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Luca Guadagnino
Bones and All
Sortie du film le 23 novembre 2022
Article mis en ligne le 7 décembre 2022

par Julien Brnl

Genre : Drame, romance, horreur

Durée : 130’

Acteurs : Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg, Taylor Russell, Mark Rylance, Chloë Sevigny, David Gordon Green, Jessica Harper...

Synopsis :
Maren part à la recherche de sa mère et rencontre Lee, un adolescent à la dérive qui va l’embarquer dans un road trip enflammé sur les routes de l’Amérique profonde. Leur amour naissant sera-t-il suffisamment fort pour résister à leurs démons, leur passé et le regard d’une société qui les considère comme des monstres ?

La critique de Julien

Présenté à la Mostra de Venise 2022 où il a remporté le Lion d’argent du meilleur réalisateur pour Luca Guadagnino et le prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir pour Taylor Russell, « Bones and All » permet au cinéaste de rediriger Timothée Chalamet après « Call Me By Your Name » (2017), lequel l’a révélé aux yeux du monde, en lui ouvrant ainsi véritablement les portes d’Hollywood. Face à lui, on y retrouvait alors un certain Armie Hammer, sur lequel repose actuellement des allégations d’abus sexuels et de fétichisme cannibale, lesquelles l’ont complètement écarté d’Hollywood. Étrange coïncidence ici puisque le nouveau film du cinéaste italien, basé sur le roman « Bones & All » (2015) de Camille DeAngelis, a pour sujet une romance entre deux jeunes cannibales, lesquels fuient ensemble, dans les années 80, lors d’un road trip à travers les États-Unis, en quête de liberté, mais surtout à la recherche de la mère de Maren (Russell), elle qui est livrée à elle-même, le tout avec l’aide de Lee (Chalamet), un vagabond marginal à peine plus âgé qu’elle, lesquels tomberont intensément amoureux...

« Bones and All » raconte une quête initiatique mêlée à une histoire d’amour dévorante, jusqu’à l’os, et dès lors impossible, étant donné la condition de ses deux partenaires, bien que c’est justement leur amour qui leur permettra ici de s’éloigner de leurs démons, à savoir le cannibalisme. Luca Guadagnino nous installe alors à la table d’un drame fantastique, lequel nous immerge tout d’abord dans la vie d’une demoiselle, laissée seule par son père, lequel avait prévu depuis longtemps de l’abandonner à ses dix-huit ans, lui laissant au passage une petite somme d’argent, son certificat de naissance, et un enregistrement sur bande-audio, sur laquelle il y révèle les différents épisodes cannibales de sa fille, en lien avec une baby-sitter et un camarade de classe, tout en étant effrayé par le manque de remords de Maren, lesquels l’ont ainsi motivé à fuir. À l’issue de sa rencontre avec Sully (Mark Rylance, effrayant), un vieil homme excentrique gardant des mèches de cheveux de ses victimes, lequel est également un « mangeur », Maren croisera la route de Lee, dans une épicerie de l’Indiana. De révélations personnelles et familiales, à la libération de leurs pulsions, jusqu’à s’en dégouter eux-mêmes, « Bones and All » ne passe certainement pas à côté de ce qu’il veut montrer de son sujet, son metteur en scène parvenant même à sublimer les scènes où ses personnages s’adonnent au cannibalisme, afin de se nourrir, Guadagnino les filmant avec complaisance, et autant de cruauté que de sensualité, pour un résultat aussi réaliste que semblent l’être les sentiments qu’éprouvent mutuellement ces jeunes adultes, qui n’ont d’autres choix que de fuir pour vivre...

La photographie d’Arseni Khatchatouran, parcourant les paysages de Chillicothe et de Cincinnati dans l’Ohio, ainsi que la musique envoutante et enivrante de Trent Reznor et d’Atticus Ross participent ici au sentiment diffus de désir sans fin qui traverse ce film. Plutôt inédit dans son genre, « Bones and All » est porté par des moments de grâce, hors du temps, Luca Guadagnino prenant d’ailleurs - comme à son habitude - le temps d’installer ses caractères, et sans doute un peu trop, sa mise en scène étant beaucoup trop monotone que pour parvenir à se tenir sur la longueur. De plus, son film part dans plusieurs directions, sans jamais réussir à les transcender, ni à nous captiver pleinement, l’ensemble manquant de corps, de tripes, au regard du jeu de Timothée Chalamet, sans grande épaisseur, malgré un style physique qui lui va plutôt bien, lui qui est heureusement porté par l’interprétation habitée de la jeune Taylor Russell (vue dans les thrillers « Escape Game »), dans la peau d’une demoiselle tiraillée par ses besoins et les nouvelles émotions qu’elle (se) découvre. On s’ennuie dès lors autant qu’on est fasciné par la beauté à la fois pure et sanglante de « Bones and All », contradictoirement à la chair fraîche qui en est extirpée de pauvres victimes, et qui pourrait en révulser certains, même si on sait à quoi s’en tenir au minimum lorsque l’on va voir un tel film. Mais le pouls du film est bien avant tout une histoire d’amour, ayant le mérite de franchir des zones taboues, assez méconnues, et donc intéressantes, sans aller pourtant jusqu’au bout de ce qu’elle tente d’éviscérer...



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