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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Nanouk Leopold (2013)
Boven is het stil
Article mis en ligne le 1er septembre 2014
dernière modification le 29 novembre 2014

par Charles De Clercq
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Mon coup de cœur (et coup de tête !) de ce festival.
Celui-ci tire à sa fin, la fatigue est là ; les journalistes de moins en moins présents (et pour certains, il y a de bonnes raisons : passer à l’université pour les résultats, par exemple !). Voir plusieurs films (pas toujours faciles) d’affilée, ce n’est pas une sinécure (oserais-je, une « cinécure » ?) et c’est loin d’être détente et oisiveté.

Alors, ce film hollandais, c’est plutôt un ’sens du devoir’ qui m’incitait à aller le visionner en séance publique. Alfons E., journaliste néerlandophone, m’avais signalé le matin même combien ce film était touchant, sans m’en dire vraiment beaucoup plus.

Le dossier presse précisait, lui : Le Waterland, au nord de la Hollande, un plat pays plombé par un ciel trop bas. Ici vit le père, un grabataire. Ici survit le fils, qui rêvait de partir en ville mais qui a dû prendre en main les rênes de la ferme... Aujourd’hui, à 50 ans, il a décidé d’être à l’écoute de ses envies.
Une existence bafouée, rongée par des sentiments refoulés. L’austérité pour décupler l’émotion. La Hollandaise Nanouk Leopold (Wolfsbergen, Guernesey) adapte le best-seller de son compatriote Gerbrand Bakker (Là-Haut, tout est calme) dans un film subtil, à l’extrême et élégante rigueur. Du travail de dentellière.

La réalisatrice était présente au début du film, ainsi que l’acteur belge Wim Opbrouck. Je me demandais pourquoi l’acteur principal Jeroen Willems n’était pas présent ; je n’ai compris qu’au générique final qui rendait hommage à cet acteur décédé quelques temps après le tournage, à 50 ans, d’une crise cardiaque.

Question générique, dès celui de début, le ton était donné. Nous serons dans la campagne, à ras du sol, des « glébeux ».

Nous y découvrons Helmer, paysan, la cinquantaine, confronté à son père, malade, qu’il va reléguer à l’étage. Ce père sans cesse présent - au moins dans l’esprit - et pesant sur les épaules du fils, n’en finit pas de ne pas mourir !

Le film est d’une implacable, éprouvante, insupportable et désespérante lenteur.
Mais celle-ci est essentielle et absolument nécessaire à cette œuvre où les silences pesants (tous les dialogues tiendraient sur une page A4) en disent beaucoup sur la chape de plomb qui entoure les principaux protagonistes, sur leur mal-être et leur mal de vivre.

Helmer, on le comprendra sur la longueur, a perdu son frère. Pour son père, celui qui est vivant n’est pas celui qu’il voulait et dont il rêvait. Helmer n’avait d’autre choix que de rester et reprendre la ferme. Aucune place pour son désir et son identité. Ses regards en biais cachés, qui tentent de ne pas se poser sur le transporteur de lait (joué par Win Opbrouck) en disent énormément sur la frustration et l’identité affective non exprimée, non assumée ni même comprise.

Le bref passage d’un jeune ouvrier agricole, confronté à de semblables désirs, tentera de manifester le sien (un peu à l’image de Terence Stamp, le ’visiteur’ dans Teorema de Pasolini, 1968). Ce visiteur, cet ouvrier (remarquable Martijn Lakemeier qui n’avait pas encore 20 ans au moment du tournage) ne fera que cette unique rencontre, inassouvie, source de pleurs, et quittera le travail, la ferme et Helmer...

Celui-ci s’en retourne à la glaise, façon de parler, à sa ferme, levant parfois les yeux pour voir un oiseau, non dans le ciel, mais dans les arbres... toujours silencieux, jusqu’à transporter des agnelets mort-nés...

Rien à l’horizon. Le frère est mort. Le transporteur de lait est retourné à Mechelen, chez sa soeur cadette ; le journalier s’en est parti. Helmer est là, seul, enfermé dans son quotidien, avec le père qui à l’étage, pèse de son poids (physique - il lui est difficile de le porter - et surtout de son joug moral ou plutôt psychologique). Rien. L’horizon et l’avenir sont barrés, clos.

Et c’est ensuite (enfin !?) la mort du père, celui qu’il va veiller toute la nuit pour lui clore les yeux et fermer la bouche le matin...

Puis, les funérailles et les retrouvailles de celui qui n’avait d’yeux que pour lui, le transporteur de lait. Fragilité et difficultés d’une potentielle relation ?

Une rédemption paraît se dessiner, sans pouvoir « mots dire » !

Cliquez sur les illustrations pour les agrandir.


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