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Yann Gozlan
Boîte Noire
Sortie du film le 08 septembre 2021
Article mis en ligne le 17 septembre 2021
dernière modification le 19 septembre 2021

par Julien Brnl

Genre : Drame, thriller

Durée : 129’

Acteurs : Pierre Niney, Lou de Laâge, André Dussollier, Sébastien Pouderoux, Olivier Rabourdin, Aurélien Recoing, Guillaume Marquet, Mehdi Djaadi...

Synopsis :
Que s’est-il passé à bord du vol Dubaï-Paris avant son crash dans le massif alpin ? Technicien au BEA, autorité responsable des enquêtes de sécurité dans l’aviation civile, Mathieu Vasseur est propulsé enquêteur en chef sur une catastrophe aérienne sans précédent. Erreur de pilotage ? Défaillance technique ? Acte terroriste ? L’analyse minutieuse des boîtes noires va pousser Mathieu à mener en secret sa propre investigation. Il ignore encore jusqu’où va le mener sa quête de vérité.

La critique de Julien

Après leur précédente collaboration sur « Un Homme Idéal » (2015), le réalisateur, scénariste et producteur associé Yann Gozlan retrouve Pierre Niney pour un thriller paranoïaque qui nous amène dans un univers pour le moins méconnu, mais ô combien intéressant que celui de l’aéronautique et de l’aviation civile, et cela par le biais du BEA, soit le bureau d’enquêtes et d’analyses chargé d’enquêter sur les incidents et accidents d’avions. Et pour cause : « Boîte Noire » raconte l’enquête liée au crash fictif d’un vol Dubaï-Paris en Haute-Savoie, par un agent du bureau en question, Mathieu Vasseur (le même nom de personnage que Pierre Niney jouait déjà dans leur précédente collaboration), alors que les raisons de la catastrophe sont inconnues, et la boîte noire CVR (Cockpit Voice Recorder), qui enregistre tous les bruits et conversations entre les pilotes dans le cockpit, peu audibles... Alors que sa compagne Noémie (Lou de Laâge) vient de montrer en grade pour un poste à haute responsabilité pour la compagnie aérienne qui vient de perdre cet avion, Mathieu va récupérer l’enquête après la disparition mystérieuse de son supérieur hiérarchique Victor Pollock (Olivier Rabourdin). Sauf que cette affaire va tourner à l’obsession, alors que Mathieu est persuadé d’une théorie du complot...

D’une part, la réalisation de Yann Gozlan est rigoureuse et parfaitement menée à terme. La tension se fait ressentir de bout en bout, et l’on plonge dans l’inquiétude de cet homme prêt à tout pour, finalement, réaliser correctement le boulot pour lequel il est employé. Et le rôle que Pierre Niney interprète-là est une invitation à entrer dans la tête d’un personnage acousticien dans l’aviation que nous n’avons, de mémoire, jamais côtoyé au cinéma (on se souvient récemment de François Civil dans « Le Chant du Loup » de Antonin Baudry, sauf que son personnage exerçait dans un sous-marin). Dès lors, l’expérience est inédite, et complexe, étant donné sa position, et ses compétences, reposant sur ses capacités, principalement ici auditives, lui qui est chargé d’interpréter tout ce qu’il entend lors des écoutes de boîtes noires. Or, les bribes d’enregistrements sonores, souvent de mauvaise qualité, le seront d’autant plus ici, lui qui devra donc faire attention aux micro-détails, sans se perdre. Mais ce qui arrive ici à Mathieu, fragile, peu sociable et renfermé, dépassera tout ce qu’il avait pu imaginer. Son intuition, sa subjectivité et son obstination seront alors misent à rude épreuve, de là à l’aveugler (ou non) vis-à-vis des faits, mais bien aux yeux de sa compagnie, et de son supérieur (André Dussollier). Mais est-il vraiment dans la mauvaise direction ?

Avec son thriller, Yann Gozlan évoque aussi les problématiques liées aux nouvelles technologies, ici en l’occurrence à l’assistance au pilotage (illustrée dans le film par les initiales MHD), ainsi que l’automatisation progressive des cockpits. S’il évoque aussi le terrorisme, étant donné la récente actualité, « Boîte Noire » renvoie à la polémique suscitée par le Boeing 737 MAX, dont le système d’assistance au pilotage serait en cause dans deux crashs d’avion à six mois d’intervalle (en Indonésie en 2018 et en Éthiopie 2019). Mais il le fait de manière indirecte, étant donné que le scénario était déjà finalisé lorsque les événements ont eu lieu.

Minutieux, et documenté, ce film nous permet de découvrir un monde (économique de requins) inédit, en témoigne notamment une scène située dans un hangar, où le personnage principal se retrouve face à la carlingue de ce qu’il reste de l’avion, alors que sont dessinées et numérotées par terre les places des victimes, tandis que quelques sièges subsistent, mais également celle de l’ouverture de la fameuse boîte noire (accélérée par rapport à la réalité). Il est donc intéressant de découvrir l’envers du décor du telle enquête, au travers du regard de cet individu sur lequel nos doutes seront placés, mais pas seulement, étant donné un entourage dont la position et les actions interrogent également, dont le personnage joué par Lou de Laâge, entre juvénilité et autorité naturelle.

Enfin, « Boîte Noire » est un film de cinéma, lui dont le montage laisse place à une multitude de plans visuels qui accompagnent Mathieu, de quelque manière que ce soit, dans son puzzle délirant, alors que la musique, tantôt discrète, électronique, puis orchestrale de Philippe Rombi (fidèle de François Ozon), traduit quant à elle les émotions de ce dernier.

Vous auriez donc tort de ne pas monter à bord de ce « Boîte Noire », lui qui se révèle être une réussite, tenant alors le spectateur en haleine, jusqu’au dénouement. Et même si ce dernier interroge sur différents points non-éclaircis dans leur totalité, l’écriture, écrite à trois mains, prend son envol, sans faire fausse route, et ne jamais s’éloigner de sa trajectoire.