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CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour RCF.

Lee Chang-Dong
Burning (Beoning)
Sortie le 29 août 2018
Article mis en ligne le 22 août 2018
dernière modification le 5 septembre 2018

par Charles De Clercq
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Un film poétique et énigmatique... qui reste une énigme jusqu’au terme !
Vous brûlez d’en savoir plus ? Lisez la critique et surtout allez voir le film ! 101/100

Synopsis : Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, qui le séduit immédiatement. De retour d’un voyage à l’étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux. Alors que s’instaure entre eux un troublant triangle amoureux, Ben révèle à Jongsu son étrange secret. Peu de temps après, Haemi disparaît…

Acteurs : Ah-in Yoo, Steven Yeun, Jong-seo Yun

Le coréen Lee Chang-Dong nous offre ici son troisième long-métrage, bien loin des blockbusters d’action auxquels son pays nous a habitués. Burning est un film d’auteur, poétique qui prend son temps pour se livrer sans cependant livrer ses secrets (à supposer qu’il y en ai). Notre enthousiasme pour le film risque de ne pas être partagé par tous, si ce n’est par beaucoup tant la lenteur de son rythme pourra déstabiliser même s’il génère une certaine tension et de nombreuses interrogations. Si vous n’êtes pas prêts à vous laisser transporter par le film, son et ses ambiance(s), ses trois protagonistes principaux et son ancrage coréen, il vous faudra, soit attendre l’avis d’autres critiques (ou d’amis), soit tenter l’expérience dont vous pourriez sortir enchantés si vous n’avez pas quitté la salle avant la fin !

Il est difficile de raconter l’histoire, de dévoiler l’intrigue au risque de (trop) spoiler, quoi que, le dévoilement même de l’intrigue n’aide pas vraiment à mieux entrer dans le film, tant les interprétations sont multiples, les pistes nombreuses et la poésie omniprésente ! Le réalisateur adapte une nouvelle du japonais Haruki Murakami (et la transpose en Corée), Les granges brûlées, extraites d’un recueil : L’éléphant s’évapore !

Au sujet de cette adaptation, la co-scénariste OH Jung-mi dit au réalisateur : « Il me semble que pas mal de gens vont être assez surpris par ton choix d’adapter ce texte de Murakami. N’est-ce pas le genre d’histoire, où ’il ne se passe rien’, que tu conseilles à tes étudiants d’éviter ? » (C’est nous qui soulignons). Lee Chang-Dong répond : « Lorsque tu m’as conseillé de lire cette nouvelle, elle m’a un peu déconcerté, parce que c’est une histoire assez mystérieuse, mais où, en effet, il ne se passe rien. Cependant, j’ai fini par partager ton point de vue : ce mystère recèle une dimension très cinématographique. On allait pouvoir en faire quelque chose de plus grande ampleur et de plus complexe. Ces trous béants dans l’enchaînement des événements, la pièce manquante qui nous empêche de connaître la vérité, font référence au monde mystérieux dans lequel nous vivons aujourd’hui, ce monde dans lequel on sent bien que quelque chose ne va pas, sans pourtant réussir à expliquer précisément de quoi il s’agit. »

Nous prévenons d’emblée : les notes vous trouverez dans cet article contiennent des spoilers, des révélations donc, qu’il est préférable de ne lire qu’après la vision du film.

Le film se situe aux frontières. Le pluriel est nécessaire ici. A commencer par celle entre deux Corée. Ensuite celle entre riches et pauvres, ainsi Jongsu, pauvre et avec une vieille camionnette déglinguée, et Ben (au nom occidental !), très riche avec une très luxueuse voiture ; et celle entre la ville et la campagne ou encore entre l’amour et la haine, entre le doute et l’espérance. Avouez que vous n’êtes pas ici plus avancés...

Poursuivons donc ou, plutôt avançons ! Il sera question d’une mandarine invisible et d’un chat qui l’est tout autant, dont le nom est plutôt une onomatopée en coréen, liée à l’endroit où Haemi l’a découvert (et donc diversement traduite dans les diverses langues des sous-titres !). Il est question aussi, près de la frontière avec la Corée du Nord (soit où habite Jongsu, l’endroit qui l’a vu naître, ainsi qu’Haemi qui fut alors sa voisine) d’un petit veau femelle. Si Haemi tire le diable par la queue, Jongsu est écrivain ou, du moins, rêve de l’être, tandis que Ben, lui, brûle d’une autre passion qu’il confie un jour à Jongsu [1]. Il y est également question d’un puits dont Jongsu ne se souvient plus, au contraire de Haemi. Ajoutons-y une cour de tribunal où le père de Jongsu est jugé ou encore une montre cheap au poignet d’un des protagonistes et/ou dans un tiroir.

Continuons ou plutôt, courrons, tout comme Jongsu qui se déplace au pas de course d’un endroit du pays à l’autre en quête de serres délabrées, ou avec sa camionnette pour suivre un Ben bien curieux dont il ne sait pas grand-chose, pas plus que nous d’ailleurs, si ce n’est son habitude de rassembler des amis pour faire la fête chez lui... mais où il baille d’ennui ! C’est une course enfin (qui n’enlève cependant rien au rythme lent du film !) pour savoir ce qu’il est advenu de Haemi. Et en ce lieu-là, la place est ouverte à toutes les interprétations de la part de Jongsu (et du spectateur). L’on sent que le cœur de Jongsu se consume, alors même qu’une pierre a été enlevée de celui de Haemi. Mais jusqu’où se consumera-t-il ? Peut-on s’enflammer d’amour ? Et comment alors brûler par amour lorsqu’un triangle amoureux est supposé ou craint ? Et dans ce cas, jusqu’où doit-on se dépouiller, se mettre à nu lorsque l’on ne trouve pas l’objet de son amour. Est-ce qu’il a existé d’ailleurs ? Dans les pages d’un roman ou dans le cœur d’un homme pauvre et meurtri qui, dans un dernier acte (ici à sens multiples) va se débarrasser d’un veau maintenant devenu génisse.

Tant de questions sont soulevées par le film et elles restent longtemps dans le cœur du spectateur qui sera récompensé d’être resté jusqu’au bout. Se sera-t-il senti tomber dans un puits ? S’y noiera-t-il ou, si ce puits existe, est-il complètement sec, aride... sans danger, mais aussi sans vie ?

Et puis (on joue sur les mots, après le puits, désolé !) il y a également une dimension politique ; ce n’est pas pour rien que l’on entend les haut-parleurs de la Corée du Nord gueuler leur propagande... où les menaces d’un certain Donald ! Enfin, est-ce que ce triangle amoureux... sans amour ne serait pas le symbole d’un pays qui ne peut vivre ses contradictions et se trouve face à un mur [2].

Et cette tour-là [3] ne permet pas de faire le tour du film qui laisse probablement plus de questions que de réponses.

Diaporama

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(c) 2018 Pinehouse Film

Bande-annonce

Notes :

[1(à savoir brûler tous les deux mois des serres en plastique qui sont abandonnées et qui (lui) semble être un fléau dans le paysage de son pays)

[2(ainsi quand Jongsu fait l’amour avec Haemi dans sa maison, ne voit plus celle-ci, mais un mur nu, quasiment délabré, alors qu’elle dit qu’elle ne voit le soleil qu’une fois par jour, dans le reflet d’une haute tour qu’elle voit par la fenêtre)

[3(cf. note précédente)


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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