiration, incarné par Yahya Abdul-Mateen II, mono-expressif, et son impressionnante carrure. Ses partenaires de jeu, que sont Teyonah Parris et Nathan Stewart-Jarrett, s’en sortent, selon nous, beaucoup mieux, eux qui ont autant, si pas plus, de dialogues.

Visuellement et métaphoriquement, « Candyman » tape à l’œil, et se vaut amplement. Cette suite n’est pas là pour rien, et c’est bien en cela qu’il s’agit là d’une réussite. Maintenant, les amateurs de frissons n’en auront pas pour leur argent, à moins que le gore leur suffisent. S’il ne répondra donc pas aux attentes de tout le monde, « Candyman » révèle d’autres qualités, comme celle de parvenir à ressusciter une histoire vieille de trente ans, aux retombées actuelles plus contemporaines que jamais. Bref, il y avait de la suite dans les idées, et peut-être y’en aura-t-il encore...



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