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CINECURE
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David Leitch
Bullet Train
Sortie du film le 03 août 2022
Article mis en ligne le 23 août 2022

par Julien Brnl

Genre : Action, comédie

Durée : 127’

Acteurs : Brad Pitt, Aaron Taylor-Johnson, Joey King, Hiroyuki Sanada, Zazie Beetz, Michael Shannon, Andrew Koji, Logan Lerman, Brian Tyree Henry...

Synopsis :
Cinq assassins se retrouvent dans un train à grande vitesse en provenance de Tokyo à destination de Morioka, avec seulement quelques arrêts entre les deux stations. Ils découvrent que leurs missions respectives ne sont pas sans rapport les unes avec les autres. Qui va sortir vivant du train et qu’est-ce qui les attend à la gare ?

La critique de Julien

Basé sur le roman « Maria Beetle » (2010) de Kōtarō Isaka, « Bullet Train » met en vedette un certain Brad Pitt dans le rôle de « Coccinelle » (« Ladybug » en VO), un assassin chevronnée mais malchanceux, en plein questionnement existentiel, et sur le départ, lequel remplace pourtant au pied levé l’un de ses collègues, afin de récupérer une mallette dans un train à grande vitesse Tokaido Shinkansen Hikari, entre Tokyo et Kyoto. Sauf que le contenu de cette mallette sera bien évidemment courtisé par d’autres mercenaires, eux-mêmes à la merci d’un chef russe d’une organisation criminelle japonaise. Sans compter sur d’autres fauteurs de troubles, bien décidés à se venger de certains de ses (futurs) passagers, derrière leurs faux-semblants ou déguisements...

Réalisé par le cascadeur (ancienne doublure attitrée du Brad Pitt !), coordinateur de cascades et producteur David Leitch, à qui l’on doit les survoltés films d’action « John Wick » (2014), « Atomic Blonde » (2017), « Deadpool 2 » ou encore « Fast and Furious : Hobbs and Shaw » (2019), ce huis clos est loin d’être une promenade ferroviaire de santé pour ses membres d’équipage rocambolesques ! Efficace et sans (véritable) temps morts, malgré des dialogues impertinents, bêtes et lourdingues, et des notes d’humour pas toujours réussies, « Bullet Train » est un divertissement estival qui se laisse (agréablement) regarder, lequel ne cache pas ses inspirations (le manga, Tarantino, Rodriguez, etc.), tout en mettant en scène une intrigue à tiroir sous forme de règlement de comptes, comme on en a déjà vu des dizaines. Au final, on s’avère être même quelque peu dépassés par toutes les révélations et ficelles qui lient ses différents personnages, de là à avoir du mal à les démêler. Qu’importe, nous ne sommes pas venus là pour son scénario, loin d’être original, mais plutôt train-train. Cependant, on se laisse amuser par ses quelques coups bas ultra violents entre personnages, et ses caméo non-crédités, bien qu’impersonnels.

Niveau crédibilité, « Bullet Train » n’y va pas par quatre-chemins, et en abuse sacrément, à l’image de la scène finale, totalement improbable. À cet égard, le cinéma de Leitch se révèle ici maniéré à souhait, lequel ne lésine pas sur de poussifs ralentis, ou des scènes cons et débridées, alors agrafées au voyage (entre classes), majoritairement ici sous forme de flash-back, histoire de pimenter ses effets, et surtout de (re)contextualiser les motivations - assassines - de ses passagers, qui sont près d’une dizaine.

Nous ne sommes donc pas étonnés de la part de son réalisateur d’y voir ici de nombreuses scènes d’action (gores) en tout genre, où le sang coule à flots, lesquelles sont très chorégraphiées. Gérant l’espace de narration sans pour autant réussir à innover leur utilisation, David Leitch fait donc ce qu’il sait faire à la fois de mieux et de pire, sur un ton décalé, et à du 285km/h. Tourné à Los Angeles alors que l’intrigue se situe au Japon, on passera vite fait (!) devant les écrans LED nauséabonds utilisés pour les extérieurs, donnant aux acteurs l’impression d’une immersion, et aux spectateurs celle d’un gloubi-boulga numérique. Les acteurs, justement, en font quant à eux parfois des tonnes (Aaron Taylor-Johnson en tête), tandis que Brad Pitt joue au tueur devenu pitre de service désabusé, en quête de zenitude, tombé malgré lui dans la cage au lion (et au serpent), lequel, certes dans un rôle de malchanceux, s’en sort toujours (plus ou moins) indemne, lui qui se défend à la manière d’un homme qui évite de se battre, mais avec l’expérience qu’il a acquise sur le terrain. Cela donne ainsi à voir quelques scènes grandiloquentes assez drôles. Parallèlement, Brian Tyree Henry (vu récemment dans « Les Éternels » de Chloé Zhao chez Marvel Studios) est sans doute l’un des meilleurs personnages du film, soit une véritable locomotive assez fun, assimilant (pour la petite plaisanterie) les personnes qu’il rencontre aux différents caractères présents dans le dessin animé « Thomas et ses Amis » (1984, créé par Britt Allcroft, d’après les livres de Wilbert Vere Awdry). Il fallait donc y penser, au contraire du blanchiment par lesquels sont passés les personnages japonais du roman de Kōtarō Isaka. Accusé pour cela, et notamment par la Japanese American Citizens League, « Bullet Train » est en effet un blockbuster hollywoodien visant à attirer le public, d’où la nécessité de grandes stars anglophones, outre la présence en rôle secondaire de la star locale Hiroyuki Sanada. Défendant cette adaptation, l’auteur Isaka, pour qui les personnages fictifs de son histoire sont « ethniquement malléables », a d’ailleurs été critiqué pour avoir « vendu son travail et son âme » à Hollywood, tandis que le scénariste du film, Zak Olkewicz, a déclaré qu’il s’agissait d’une histoire qui pouvait « transcender la race ». La situation est bien évidemment bien plus compliquée que cela, mais elle soulève un point encore bien présent dans le cinéma hollywoodien, à savoir son appropriation d’œuvres originales tout en les vidant de leur identité et substances, pour une exploitation - sans scrupule - à son image...

N’en déplaise de la machinerie dont il fait partie, de son trop-plein de surenchère ou encore de son scénario inutilement alambiqué, « Bullet Train » est bien plus tripant et rythmé qu’un aller-retour, en second classe, en voyage en omnibus ou direct, entre toute gare confondue. Certes, on exagère, mais on le fait à l’image de ce film, toutefois honnête en divertissement (surtout au sein d’un été cinématographique tranquille en termes de grosses productions), et sans pour autant prendre le spectateur pour un crétin (totalement) fini, ni révolutionner le genre...



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