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Angus MacLane
Buzz l’Éclair (Lightyear)
Sortie du film le 15 juin 2022
Article mis en ligne le 21 juin 2022

par Julien Brnl

Genre : Film d’animation, film familial

Durée : 100’

Acteurs : Chris Evans, Keke Palmer, Taika Waititi, Peter Sohn, James Brolin, Efren Ramirez...

Synopsis :
La véritable histoire du légendaire Ranger de l’espace qui, depuis, a inspiré le jouet que nous connaissons tous. Après s’être échoué avec sa commandante et son équipage sur une planète hostile située à 4,2 millions d’années-lumière de la Terre, Buzz l’Eclair tente de ramener tout ce petit monde sain et sauf à la maison. Pour cela, il peut compter sur le soutien d’un groupe de jeunes recrues ambitieuses et sur son adorable chat robot, Sox. Mais l’arrivée du terrible Zurg et de son armée de robots impitoyables ne va pas leur faciliter la tâche, d’autant que ce dernier a un plan bien précis en tête...

La critique de Julien

Personnage emblématique de la franchise « Toy Story », le célèbre Ranger de l’Espace Buzz l’Éclair a droit aujourd’hui à son propre film, lequel n’est cependant pas une suite, mais bien un spin-off. Vous êtes-vous ainsi déjà demandé quel film le jeune enfant Andy Davis (vu dans « Toy Story ») avait-il vu pour autant s’intéresser à cette figurine d’action, reçue en 1995 ? Car « Buzz l’Éclair », tel qu’on nous l’informe en intertitre du film, en est justement inspiré, lui qui est une aventure spatiale visant les contrées galactiques, « vers l’infini, et au-delà »...

Premier film de Pixar depuis « En Avant » (2020) à bénéficier d’une sortie en salles en raison de la pandémie de COVID-19, « Buzz l’Éclair » s’est pourtant vu refuser un visa d’exploitation dans treize pays, en raison d’un baiser - pourtant très fugace - entre deux personnages féminins. Or, cette scène avait été initialement coupée du montage du film, avant d’y être réintroduite suite au projet de loi sur les droits parentaux dans l’éducation de la Floride, interdisant ainsi l’enseignement en classe sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre de la maternelle à 3e année du secondaire, et envers laquelle s’est opposé le PDG de Disney, Bob Chapek. La censure donc, plutôt que l’auto-censure, MacLane et son équipe ayant voulu réaliser le film qu’ils souhaitent montrer, tandis que la productrice américaine Galyn Susman a déclaré lors d’un entretien en visio qu’ils ne souhaitant pas changer leur film pour « quelques pays avec - faute de meilleur terme - des croyances rétrogrades ». Tout ça pour dire que Disney, dans sa tentative maladroite de défense des droits LGBTQIA+, a malheureusement éclipsé son film lui-même avant sa sortie en salle. On ne saura jamais vraiment le vrai du faux là-dedans, mais une chose est certaine : le débat fait rage, alors qu’il ne devrait pas avoir lieu d’être...

Tandis qu’il travaille chez Pixar Animation Studios depuis 1997 et a notamment coréalisé « Le Monde de Dory » (2016), Angus MacLane s’est donc posé la question quant à l’amour d’Andy pour Buzz, lui qui a toujours été intéressé par ce personnage. Tandis que ce dernier avait déjà été introduit dans le direct-to-video « Buzz Lightyear of Star Command : The Adventure Begins » (2000), servant de pilote d’une série télévisée dérivée du même nom (2000-2001), ce film ne revient donc pas sur les origines du jouet, mais bien sur l’histoire qui se cache derrière ce jouet, produit dérivé d’un dessin-animé, que Disney/Pixar nous propose donc de découvrir à notre tour. C’est d’emblée la meilleure raison de découvrir ce « Buzz l’Éclair », qui est ainsi une originale mise en abyme, soit un film dans un film, lequel peut donc être vu avec le même regard de spectateur qu’Andy, lorsqu’il l’a découvert en étant adolescent, et donc à prendre comme tel, lui qui n’est pas censé exister dans notre univers, mais bien celui de « Toy Story ». La démarche est ainsi intéressante, bien qu’elle s’empare d’une valeur sûre du catalogue de Pixar, visant dès lors à amasser, non pas des pluies d’étoiles filantes, mais bien de millions de dollars. Or, dans l’absolu, force est de constater que « Buzz l’Éclair » est une aventure SF à l’ancienne, fort sympathique, bourrée de clins d’œil à « Toy Story », mais située à des années-lumière des standards et des meilleurs scénarios de Pixar. C’est que le film qu’a vu Andy à l’époque n’est pas un chef-d’œuvre, lequel ne nous rendra pas aussi fan qu’il l’est de ce personnage, lui qui a pourtant bercé, quelque part, notre enfance, et même notre adolescence !

Outre l’idée de départ, on apprécie pourtant également toute la première partie du film, au travers de laquelle on découvre Buzz l’Éclair, ce Ranger de l’Espace, se dépassant pour le bien commun, prêt à risquer sa vie pour celle des autres. Et c’est justement de quoi il sera vite question ici, étant donné que Buzz cherchera à tester un carburant de l’hyperespace, indispensable pour la réparation du vaisseau de Star Command, après l’avoir crashé sur la planète T’Kani Prime, lors de l’exploration de celle-ci avec son commandant et meilleur ami, Alisha Hawthorne, eux qui y ont élu domicile avec tout son équipage. Mais ces tests auront de lourdes conséquences sur la vie de Buzz, tandis que le mystérieux empereur Zurg cherchera à l’arrêter dans sa mission... Cette première partie du film parvient ainsi à nous satisfaire par l’héroïsme, le dévouement qui s’en dégage, et donc la volonté qu’a le personnage de sacrifier sa vie et ses relations pour arriver à sauver tout le monde, dont son ami Alisha, afin qu’ils retrouvent leur maison. Et étonnamment, le phénomène de dilatation du temps et l’émotion font ainsi éphémèrement bon ménage dans ces premières minutes de « Buzz l’Éclair », avant de se dissiper au sein d’un dessin-animé qui vise l’action en non-stop, de là à engendrer un rythme monotone, alambiqué, duquel ne ressort que de rares scènes. Heureusement, Buzz s’y verra confronter (avant tout) à lui-même et à son arrogance têtue, lequel est persuadé de pouvoir affronter seuls tous les problèmes qu’il rencontre, avant de comprendre que le travail d’équipe est indispensable à la réussite, lui qui, également, passe finalement à côté de sa vie pour celle des autres... Le film d’Angus MacLane construit alors son récit autour d’une quête initiatique plutôt inspirante, et de thèmes physiques et astrophysiques aussi audacieux les uns que les autres, mais traités en surface, comme le principe de voyage dans le temps, de vitesse relative, ou de la réalité temporelle, lesquels échapperont aux enfants, tandis que les adultes, eux, ressentiront un sentiment de déjà vu (on vous laisse deviner où) vis-à-vis de ceux-ci.

Qui dit film familial, dit bien évidemment personnages secondaires. Or, il aurait été triste pour Buzz d’accomplir seul sa mission, lequel va ainsi être rejoint par une milice composée d’une jeune fille intrépide, d’une recrue maladroite cherchant à mettre à profit un stylo issue de sa combinaison, ou encore une ex-détenue âgée sous liberté conditionnelle. Cependant, ce joli petit monde n’arrive pas à pleinement exister, où à rebondir sur les portes qu’il ouvrait (sans ne rien en révéler). A contrario, un chat robotique (appelé Sox) crève ici l’écran, lequel est véritablement l’atout humoristique majeur du film. Et puis, il y a bien évidemment Zorg, l’ennemi juré du ranger, dont le traitement scénaristique tente quelque chose de plutôt fou, voire d’un peu trop abstrait, surtout quand on sait que ce film est avant tout destiné au jeune public, même si les générations « Toy Story », qui n’ont finalement pas (plus) d’âge, iront bien évidemment le voir.

Enfin, d’un point de vue technique, l’animation de « Buzz l’Éclair » ne révolutionne en rien celle de Pixar, elle qui rend plutôt ici hommage aux films de science-fiction avec lesquels MacLane a grandi. Décors, accessoires et vaisseaux puisent alors leurs inspirations dans un catalogue bien vaste de la SF, mais propre à Buzz l’Éclair. C’est d’ailleurs avec beaucoup de plaisir qu’on découvrira ici l’utilité de quelques fonctions du jouet d’Andy... Quant à la bande-originale de Michael Giacchino (pour sa huitième collaboration avec Pixar), elle manque le coche, et peine à décoller, au même titre finalement que le film...



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