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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Claire Burger
C’est ça l’amour
Sortie le 27 mars 2019
Article mis en ligne le 6 avril 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • second long métrage de la scénariste et réalisatrice française Claire Burger, après avoir co-réalisé la Caméra d’or du Festival de Cannes 2014 « Party Girl » ;
  • Venice Days Award ou « Prix de la Journée des Auteurs » lors de la dernière Mostra de Venise, qui est une sélection parallèle à l’officielle, équivalant à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes ou à la section Panorama à la Berlinale ;
  • film tourné à Forbach, la ville natale de la réalisatrice, tandis qu’elle y a aussi posé sa caméra dans sa maison d’enfance, alors que son scénario a été écrit avec l’idée d’y tourner, là où elle a grandi, chez son père, alors que ses parents étaient séparés.

Résumé : Depuis que sa femme est partie, Mario tient la maison et élève seul ses deux filles. Frida, 14 ans, lui reproche le départ de sa mère. Niki, 17 ans, rêve d’indépendance. Mario, lui, attend toujours le retour de sa femme.

La critique de Julien

On ne s’y attendait pas, et pourtant... Avec cette histoire de famille chamboulée par le départ du domicile conjugal de la figure maternelle, « C’est ça l’Amour » agit sur nous comme une bouillotte, un soir d’hiver très rude. On ne voudrait jamais s’en séparer.

Pour son premier long métrage en solitaire, Claire Burger s’est inspirée de son vécu, et plus précisément de la séparation de ses parents, mais davantage encore de la personnalité de son père, et de son rapport à la transmission. D’après ses dires, c’est d’ailleurs ce dernier qui lui a permis (ainsi qu’à sa sœur) de s’affirmer en tant que femme forte, et d’oser s’affirmer. Dans « C’est ça l’Amour », il est donc question de Mario (Bouli Lanners), un agent de la fonction publique travaillant à la sous-préfecture, lequel voit son épouse quitter le foyer, lui laissant dès lors le soin de s’occuper de ses deux filles, Frida (14 ans) et Niki (17 ans), le temps, pense-t-il, qu’elle régénère ses batteries. Sauf que Mario ne s’en sort pas, tandis qu’il semble avoir été un meilleur père qu’il n’a été un mari... Père et filles devront alors faire face à l’incompréhension mutuelle, et surmonter cette période de crise, avec autant d’amour que de violence.

Drame familial et social, ce film est un bijou de sensibilité et de justesse. Certes, les quelques lignes du scénario n’augurent rien de très trépidant, et pourtant ! On apprécie d’abord ce triple portrait aussi tendre que sauvage dans ses émotions. Il y a bien entendu ce père dévoué pour ses filles, tendre, délicat, et loin des clichés de la virilité, lequel se mettra même à suivre une pièce de théâtre (inspirée par « Atlas », mise en scène par Ana Borralho et João Galante) en espérant se faire entendre par sa femme, y travaillant, étant donné qu’il est en plus question d’une œuvre où chaque participant doit trouver une phrase qui le raconte. Et autant dire que les mots de cet homme, finalement bien plus féminin que masculin dans sa personnalité, résonneront jusqu’au plafond du théâtre... Dans ce rôle, Bouli Lanners est tout simplement merveilleux. Et si on devait le dire comme ça, alors oui, ce personnage est sans doute sa plus belle incarnation pour le grand écran. Notre nounours national est ici d’une beauté incommensurable. On n’ose dès lors imaginer l’admiration que porte la réalisatrice pour son père, tellement l’écriture du rôle principal est éloquent de sensibilité, et de bonté, malgré ses faiblesses relationnelles avec les femmes.

L’écriture de deux filles brille aussi par sa force, son humanité et sa fougue. Niki (Sarah Henochsberg), tout d’abord, est mature, et aide son père dans la tâche, tandis qu’elle joue le rôle de tampon entre sa petite sœur et son père, là où c’est plus compliqué. Si Niki est en couple, la demoiselle ne veut pourtant pas s’emballer, ni croire au prince charmant. Autant dire que la situation de ses parents n’y est pas pour rien dans sa manière de voir les choses. Et puis, il y a Frida (Justine Lacroix), la cadette, laquelle en veut terriblement à son papa, et ne souhaite qu’une chose, soit de vivre avec sa maman, tandis qu’elle découvrira au même moment sa sexualité...
L’écriture des dialogues elle aussi en dit énormément sur tout le mal-être vécu par ces membres de famille, déchirés par l’aspect inconfortable de leur situation, dans l’espoir (vain) de pouvoir reformer une famille unie. Avec authenticité et réconfort, les mots choisis touchent, tout comme, à l’opposé, les faits et gestes de certains caractères détonnent. Mais nul doute que dans ces moments-là, l’esprit est dépassé, et les émotions sont confuses. Dès lors, l’humain n’agit pas comme d’accoutumée, pour alors se forger une carapace. La réaction de chacun des membres de cette famille est ainsi propre à sa condition, et ébloui par son réalisme.

Alors même si ce n’est pas du grand cinéma d’un point de vue formel, le film met à profit sa mise en scène naturaliste pour nous rapprocher au plus près de ses personnages, émouvants au possible, et totalement irrésistibles. Feutré de grands moments de lumière, « C’est ça l’Amour » est d’une intensité authentique, aussi bien dans ses interprétations que sa représentation de la paternité, ou que dans sa manière de traiter de la séparation, sans jugement ni rancœur. Attention, gros coup de cœur.



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